Quels prénoms les enfants d'immigrés portent-ils en France ?

Les prénoms donnés par les immigrés à leurs enfants, et ceux que reçoivent à la génération suivante leurs petits-enfants, sont-ils puisés dans le registre des prénoms des pays d’origine, ou sont-ils au contraire similaires à ceux donnés par la population majoritaire ? Analysant les données de l’enquête Trajectoires et Origines, Baptiste Coulmont et Patrick Simon, chercheurs de l'INED, montrent que cela dépend des pays et cultures d’origine.

La convergence entre population majoritaire et descendants d’immigrés ne se fait pas autour de prénoms typiquement « français », mais de prénoms internationaux auxquels tous et toutes peuvent s’identifier. Pour les enfants ou petits-enfants d’immigrés d’origines maghrébine, des prénoms arabo-musulmans continuent en partie à être donnés ainsi que de nouveaux prénoms (Yanis, Rayane ou Lina) perçus comme d’origine maghrébine par la population majoritaire.

Le choix d'un prénom est fortement influencé par la culture du pays. Mais au fil des années, les parents ont tendance à privilégier les prénoms français. "Plus longtemps vous vivez en France, plus vite vous abandonnez les prénoms de votre région d'origine" déclare Baptiste Coulmont, un des chercheurs de l'INED. L'étude a toutefois montré que ce changement dans le choix du prénom n'intervenait pas sur la même génération en fonction de l'origine des personnes interrogées. Les immigrés espagnols ou portugais étaient par exemple 65% à porter un prénom de leur pays d'origine en arrivant en France. Seuls 20% d'entre eux ont donné un prénom de ce type à leurs enfants et le chiffre baisse encore à 17% pour les petits-enfants. Chez les familles originaires du Maghreb en revanche, 95% portaient un prénom de leur région d'origine, on en comptait encore près des deux-tiers dans la seconde génération, et toujours 23% chez les petits-enfants.

Les immigrés du Maghreb arrivent en France avec des prénoms très éloignés de ceux de la population majoritaire (Mohamed, Fatiha). La part des prénoms arabomusulmans est supérieure à 90 %. À la génération suivante, encore près des deux tiers des enfants d’immigrés reçoivent un prénom arabo-musulman, mais leur registre culturel est plus ambigu (Nadia, Myriam). Les prénoms que reçoivent les petits-enfants sont, en 2008, proches de ceux que la population majoritaire donne à ses enfants. Là aussi, on remarque, le choix croissant de prénoms appartenant au registre des prénoms maintenant considérés comme communs (Inès, Sarah). La trajectoire suivie par les originaires du Maghreb mène au même point d’arrivée que celle suivie par les Européens du Sud, mais de manière différée. Une partie de cette différence tient à la proximité des prénoms latins et français, et une autre à l’abandon plus fréquent des prénoms spécifiques par les couples mixtes. Les descendants dont les parents étaient en couple mixte, quelles que soient leurs origines, ont moins souvent un prénom spécifique. 

La question de la religion a également été prise en compte par cette étude qui a relevé une prédominance de prénoms culturellement marqués chez les personnes musulmanes. 63% des parents musulmans pratiquants ont donné un prénom maghrébin à leur enfant, contre seulement 10% chez ceux pour qui la religion n'avait pas d'importance. Baptiste Coulmont tient toutefois à nuancer ces chiffres et se garde d'une mauvaise interprétation : "ce n'est pas une question de fondamentalisme, mais d'habitudes et de modes de vie. Quand vous êtes très pratiquant, vous ne l'êtes pas tout seul, mais souvent avec votre conjoint ou avec vos proches, et vous choisissez plus souvent des prénoms appartenant à votre univers", précise-t-il.

Télécharger l'étude de l'INED

 

 

En savoir plus: 

De Zinédine à Enzo Zidane

Mais alors, quels sont les prénoms choisis par les personnes issues de l'immigration ?'La convergence entre population majoritaire et descendants d'immigrés ne se fait pas autour de prénoms typiquement "français", mais de prénoms internationaux auxquels tous et toutes peuvent s'identifier", précisent les auteurs de l'étudeIls mettent également en évidence la prédominance des prénoms comme Liam, Ethan, Adam, Yanis, Louna ou Mila qui sont aujourd'hui dans le top 10 des prénoms les plus donnés en France. Pour illustrer cette réalité, Baptiste Coulmont prend l'exemple du footballeur Zinédine Zidane : "ses parents avaient des prénoms maghrébins à leur arrivée en France, ils ont appelé leur fils Zinédine, et l'un de leurs petits-fils s'appelle Enzo". Enzo, un prénom qui sonne plus italien que français, et qui est régulièrement dans le classement des prénoms les plus attribués dans l'hexagone depuis une vingtaine d'années.