Marocopedia, la première Web TV culturelle du maghreb dédiée à la sauvegarde du patrimoine culturel

Un nouvel arrivant débarque dans le paysage Web maghrébin. Une équipe marocaine de jeunes artistes, réalisateurs, journalistes et professionnels de la culture ont lancé Marocopedia, une plateforme dédiée à la numérisation du patrimoine culturel du royaume chérifien.

La plateforme vient d’opérer une actualisation en passant d’une encyclopédie numérique à une Web TV. Elle est dédiée à présent à la numérisation du patrimoine via des courts documentaires.

Un concept nouveau qui aurait vocation, selon ses créateurs, de s’attacher particulièrement au potentiel de chaque région marocaine pour montrer ses richesses et développer son attractivité. À ce jour, et en six années de tournage, l’équipe de Marocopedia a récolté plus de 300 sujets numérisés recensant et intégrant les mémoires et les histoires du Maroc. Les sujets sont répertoriés en six catégories transversales : Nature / Artisanat / Musique / Histoire / Peuple / Initiatives, et sont géolocalisés sur la carte du Maroc. «C’est la première fois qu’une plateforme de numérisation privée dans le Maghreb s’intéresse, en plus de la culture, au monde animalier et à la relation homme-animal. Certes, filmer des documentaires animaliers, sans budget conséquent, nécessite beaucoup de patience et de savoir-faire, mais la plateforme – si elle réussit son pari, pourra aller de l’avant et proposer des reportages sur la faune encore plus poussés. Avec la disparition des espèces, il y a une urgence aujourd’hui de réaliser ce travail», fait savoir François Lacroix, cofondateur du site chezlesanimaux.fr.

Ces documentaires sont présentés en trois langues : arabe/amazigh, français et anglais. Depuis peu, Marocopedia a commencé à publier ces vidéos, à raison d’ un sujet par semaine, soit au total trois vidéos accessibles hebdomadairement sur la plateforme. À ce jour, 60 sujets ont été mis en ligne sur le site Web. Une carte interactive est également proposée sur le site afin de faciliter la géolocalisation sur la carte du Royaume. Les créateurs de ce projet citoyen espèrent développer ce projet en partenariat avec d’éventuels professionnels de la culture en Tunisie, et in fine, pouvoir réaliser un mapping digital en documentaire du Maghreb. Nous avons réalisé une interview avec Issam Boutrig, fondateur du projet Marocopedia, qui nous explique davantage les grandes lignes de ce projet passionnant.

Entretien mené par Kapitalis

D’où est venu l’idée de créer cette plateforme et qu’est-ce qui vous a inspiré ?

À l’origine, nous avions eu le souhait de créer des émissions pour les jeunes, en réalisant notamment des contes Marocains pour enfants. Quand nous avions entrepris cette aventure, nous nous sommes heurtés à une difficulté : le manque de documentation culturelle sur les régions – soit des données essentielles pour inventer les personnages, les lieux, les histoires. Au Maroc, il existe environ 256 grandes tribus, sans compter les formations sociales qui s’en déclinent, ce qui nous amène à plus de 1400 tribus qui disposent notamment de leurs propres spécificités culturelles. Ces sociétés tribales forment une toile nébuleuse de traditions. Partant de ce constat, nous ne pouvions pas créer des contes sans connaître les détails spécifiques de chaque tradition.

Ce serait en effet manquer à la déontologie que de proposer un contenu anachronique et/ou inventé de toute pièce. Ainsi, et devant l’urgence de numériser le patrimoine matériel et immatériel, nous avons commencé par faire ce travail de collecte et de numérisation, car aucune création ne peut se targuer d’être historiquement fiable sans connaître le contexte et sans base documentaire solide. Ainsi le projet Marocopedia est né, un projet qui a pour but de documenter et numériser le patrimoine culturel marocain. Nous n’avions pas l’idée de créer un site web dédié à la numérisation du patrimoine, mais au final, nous étions contraints en quelque sorte de le faire au regard du manque de data sur la culture orale.

Quel est l’objectif de ce projet et qu’est-ce que vous souhaitez accomplir dans le futur ?

Idéalement, nous souhaitons couvrir le maximum de régions, et in fine, digitaliser le patrimoine culturel de l’ensemble du Royaume. Dans le futur, nous souhaitons exporter notre savoir-faire et notre expertise à d’autres pays du continent africain pour créer un Site Web plus globale. D’ailleurs, nous souhaitons commencer cette aventure en réalisant des partenariats avec la Tunisie. Nous sommes très intéressés par son potentiel historique millénaire et de collaborer avec des institutions locales. Quelles étaient les difficultés que vous avez rencontrées au démarrage de ce projet? Nous nous heurtons souvent, comme tous les projets qui démarrent, à des soucis de financements, mais nous commençons à disposer de partenaires qui nous font confiance dans ce sens.

Le projet suscite également un engouement de la part du public, qui commence à suivre nos productions. Donc nous restons confiants quant à sa pérennité. Qui sont vos spectateurs et quels types de personne vous ciblez ? Nous ciblons les marocains – de toutes les catégories socioprofessionnelles et les strates sociales, mais également les marocains résidents à l’étranger et aussi les non marocains : le public international. C’est pour cela que nous proposons le site web en trois langues : arabe, français et anglais. De plus, les interviews que nous filmons sont souvent en amazigh, donc nous n’avons pas besoin de proposer en plus cette langue sur le site, mais elle reste toujours présente dans les titrailles (les titres des vidéos).

Le public, qu’il soit Marocain ou international, est intéressé par nos contenus car il n’existe pas, dans le champ médiatique marocain, des sites webs qui proposent un contenu historique sur le patrimoine culturel. D’ailleurs, les histoires que nous documentons sont «presque» toutes méconnues du grand public, comme l’histoire du mausolée Sidi Ahmed Chachkal, où on raconte l’histoire du pèlerinage des pauvres. Nous sortons également des sentiers battus (Marrakech, Rabat, Fès, Tanger…) pour partir à la rencontre de villages perdus, voire oubliés, ce qui permet de proposer un contenu frais et exclusif aux marocains et aux étrangers qui souhaitent découvrir le Maroc autrement.

Quels sont vos projets sur le moyen terme ?

Durant le mois du Ramadan, Marocopedia va mettre à l’honneur les métiers de l’artisanat en publiant une série de documentaires – en partenariat avec le projet NET-MED Youth – projet financé par l’Unesco, intitulé «The last craftsmen» : les derniers artisans. Nous proposons trois courts documentaires dans lesquelles nous présentons l’histoire de trois artisans peu communs ; le savoir-faire qu’ils possèdent n’a jamais été documenté auparavant. Il s’agit de trois personnages pleins d’humanité, qui ont dédié leur vie à l’artisanat. Impacté par les conséquences d’une mondialisation frénétique, leur savoir-faire ne sera jamais transmis. Par ailleurs, nous souhaitons couvrir les provinces du Sud car beaucoup de Marocains ne connaissent pas les spécificités culturelles de ces régions. Et nous avons des projets qui sont pour le moment en phase de développement, je ne peux pas en dire plus, mais vous allez certainement les voir dans au cours de l’année 2020.

Qui sont les partenaires de Marocopedia ? Recevez-vous des dons ?

En ce qui nous concerne, nous ne recevons pas de «dons» proprement dit de la part du public, mais nous réalisons des séries de partenariats avec des ONG comme l’Unesco, le fond Roberto Cimetta, l’ambassade du Royaume des PaysBas au Maroc qui nous soutiennent financièrement pour achever nos différentes missions. Nous sommes également à la recherche d’autres partenaires privés ou publics, ainsi que des universités qui souhaitent développer dans le cadre de recherches ethnographiques ou anthropologiques des projets de digitalisation du patrimoine.