Maroc : pour la sauvegarde des arts oraux amazighs

La sauvegarde des arts oraux amazighs verra-t-elle le jour au Maroc ? L’actrice culturelle, Soumeya Aït Ahmed, et le cinéaste, Nadir bouhmouch, sont les initiateurs d’ « Awal », un projet qui va dans ce sens.

Selon les initiateurs, « Awal » (le mot, en tamazight, NDLR) est un programme pilote qui vise à archiver les arts oraux amazighs au Maroc et en Afrique du Nord. Le combat de Soumeya Aït Ahmed et de Nadir Bouhmouch est de préserver et de pérenniser les mots des aïeux, précise La Vie éco. La première année du programme sera consacrée à 180 heures d’enregistrement qui seront mises à la disposition du centre « Le 18, derb El Ferran ».

« Les histoires et les poèmes oraux sont des documents historiques. Ils nous offrent des perspectives de régions où l’État avait peu ou pas de contrôle sur le passé et nous donnent un point de vue sur le soi-disant ’Bled Siba’ que nous ne pouvons pas trouver nécessairement dans les manuels d’histoire officiels ou les archives coloniales », a affirmé Nadir Bouhmouch.

Ensemble, ils entendent faire un travail académique sur ce patrimoine, lequel contribuera à sa valorisation et à son appropriation par les jeunes. « Il semble y avoir un manque de recherche sur les oralités au Maroc », a déclaré Soumeya Aït Ahmed. Son souhait, dira-t-il, c’est d’encourager les chercheurs, amateurs et artistes à nourrir collectivement des réflexions fécondes sur les arts oraux et leur signification aujourd’hui.

 

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(lavieeco.com) C’est une lutte acharnée que mènent nos deux activistes pour préserver et pérenniser les mots des aïeux. C’est qu’avec la mutation que connaît la musique aujourd’hui, les musiques traditionnelles sont les plus vulnérables, les moins défendues et donc les plus susceptibles à disparaître à l’ère de la numérisation, surtout en raison de la précarité économique des artistes et de la marginalisation que connaissent ces régions sur le plan économique comme culturel.

De ce fait, les Marocains, qu’ils soient issus des régions concernées ou non, passent à côté d’un pan considérable de leur histoire commune. «Les histoires et les poèmes oraux sont des documents historiques, explique Nadir Bouhmouch. Ils nous offrent des perspectives de régions où l’État avait peu ou pas de contrôle sur le passé et nous donnent un point de vue sur le soi-disant ‘‘Bled Siba’’ que nous ne pouvons pas trouver nécessairement dans les manuels d’histoire officiels ou les archives coloniales». On espère également engendrer un travail académique autour de ce patrimoine, à même de le valoriser et d’encourager son appropriation par la jeunesse. «Il semble y avoir un manque de recherche sur les oralités au Maroc», affirme Soumeya Aït Ahmed, qui espère encourager les chercheurs, amateurs et artistes à réfléchir collectivement aux arts oraux et à leur signification aujourd’hui. «Awal» rappelle, ainsi, par plusieurs aspects le travail anthologique réalisé par Brahim El Mazned à propos de la musique des Rwayiss.

Un programme inclusif

«Asnimer» est une troupe musicale féminine d’Aït Bouguemez dans le Haut-Atlas. Elle a lancé le programme, ce 17 janvier, à l’occasion du Nouvel an amazigh. La performance a été précédée d’un débat autour des oralités et leur adaptation aux nouveaux médiums artistiques, tels que le cinéma, le théâtre, la littérature ou même le graphisme.

Pour ce faire, des ateliers s’alterneront avec des tables rondes, des projections et des «agraws» (débats accessibles au public). Pour cette première saison, qui se prolonge jusqu’au mois de mars, il est question également d’une table ronde sur l’adaptation des arts oraux au cinéma, un atelier «Hakawati» pour les enfants et un atelier sur des analyses littéraires de la poésie Ahwach, Tandamt, Tarchacht, Talghatin et Rwayiss. La deuxième saison sera annoncée en septembre et se déroulera d’octobre à décembre. Côté archivage, le programme «Antam» est censé constituer les premières archives d’arts oraux de la région. Au programme, des formations, des équipements et des subventions seront accordés aux élèves nés dans le Sud-Est, le Moyen et le Haut-Atlas qui étudient dans les universités publiques, afin de documenter des poèmes, des histoires, des chants et des proverbes de leurs régions ou villages.