Les cloches de Toumliline : l'histoire paisible de moines bénédictins au Maroc

L'histoire des moines de Tibhirine en Algérie est aujourd'hui bien connue en raison de la tragédie que ce monastère a pu vivre en 1996 et de ses sept moines enlevés puis assassinés pendant la guerre civile qui frappa le pays. On connaît moins, pour l'instant, l'histoire beaucoup plus paisible des moines de Toumliline au Maroc. Il faut remercier le Consulat Général du Royaume du Maroc à Strasbourg d'avoir mis cette histoire à l'honneur de l'actualité grâce au documentaire réalisé par le politologue et cinéaste Hamid Derrouich titré Les Cloches de Toumliline. Le film a été projeté dans le cadre du programme de la Semaine autour du Maroc à Strasbourg. 

Fondé en 1952 par des moines de l´Abbaye d´En-Calcat à Dourgne (Sud-Ouest de la France) le monastère du Christ-Roi, plus connu sous le nom de Toumliline, situé dans les hauteurs de la ville d´Azrou, au Moyen-Atlas marocain, a été un refuge, un espace de rencontres, de dialogue interreligieux et un carrefour de solidarité pour de nombreux Marocains. Des années 1950 et la fin des années 1960, les moines ont su rentrer en résonnance avec leur environnement et les habitants au risque d’entretenir la suspicion des autorités françaises. Le Père Peyriguère, dit le « marabout d´Elkbab », farouche défenseurs des berbères, n’a-t-il pas souvent été invité à s’exprimer ? C’est, inspiré par leur témoignage d’ouverture, que le Roi du Maroc, en 1965, au lendemain de l’indépendance, affirmait sans hésiter : « [qu’] il était naturel que le Maroc, en évoluant, devînt un foyer de civilisation où collaborent à la fois la pensée musulmane et la pensée chrétienne ». Les moines ont quitté les lieux en 1968 et ceux-ci sont à l´abandon depuis les années 1980. Ce film est une tentative de sortir leur histoire de l´oubli.

Le monastère était destiné au clergé, aux mouvements de jeunesse catholiques et aux laïcs pour lesquels il devait organiser des séminaires et des retraites. Mais, les moines investirent aussi dans deux fermes et une hôtellerie, tout en créant un dispensaire et un internat pour orphelins musulmans. Ils ouvrirent également leur bibliothèque aux lycéens et aux étudiants de la région. Ces activités reçurent l’aval du souverain et de Mohammed Belarbi Alaoui, président du Conseil des oulémas de la mosquée al-Qaraouyyine – ce dernier devenant l’ami du père prieur Denis Martin. Mandaté par son père, le prince Moulay Hassan - futur Hassan II - vint en août 1953 au monastère, témoigner de la confiance du sultan. 

Dans une déclaration à la MAP, le réalisateur du film-documentaire a souligné qu’il s’agit d’une “histoire très importante pour la mémoire du Maroc, terre de brassage et de métissage”, notant que l’objectif derrière cette production était d’aller “au-delà du dialogue inter-religieux pour dire ce qu’on est capable de faire ensemble, que l’on soit juifs, chrétiens ou musulmans”. “Le film reflète notre capacité à travailler collectivement”, rend hommage à ces moines et parle de la mémoire du Maroc, une mémoire collective partagée et assumée tout en la dépassionnant, a-t-il expliqué.

Pour sa part, Gabriel Attias, juif d’origine marocaine, a relevé que le message de ce film constitue un revers cinglant “à ceux qui croient qu’entre l’Islam et l’Occident il y a des murs plutôt que des ponts”. Il a souligné que le Maroc donne le meilleur exemple de cette relation en perpétuant sa tradition de terre d’accueil, de tolérance et de coexistence entre les peuples. Le Maroc, sous le leadership de SM le Roi Mohammed VI, Commandeur de tous les Croyants, musulmans, chrétiens et juifs, livre un message de grand espoir”, a-t-il dit.