Le Maghreb a l'honneur au festival Vues d'Afrique (au Canada)

C’est avec une comédie qui se déroule dans les rues de Tunis, que le festival Vues d’Afrique débutera vendredi, en ligne bien sûr, et gratuitement. D'autres productions maghrébines sont à l'honneur.

Le festival est le Rendez-vous incontournable du cinéma africain et créole en Amérique du Nord. Le premier spectacle sera présenté le vendredi 17 avril sous la présidence de l'ambasadeur de Tuisie au Canada. Car, bien sûr, c'est ce pays maghrébin qui sera à l'honneur.

À défaut d’une psychanalyse complète pour spectateurs en confinement, Un divan à Tunis, le premier long métrage de la réalisatrice Manele Labidi, offrira l’occasion de se dérider un peu. L’histoire, simple, est inattendue. Psychanalyste ayant décidé de quitter la France pour retrouver sa Tunisie natale, Selma, incarnée par la fascinante Golfisteh Faharani, décide d’y ouvrir un cabinet.

La clientèle ne se fait pas prier pour s’y rendre, dans ce pays où, dit-on, chaque personnage est haut en couleur, où on parle beaucoup, mais où on n’écoute pas toujours. Mais ce qui empêche Selma de pratiquer, c’est une tracasserie administrative qui ne lui laisse aucun répit.

Manele Labidi l’admet en entrevue, c’est dans sa propre relation avec la Tunisie natale de ses parents que le film est ancré. « Je suis née en France avec une forte imprégnation de culture tunisienne, dit-elle. Mes parents sont tunisiens, dit-elle. Ils sont arrivés dans les années 1980. On parlait arabe à la maison, et on allait en Tunisie pour les vacances d’été.

Comme bien des immigrants de deuxième génération, son rapport avec le pays de ses parents est ambigu et ambivalent. Reste que dans la foulée de la récente révolution en Tunisie, la cinéaste a eu envie d’y retourner, à l’envers du mouvement qui anime une bonne partie de la population, où beaucoup espèrent plutôt partir pour l’Europe. En entrevue, elle précise qu’elle n’a pas voulu faire un film sur le choc des cultures. La Tunisie qu’elle dépeint est authentique.

Dans le cadre des bouleversements politiques récents en Tunisie, les cabinets de psychologues ont la cote, dit-elle, même si la psychanalyse, qui exige que l’on déballe les secrets de son existence dans le bureau d’un inconnu, se heurte à certaines valeurs des communautés arabo-musulmanes.

« La psychanalyse est une discipline qui me passionne depuis toujours, intellectuellement parlant », dit la réalisatrice, qui soutient qu’au-delà de certaines différences culturelles, la démarche psychanalytique peut être la même dans des pays comme l’Iran, la Tunisie, ou la France. Reste qu’en Tunisie, c’est une pratique qui demeure embryonnaire, précise-t-elle.

Mais une autre caractéristique de la Tunisie, c’est l’humour qu’on y trouve, dit-elle. Un humour « désespéré et cinglant, assez second degré » qui devient presque « une manière de voir le monde », dit-elle. En Tunisie, le peuple est « extrêmement mélancolique et très lucide sur ses maux », dit-elle, mais il ne tombe jamais dans le drame.

Même si on lui a reproché de reproduire certains clichés dans son film, Manele Libidi a voulu montrer la vie tunisienne dans sa quotidienneté. « J’ai voulu montrer la vie politique tunisienne en creux, qu’elle agisse comme un moteur de l’histoire sans en être un sujet », dit-elle. On va voir un journaliste commenter un sondage sur les salafistes, par exemple, ou un imam qui perd sa mosquée à leur profit.

« Les films arabes sont souvent durs et sérieux, précise la réalisatrice. Et les protagonistes y jouent le rôle de porte-voix ». Elle voulait une histoire qui ne traite pas de la lutte contre le terrorisme, ni du terrorisme lui-même, mais plutôt de la vie, banale, qui se déroule, jour après jour, en Tunisie, un sourire en coin.

Les autres productions méghrébines

Premier long métrage du cinéaste marocain Alaa Eddine Aljem, Le miracle du Saint Inconnu est une comédie qui a été remarquée lors de sa sélection à la Semaine de la Critique de Cannes 2019. Alaa Eddine Aljem étudie le cinéma à l’ESAV Marrakech puis à l’INSAS à Bruxelles en master réalisation, production et scénario. Alaa travaille pour le cinéma et la télévision en tant que scénariste et assistant réalisateur avant de fonder avec Francesca Duca, Le Moindre Geste,
une société de production basée à Casablanca. Alaa réalise plusieurs courts-métrages de fiction dont Les Poissons du Désert en 2015 qui remporte le grand prix du meilleur court-métrage, le prix de la critique et du scénario au Festival National du film au Maroc et est sélectionné dans de nombreux festivals internationaux.

Le Miracle du Saint Inconnu est son premier long métrage en coproduction franco-marocaine, tourné à Marrakech. Lors du développement le projet, Au beau milieu du désert, Amine court. Sa fortune à la main et la police aux trousses, il enterre son butin dans une tombe bricolée à la va-vite. À sa sortie de prison, l’aride colline est devenue un lieu de culte où les pèlerins se pressent pour adorer celui qui y serait enterré : le Saint Inconnu. Obligé de s’installer au village, Amine va devoir composer avec les habitants sans perdre de vue sa mission première : récupérer son argent.

Myopia de Sana Akroud (Canada - Maroc) raconte l’histoire de Fatem, enceinte dans son sixième mois, obligée de quitter son village perché dans la montagne, pour chercher des verres de vision pour l'aîné de son village car c’est la seule personne à pouvoir déchiffrer les lettres envoyées par leurs membres de famille partis travailler dans les villes. Sanaâ Akroud est une perle de la scène artistique marocaine. Elle a réussi, intelligemment, à se tailler une place brillante à la télévision marocaine, grâce à «Douiba» « Remana et bertal » et dans le cinéma avec des réalisateurs comme Narjiss Nejar dans « Termus des anges » et avec Smail Saidi dans « Ahmed Gassiaux » et aussi en tant que réalisatrice de téléfilms à de nombreux prix nationaux et internationaux. 

Mohamed Rida Gueznai est un jeune cinéaste de 25 ans, qui a réalisé ses premiers films à l’âge de 12 ans avec un téléphone portable. Il a ensuite créé un ciné-club au lycée, ce qui lui a permis de réaliser plusieurs courts métrages amateurs. Après son baccalauréat, il continue ses études jusqu’à l’obtention d’un Master en cinéma documentaire. Le documentaire qu'il propose est l'histoire de Mostafa Zaoui, 66 ans, retraité, qui fuit la ville à chaque fois que l’occasion se présente. Il part en randonnée dans les montagnes les plus éloignées et les plus sauvages, aux quatre coins de monde. Pendant ces voyages, Mostafa essaye de trouver des réponses aux questions qui le hantent, et rattrape le temps passé, confiné dans une usine de production de café à Casablanca.

Dans Myopia, Fatem, enceinte dans son sixième mois, quitte son village perché dans la montagne, pour remplir un cadre de lunettes vides pour l’aîné de son village, seule personne à pouvoir déchiffrer les lettres envoyées par les membres
de leurs familles partis travailler dans les villes. Elle se déplace d’une station à l’autre, face à des obstacles conçus pour remplir le cadre vide, jusqu’à ce qu’elle perde son foetus lors d’une manifestation dans la ville. Cette situation transformera son voyage en une révolution pacifique dont elle n’est guère consciente et qui fait que l’opinion publique, grâce aux médias sociaux, va soutenir sa cause et lui réclamer son droit.

Qu’ils partent tous de Sara Nacer (Canada - France - Algérie). Le 22 février 2019 marque le début d'un mouvement historique en Algérie, dans un premier temps contre la candidature du président Bouteflika à un cinquième mandat, puis pour le départ de tous les anciens dignitaires du régime, et la mise en place d'une Deuxième République. La cinéaste Algéro-Canadienne Sara Nacer revient en Algérie pour capturer à travers sa caméra ce "Hirak" (mouvement en arabe). Elle nous invite dans son voyage à découvrir comment la jeune génération mène cette "révolution du sourire" avec une forte conscience politique, culturelle et sociale, construisant ainsi l'Algérie 2.0.

Mohamed BenAbdallah est un jeune scénariste et réalisateur algérien né à Sidi Belabes dans l’ouest algérien. Dès son jeune âge, il interprète des rôles dans des pièces théâtrales avant de se dans le monde du cinéma. Il a pu s’imposer dans le métier avec trois courts métrages qui font les festivals  internationaux. Avec Je vais tout raconter à Dieu, il raconte l’histoire d’un soldat et d’un terroriste se croisant dans un champ de bataille en ville, une seule balle qui reste, sous 
la voix de la mosquée...

Mahmoud Jemni aborde pour la première fois en Tunisie le thème brûlant et actuel du racisme avec Non, Oui. Mahmoud Jemni a débuté sa carrière cinématographique en 1971 en tant qu’assistant de René Vautier.
Il a réalisé plusieurs courts-métrages. Sa trilogie « Douleur et résistance » est composée de « Coloquinte » (2012), « Warda La passion de la vie » (2015) et « NON. OUI » (2019). Il est également critique de cinéma et membre de jury de plusieurs festivals dont Locarno et Dubaï. Mahmoud Jemni est fondateur et président du Festival de cinéma de Gabès depuis 2015.

Après avoir terminé ses études de cinéma en Tunisie, Slim Belhiba, passe à la réalisation avec son premier court métrage « Au Pays de l’oncle Salem ». Oncle Salem, gardien d’une petite école de campagne, entame des travaux d’entretien. Soucieux de l’état du drapeau, il décide d’aller en chercher un nouveau. Il se déplace vers la ville où les réverbérations d’une révolution trahie courent les esprits et les rues.

Festival Vues d’Afrique - 36e édition Du 17 au 26 avril sur la plateforme tv5unis.ca Mais uniquement depuis le Canada. Hélas ! A voir sur https://vuesdafrique.org/numerique/

En savoir plus: 

Dans sa démarche habituelle de rapprochement culturel, Vuesd’Afrique a déjà par le passé fait un festival virtuel e tinitié des activités en lien avec lenumérique.

Pour 2020, l’orientation numérique était dans ses stratégies. Le contexte de crise sanitaire qui requiert un confinement total a poussé à matérialiser cette volonté en proposant une version numérique du Festival. Le visionnement de ces films est gratuit et accessible uniquement depuis le Canada, et ce dans la limite de la période du Festival. Innovation supplémentaire, à la fin du Festival, le public pourra voter en ligne et l’un des films en compétition recevra le « Prix du public Vues d’Afrique 2020». Du contenu artistique sera également disponible sur le site vuesdafrique.org.