Le cheval barbe - le cheval des Berbères

Dans un ouvrage intitulé « Le Cheval barbe » (éd. Actes Sud), le vétérinaire et éleveur Yassine Jamali retrace avec acuité l’histoire de cette monture emblématique du Maghreb. Et offre une réflexion décomplexée sur l’élevage et l’utilité de ces équidés, indissociables de la culture amazighe comme de la colonisation.

Sur le cheval barbe - le cheval des Berbères -, tout a déjà été dit. Tout, et souvent n'importe quoi. Est-ce bien ce genre de monture qu'utilisaient, deux siècles avant notre ère, les cavaliers puniques d'Hannibal ?

Est-ce bien de ce petit cheval d'Afrique du Nord que sont issues les merveilleuses races hispaniques : l'andalou, le lusitanien, le genet d'Espagne ? Est-ce bien cet animal rustique, sobre et endurant, qui se révéla sous la selle d'écuyers mirobolants tels que Beudant, également doué pour les airs de haute école ? Ou bien ne faut-il voir en lui qu'un brave cheval de promenade, voire, au mieux, une simple monture de fantasia ? Fort d'une longue pratique vétérinaire dans le berceau du barbe, et même au-delà, le Dr Yassine Jamali répond ici à ces questions. Faisant le tri entre la légende et la réalité, il ne se contente pas de chanter les louanges d'un type de cheval qui, en effet, a fait ses preuves au cours d'une histoire millénaire : il s'inquiète aussi des dérives qu'on lui fait subir aujourd'hui, au point de le menacer de... disparition.

L’émir Abdelkader le montait durant ses campagnes militaires. Longtemps réputé pour la guerre, du fait de son endurance et de sa « rusticité » (résistance aux aléas climatiques, besoins alimentaires modestes…), le cheval barbe a notamment été la monture des Spahis lors de la bataille d’Uskub — qui a mis fin à la guerre de 1914-1918. Emblématique du Maghreb, cette race multi-millénaire a longtemps permis aux cavaliers nord-africains de « frapper au loin », de rester insaisissables.

Mais la colonisation française puis les besoins de l’agriculture en animaux de traction sont venus briser l’entretien de la race barbe par la sélection et l’entraînement. Et les tbourida (également appelées fantasia), cérémonies équestres très prisées au Maroc, ont achevé de marginaliser ce cheval, en privilégiant les animaux d’apparat à l’allure moins « ingrate ».

« C’est vrai, ce n’est pas un Apollon, plutôt un petit bourrin », plaisante Yassine Jamali, vétérinaire et éleveur de chevaux barbes, qui vient de consacrer à l’histoire de cet équidé un livre. Sobrement intitulé Le Cheval barbe (éd. Actes Sud) et préfacé par l’écrivain Jean-Louis Gouraud, lui-même grand amoureux du barbe, cet ouvrage très fouillé (près de 130 références couvrant plusieurs siècles) revient sur l’histoire de cette race, aujourd’hui délaissée par les éleveurs au profit du pur-sang arabe ou des chevaux importés d’Europe. Et offre une réflexion d’une grande lucidité, sans amertume ni clichés, sur l’élevage et l’utilisation de cet équidé.