La déclaration d'amour du photographe Lotfi Mokdad à l'Algérie et à sa population

Il a parcouru le pays pendant près de huit ans, à la rencontre de ses habitants. Il en propose aujoiurd'hui un regard authentique et puissant.

Un homme d’images ! A cette définition qu’on pourrait lui coller sans effort, Lotfi Mokdad ne ferait pas la grimace, lui qui se méfie des titres. Son métier, répète-t-il inlassablement, c’est de faire des photos.

Dessus, il met du sens, doit-on dire pour la justice du propos et la précision de ce que cet artiste fait : voir son monde d’un œil durable quand tout est selfies et «prêt à supprimer» ; le prendre sous des angles proportionnels à sa façon d’être curieux et attentif à tout : au mouvant comme au statistique, des personnes et des objets.

A son talent, s’ajoute l’histoire personnelle. « A sept ans, mon oncle m’a offert un polaroid. Si ce don n’a pas été un déclic, il a été sûrement pour quelque chose dans ce qui a suivi après », pense-t-il fermement avant de passer devant vous en rafale les mille et une facettes de sa carrière d’homme de cinéma et de journaliste-reporter à l’AFP, à la télévision puis dans des boites privées. Ses lieux de travail sont des terrains d’opération : des points chauds comme l’Irak, la Syrie, le Sahel….

Dire, narrer un pays, à travers le quotidien, c’est le choix de Lotfi Mokdad. Ses dernières photos sont rassemblées dans un livre (Les Algériens !, Pera Melana éditions), saisies par un objectif empathique. Il a accordé à FranceInfo un entretien où il explique sa passion et son amour de l'Algérie.

Franceinfo : la Révolution du sourire, ou le Hirak, est-elle une belle opportunité pour un photographe ?

Lotfi Mokdad : ce mouvement marque une vraie rupture en Algérie. Les Algériens ont dit non au cinquième mandat, et en faisant cela, ils ont ouvert un nouveau chapitre de l'histoire de ce pays. J'étais à Alger le 22 février dernier et j'ai réalisé à quel point les aspirations de la population à une nouvelle République étaient fortes. Mon livre ne se limite pas à couvrir ces événements, c’est une œuvre de longue haleine, une démarche artistique qui a commencé quelques années auparavant. Je connaissais l'Algérie pour y avoir terminé mes études secondaires. En 2011, j'ai décidé de parcourir le pays. J'y ai beaucoup voyagé, mais pas encore assez à mon goût. Mais surtout, il fallait aussi que je découvre l'Algérien que j’étais, puisque mon père était algérien.

Pourquoi ce titre Les Algériens ! et ce choix du noir et blanc ?

Le titre Les Algériens ! est un slogan scandé dans la rue. C'est la raison pour laquelle j'ai voulu ajouter le point d'exclamation. Lors d'événements heureux comme une célébration "footballistique", par exemple, la foule scande : Les Al…gé…riens ! Les Al…gé…riens ! Des milliers de personnes accompagnent le slogan en faisant tourner leurs mains au-dessus de la tête. C'est très émouvant.

Et le choix du noir et blanc ?

Le noir et blanc est un choix délibéré qui apporte une vraie esthétique à mes photos, une ambiance surannée aux petits métiers, aux loisirs, à l'architecture postcoloniale... Le noir et blanc permet aussi de se concentrer sur des sujets sur lesquels j'essaie d'attirer une attention particulière. Le noir et blanc et ses nuances de gris reflètent aussi la vie quotidienne des Algériens qui, au fond, n'est pas toujours facile. Mon livre est un témoignage, un hommage à ce pays que j'adore et à sa population.

Vous avez aussi préféré la couleur pour les paysages…

Comme nous préférons les jours de beau temps à ceux où il fait grisâtre, nous avons commencé le livre en couleur, les couleurs des grands paysages de cette terre incroyablement belle et de dimension fantastique, une dimension tellurique originelle, vierge, qui garde toute sa puissance.

(Les Algériens !, Lotfi Mokdad, Pera Melana éditions, septembre 2019)

 

"Omar est un peu le chef du bidonville, il y vit depuis 1990. Son regard est triste, sans illusions, presque accusateur. Il me conduit, me montre la misère, celle qu’il partage avec les autres habitants." (LOTFI MOKDAD)Légende

 

En savoir plus: 

Lotfi mokdad est né le 9 mars 1961 à Berlin. Il suit des études au Conservatoire Libre du Cinéma Français et devient Assistant-réalisateur sur de nombreux films. Il travaille, entre autres, avec Merzak Allouache (Un amour à Paris), René Vautier (Images pour la liberté), Milos Forman (Valmont), Philip Kaufmann (Umberable lightness of the being), Jean-Pierre Mocky (Les saisons du plaisir), Rocky Lang (American Built), Valérie Lemercier (Palais Royal !) et collabore, dix années durant avec différentes chaînes de télévision en France.
En 2002, Lotfi Mokdad réalise les émissions de la jeunesse de France 2, et obtient un “Sept d'or” pour des sketches réalisés en 3D temps réel dans l'émission DKTV.
Il réalisera trois courts métrages et participe à différents documentaires de part le monde tel que Rouge Bengale qui raconte la descente aux enfers du parti communiste Bengali lors des élections municipal, en 2011.
Il collabore ensuite avec différentes agences de presse, telle que l'AFP, Associated Press, et couvre la deuxième révolution Égyptienne, l'Irak et la Syrie.
Passionné de photographie, Lotfi Mokdad photographie l'Algérie et les Algériens.