Des clichés subliment qui vous transportent dans le Maroc du VIIIème siècle

Au beau milieu du désert, un nuage de poussière rouge s'élève vers le ciel. Une ligne parfaitement formée de cavaliers vêtus d'amples habits blancs viennent de passer au grand galop. Soudain, à l'unisson, ils lèvent leur arme et tirent en direction du ciel. Le bruits des tirs ne fait qu'un, tandis que l'odeur de la poudre à canon monte aux narines.

Bienvenue à la fantasia, une tradition marocaine également connue sous le nom de Tbourida ou lab al baroud en Arabe (qui signifie le « jeu de la poudre » en français). Au cours de cet événement, les spectateurs assistent à une extraordinaire reconstitution des assauts que réalisait la cavalerie en temps de guerre. La fantasia célèbre aussi l'histoire de la région et le lien qui unit un cavalier à sa monture.

Cette tradition, qui existe dans d'autres pays d'Afrique du nord, date du 8e siècle après J-C, période de l'âge d'or islamique. À l'époque, la cavalerie mettait en scène ces assauts pour faire montre de sa puissance et intimider ses ennemis. Il était aussi possible de voir ces charges lors de cérémonies de guerre semblables à des joutes auxquelles assistaient rois et sultans. Ce n'est que plus tard, au début du 13e siècle, lorsque la poudre à canon a fait son apparition dans la région que les tirs d'armes se sont greffés à la tradition. Par la suite, cette dernière a attiré l'attention des aventuriers étrangers, comme le peintre Eugène Delacroix lors de son voyage au Maroc en 1832. Fasciné par la fantasia, il a présenté cette tradition au public européen à travers ses peintures.

Aujourd'hui, il est possible d'assister à ce jeu de guerre spectaculaire lors des mariages et des festivals de récolte qui ont lieu aux quatre coins du pays. Au Maroc, les communautés berbères et arabes pratiquent cette tradition, une sorte de sport national pour lequel se rassemblent des groupes disparates.

Chaque année, les meilleures troupes de fantasia se réunissent à Rabat lors d'un événement national organisé par la Société Royale d’Encouragement du Cheval et concourent pour le trophée Hassan II.

Les troupes de cavaliers, et de plus en plus de cavalières, sont en lice pour la charge la plus parfaitement synchronisée. Un art qui nécessite une harmonie exceptionnelle entre la monture, son cavalier et tous les membres d'une même troupe.

Karim el Maktafi, photographe italo-marocain, a réalisé un reportage photographique sur cette tradition. Pour ce faire, il s'est rendu dans sa ville natale, Bouznika, lors d'un festival de récolte. Il explique qu'une charge est parfaite lorsque tous les cavaliers tirent en même temps, les différentes détonations ne faisant qu'une à l'oreille des spectateurs. Quant à ceux qui s'inquiètent de leur sécurité, le photographe souligne qu'aucune balle n'est tirée, seule de la poudre à canon est libérée.

Bien qu'il ait grandi en Italie, Karim el Maktafi rendait visite chaque année à sa famille au Maroc. Mais jusqu'à l'année dernière, il n'avait vu la fantasia qu'à la télévision. Il se souvient avoir été exalté par l'excitation contagieuse qui régnait dans l'air et captivé par la maîtrise des cavaliers.

« C'est un mélange entre un rodéo et un carnaval », confie le photographe. « On a l'impression de retourner treize siècles en arrière ».

En savoir plus: 

La fantasia requiert une synchronisation parfaite des mouvements de tous ses cavaliers. Leurs chevaux doivent galoper à la même vitesse et former une seule ligne, tandis qu'avec leur « moukhala », un mousquet, les cavaliers font feu à l'unisson en direction du ciel.