Algérie : "C'est cette génération entre Instagram et gel pour les cheveux, qui a fait le travail" (Kamel Daoud)

C'est avec bienveillance et admiration envers les manifestants que Kamel Daoud livre, dans Le Point et sur France Inter, sa lecture des mobilisations en Algérie contre le régime de Bouteflika. Dans un entretien à Sud-Ouest il déclare : "Le régime s'entête parce qu'il n'a pas de pland B".

L'écrivain salue ces mobilisations pacifiques qui, avec beaucoup de respect, protestent contre toute une génération de décolonisateurs qui se croient "éternels" et refusent de préparer la transition aux générations suivantes, une génération dont le président Bouteflika est l'incarnation.

Ce pacifisme, ce respect des manifestants et notamment des générations les plus jeunes montre, pour Kamel Daoud, une réappropriation de l'espace public qui était jusqu'alors contrôlé par le régime. Et si les plus jeunes protestent aujourd'hui contre le régime en place, c'est parce qu'ils n'ont pas connu la guerre d'indépendance, guerre qui a fortement marqué la génération de Kamel Daoud et qui explique, selon lui, pourquoi les révolutions passées ont été étouffées. Le régime, explique-t-il, a joué sur deux craintes : celle du souvenir encore douloureux de la guerre d'indépendance et celle de la promesse de chaos, de guerre civile, si le régime laisse la main.

Comparant la situation en Egypte, où la révolution a abouti sur une prise de contrôle du pays par des extrémistes religieux, Kamel Daoud estime que l'Algérie est plus mature, car elle a déjà été confrontée à ce "hold-up des révolutions" dans les années 1990. L'écrivain souligne d'ailleurs que les salafistes ont appelé à ne pas se mobiliser, car ils négocient aujourd'hui bien plus facilement avec le régime en place qu'avec la rue.