Le discours royal du 29 juillet et les Marocains de l’étranger : Hymne à la confiance et au volontarisme

Le Maroc commémore en cette année 2019, le vingtième anniversaire de l’intronisation (1999) de SM le Roi Mohammed VI sur le trône alaouite. Deux décennies d’initiatives, de réalisations d’envergure et de confirmation d’acquis qui se sont additionnés depuis 1956 et ont rendu possible l’édification du Maroc moderne. Cet anniversaire est porteur d’enseignements et de significations. Il est rétrospectif et prospectif à la fois. Il offre en tout cas un moment propice à la réflexion sur le Comment rendre cette édification d’un Etat national fort, attaché à ses racines et ouvert sur la modernité et sur le monde, et surtout Comment procéder pour mettre à son service un modèle de développement inclusif et pérenne qui fait sienne une logique d’égalité et de solidarité afin que le progrès escompté soit profitable à toutes les composantes de la nation marocaine.

   Ce vingtième anniversaire (1999-2019) c’est aussi le moment d’engager une sérieuse révision de toutes les tablettes gouvernementales touchées par l’obsolescence et des modèles socio-économiques et politiques qui ont montré leur limite, pour pouvoir véritablement injecter, comme le souhaite le Souverain, « du sang neuf », de l’espoir et de la confiance dans tout le processus décisionnel jusqu’au « sein des institutions et des instances politiques, économiques et administratives, y compris le gouvernement » (Discours royal du 29 juillet).

   Il est de coutume d’utiliser la notion de Révolution du Roi et du Peuple pour rendre compte de la lutte historique menée pour l’indépendance et la libération du pays du joug colonial en 1956. Des générations entières de résistants et de militants, plus connus ou simples anonymes, se sont sacrifiées en faisant de cet objectif leur raison de vivre. Cette unanimité nationale a été rendue possible grâce à la rencontre entre deux volontés, résolues et solidaires, celle du Roi Mohamed V (1909-1961) et celle du peuple marocain. Dotée d’une étonnante résilience qui lui avait permis de traverser des épisodes (années de plomb : 1970-1999) critiques de l’histoire nationale, cette même unanimité nationale s’est traduite depuis 1999 sous d’autres formes de lutte et d’engagement pour relever des défis de toutes natures : ceux de la réconciliation nationale, de la lutte contre la pauvreté et la précarité, contre l’illettrisme et les disparités criantes entre les territoires, entre la ville et la campagne, entre les classes sociales, entre les nantis et les délaissés pour compte. Le résultat de cette lutte résolue est probant. Des réalisations de toutes sortes et des projets structurants ont vu le jour du Nord jusqu’à l’extrême Sud du pays. Le pays a parachevé (1975) son intégrité territoriale, il a retrouvé toute sa place en Afrique et su assurer sa stabilité politique. Il y a donc des raisons sérieuses pour se réjouir et espérer.

    Néanmoins, se contenter de chanter aujourd’hui les bienfaits des deux décennies passées ne peut suffire. Car beaucoup reste à faire. L’erreur fatale serait pour le pays de s’endormir sur ses lauriers. Se contenter de ce qui a été réalisé et adopter la politique de l’autruche, évitant ainsi de s’attaquer de front à ce qui ne fonctionne pas, de banaliser ou faire mine d’ignorer des revendications économiques, culturelles, éducatives et sociales légitimes des populations, ou encore s’obstiner à exclure ou priver des contingents entiers du peuple marocain du travail, de la santé et de la représentation politique et citoyenne, seraient un crime caractérisé contre le pays et contre son peuple.

   Ainsi, lorsque le Souverain chérifien précise dans son discours du 29 juillet qu’il est impératif de changer de modèle économique en vue de porter haut une « nouvelle génération de grands plans sectoriels, cohérents et harmonieux » ou lorsqu’Il recommande à son gouvernement de solliciter des compétences confirmées et ainsi « injecter du sang neuf » dans les rouages de l’Etat, c’est pour tordre le coup à toutes les pratiques politiques et administratives qui rendent difficiles l’accomplissement du changement et la réalisation d’un progrès commun et partagé entre tous les marocains dans le cadre d’une citoyenneté effective et d’une justice sociale véridique.

    Les marocains d’ici et d’ailleurs, peuvent être fiers d’un Monarque qui désigne clairement les effets pervers de systèmes de gestion des affaires publiques et de gouvernance politique qui sont devenus allergiques à tout changement de crainte de voir leurs chasses gardées rétrécir. Le Maroc peut être fier d‘avoir à sa tête un Monarque qui dresse le cap et trace les perspectives en s’attachant à ce que le progrès réalisé soit mobilisé au profit de tous les marocains.

    Il est une composante (5 millions d’individus) de la nation marocaine qui ne peut que se réjouir et être fière de ce que son pays a accompli comme progrès et comme réalisations depuis 1999 : les Marocains de l’étranger (MRE).

    De tout temps et sans se dérober le moins du monde à leur devoir de solidarité, les Marocains de l’étranger ont toujours répondu présents à l’appel de leur Monarchie et de leur pays. Leur contribution à son développement est conséquente, régulière et continue. Leur attachement à leurs racines culturelles est affirmé et leur disposition à défendre les causes et les intérêts supérieurs de leur pays n’a jamais fait défaut. Ils ont fait de la pratique de la diplomatie culturelle et de l’exercice modéré et pacifié de leur religion un exemple loué par les pays d’accueil. Mais, pour renforcer leur capacité d’agir et mettre leur intérêts légitimes à l’abri des turbulences politiques et économiques il est impératif de leur accorder un intérêt plus conséquent. Des milliers d’entre eux ont été frappés durement par la crise économique mondiale des années 2007-2012. La forte poussée populiste, xénophobe et islamophobe que connait le continent européen ne les a pas épargnés. Pire encore, les droits civiques que la constitution de 2011 leur a reconnus restent suspendus et même dénigrés. Leur représentation dans les instances de bonne gouvernance (Titre XII, articles 154-171) est une arlésienne. Leurs investissements et leurs projets économiques ne sont pas totalement à l’abri des prédateurs et de spoliateurs sans foi ni loi. Et tant que ces difficultés et ces menaces subsistent et tant que leurs besoins culturels ne sont pas réellement satisfaits et leurs droits civiques effectifs, l’apport des Marocains de l’extérieur ne peut atteindre son rythme de croisière.

    Le discours royal du 29 juillet, bien qu’ils ne les nomment pas explicitement, offre aux Marocains de l’étranger de nouvelles opportunités et perspectives de participation à la construction de leur pays, cette « Maison commune ».  Ils ont les compétences requises et une volonté à toute épreuve pour accompagner cette nouvelle phase du processus de développement auquel SM le Roi appelle de tous ses vœux. Ils ont incontestablement le savoir et le savoir-faire politique, technique et scientifique pour relever le défi du développement et apporter le sang neuf nécessaire pour « renouveler et enrichir les postes de responsabilité » comme le veut et l’ordonne SM le Roi Mohammed VI.

    A eux maintenant de se manifester, de s’organiser, d’agir et de proposer. S’ils ne le font pas, qui le fera à leur place ?

Paris le 01-08-2019

Dr Mohammed MRAIZIKA

Historien, Chercheur en Sciences Sociales, Consultant en Ingénierie Culturelle, Ecrivain.

Directeur du Centre International Interdisciplinaire de Recherche et d’Initiative (CIIRI-Paris)

Président du CA-ALMOHAGIR