Ces retraités MRE qui retournent au Maroc

Plus de 21 000 MRE retraités sont rentrés vivre au Maroc, révèle une enquête réalisée dans le cadre du projet Sharaka Maroc-Union européenne sur les migrations et que cite Yabiladi.com. Des conventions bilatérales de sécurité sociale ont été signées par le Maroc pour leur permettre d’y toucher leur retraite, mais ces personnes âgées rencontrent bien des difficultés pour accéder à leurs droits.

L’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) comptait, en 2010-2011, 246 952 Marocains inactifs de plus de 65 ans. Or leur désir de rentrer vivre au Maroc pour y passer leurs vieux jours est toujours très fort, a constaté Omar Samaoli, anthropologue et gérontologue, dans le cadre de son enquête sur la portabilité des droits sociaux des retraités MRE de retour au Maroc, rendue publique dans le cadre du projet Sharaka entre le ministère des MRE et des affaires de la migration et l’Union européenne.

«Il est attendu que dans les années à venir, les effectifs des MRE âgés progressent de manière importante et que l’Espagne et l’Italie deviennent les pays où leur présence soit la plus importante devant la France, la Belgique et les Pays-Bas», explique Omar Samaoli dans son rapport. Or, «en Espagne près de 70% des émigrés ont l’intention de passer leur retraite au Maroc».

Des accords peu mis en pratique

Jusqu’ici, l’Etat marocain a pris en charge le retour de ces personnes âgées à travers des conventions bilatérales de sécurité sociale. Elles permettent d’assurer la portabilité de leurs droits sociaux : le versement au Maroc de leurs pensions de retraite, de réversion, ainsi que toutes les allocations auxquelles ils ont droit pour avoir cotisé pendant leurs années de travail à l’étranger. «Des conventions ont été signées et ratifiées avec les pays suivants : Algérie, Allemagne, Belgique, Canada, Danemark Egypte Espagne, France, Libye, Luxembourg, Pays-Bas, Portugal, Québec, Roumanie, Suède, Tunisie. Celle signée avec l’Italie n’est pas encore ratifiée», souligne Omar Samaoli.

Malheureusement, si ces accords existent, ils ne sont pas mis en pratique de manière très efficace car ils reposent sur une collaboration entre les caisses de sécurité sociale étrangères et la CNSS marocaine. Celle-ci agit comme un organisme de liaison, or «les caisses locales de la CNSS sont déjà submergées par les assurés du système marocain. La prise en charge des retraités MRE, dont les dossiers sont souvent plus complexes à gérer, constitue donc une contrainte supplémentaire difficilement gérable», explique Omar Samaoli, au point qu’il a constaté de grandes différences de traitement entre les régions du Maroc mais aussi entre les pays d’accueil.

«Je ne dédouanerai aucune administration, ni française, ni marocaine, en ce qui concerne les lenteurs, les procédures complexes et à répétition qui ne tiennent pas compte, ni de la vulnérabilité d’un public analphabète dans sa totalité qui a besoin d’un accompagnement de proximité pour continuer à bénéficier de ses droits, ni de son environnement qui peut devenir source de difficultés, explique le gérontologue. Par exemple, le courrier n’est pas distribué dans les régions montagneuses, une banque peut clôturer un compte sans prévenir son client au motif que ce compte n’a pas été actif pendant une longue période, la dématérialisation des procédures est totalement inadaptée à des personnes qui n’ont parfois même pas l’électricité ou ne savent pas écrire, les veuves souffrent d’insupportables délais qui se comptent en années pour recevoir une allocation de veuvage ou une pension de réversion.»

Proximité linguistique

Pour pallier les carences de l’Etat, des assurances et des mutuelles, ainsi que des associations se sont installées dans les régions à plus forte émigration du Maroc. Les 11 BAOM – bureaux d’accueil et d’orientation des migrants – ont été créés par l’association franco-marocaine Migration et Développement dans la région Souss-Massa. «L’activité des agents dédiés à cette charge bénéficient de deux atouts majeurs : la proximité et la confiance. Une proximité linguistique parce qu’aucun des bénéficiaires ne parle ni n’écrit le français, langue de correspondance des organismes de sécurité sociale en France, et l’arabe, langue officielle de l’administration marocaine», explique la synthèse du rapport. A Berkane, le bureau de la Fondation Stunt, créée en 1989 pour venir en aide aux émigrés qui retournent au Maroc, fait office d’interface entre les MRE des Pays-Bas, leurs ayants droit et les organismes de sécurité sociale au Maroc et aux Pays-Bas. Comme dans le Souss, les agents maîtrisent à la fois le néerlandais et le rifain.

Ces associations ne suffisent cependant pas à réduire toutes les difficultés rencontrées par les retraités. «J’ai suivi de près la tournée en France du ministre en charge des MREAM, raconte Omar Samaoli, et deux questions étaient régulièrement posées au haut responsable de la CNSS qui l’accompagnait : la première était ‘pourquoi les gens ont une petite retraite’ et la seconde ‘pourquoi une wilaya n’intervient pas pour accélérer le versement des pensions de réversion’. Tout ceci me chagrine parce qu’il dénote l’impérieux besoin d’un vrai programme de préparation à la retraite dans le pays d’accueil, et avant même que les gens s’installent au Maroc si tel est leur souhait. Ceci leur laisserait la liberté de choisir en toute clarté et en connaissance ce qu’ils veulent faire de leur situation.»

Rédigé avec l'apport d'un article de Yabiladi

En savoir plus: 

Un Partenariat de mobilité Union Européenne - Maroc a été signé le 7 juin 2013 entre la Commission européenne, le ministère marocain des Affaires étrangères et de la Coopération (MAEC), et neuf États membres de l’Union européenne (UE) participant à ce partenariat (Belgique, Allemagne, Espagne, France, Italie, Pays-Bas, Portugal, Suède et Royaume-Uni). 

Doté d'un budget de 5 271 000 euros (5 000 000 euros venant de l'UE,  146 000 euros de la France et  125 000 euros des Pays-Bas), le projet Sharaka s’attache à renforcer les capacités des institutions marocaines en charge des questions de migration et développement à travers la mobilisation d’une expertise publique issue des 7 pays membres de l’UE impliqués directement dans ce projet (France, Allemagne, Suède, Pays-Bas, Espagne, Italie et Belgique) et d’une expertise indépendante complémentaire.

Cette démarche innovante renforce les partenariats entre les institutions et opérateurs publics européens en charge de ces questions et leurs homologues marocains et favorise le partage de connaissances et d’expériences ainsi que l’échange entre pairs.