On achève bien les « femmes-mulets » au passage de Biutz de Ceuta

 Elles sont marocaines, mères ou grands-mères, courageuses et dignes. Elles s’activent sans relâche, l’échine courbée sous le poids d’une masse (ballot + de 50kg) d’objets difformes et avancent imperturbablement les yeux balayant le sol, la peur au ventre. On les appelle « Femmes-mulets », Mujeres mulas, ou Portadoras, on les frappe, on les bouscule et on les humilie au point de passage frontalier de Biutz. Deux d’entre elles sont mortes écrasées ce lundi 15 janvier.

Ouvert en 2005, le point de passage de Biutz est le moyen le plus indiqué pour des milliers de personnes, plus de 25 000 selon certaines sources, d’accéder aux 300 entrepôts et commerces de la zone commerciale de Tarajal, où prospère une activité de contrebande intarissable. Appelée aussi Le Polygone (le Poligono), cette zone est en fait un véritable poumon commercial qui génère pour la ville et toute sa région, une rentrée d’argent estimée à plus d’1 milliard/an (1,4 milliards de dollars en 2003) et pèse 90% du PIB de Ceuta selon des sources locales (Association des Musulmans de Sebta). Le gouvernement espagnol, qui encaisse directement les taxes et les impôts payés par les commerçants locaux, n’ignore pas cet apport financier et fait tout pour pérenniser le système.