Maroc - Révélations d'El Mundo : du mauvais roman d'espionnage à la recherche de la vérité

L’article publié par le quotidien espagnol El Mundo et mettant en cause des personnalités marocaines accusées de corruption active sur le sol catalan continue à faire des vagues. L’une de ces personnalités mises en cause, Noureddine Zayani, a pris possition lors d’une conférence de presse tenue ce vendredi à Rabat. Il dément les allégations d’El Mundo et revient sur les conditions de son séjour en Espagne où, selon lui, il a été maltraité, psychologiquement et physiquement, par les services secrets espagnols.

S'exprimant lors d'une conférence de presse vendredi soir dans un hôtel de Rabat, Noureddine Zayani, ancien responsable de la Fédération des centres culturels islamiques en Espagne, a révélé les conditions de son enlèvement en Espagne et les méfaits qu’il a dû subir de la part d’agents des services de renseignement espagnols.

Il a raconté comment il avait été inculpé par les renseignements espagnols sans aucune preuve ni argument, après avoir été enlevé et déporté dans un avion accompagné de 20 membres des forces de sécurité lourdement armés. Il a également confirmé sa décision d’intenter une action en justice contre El Mundo pour les accusations portées à son encontre sans aucune preuve. Il rejoint en cela Abdellah Boussouf, secrétaire général du CCME, qui a également porté plainte contre le journal catalan.

Noureddine Zayani : "J'espère "qu'ils" vont revenir à la raison parce que l'Etat marocain et les membres de la communauté des expatriés marocains travaillant dans le domaine religieux travaillent dans l'intérêt des pays de résidence et de leur pays d'origine. Les marocains n'ont aucun intérêt à espionner ou à travailler en dehors de la loi ".

Un récit anonyme d'espionnage serait à l'origine des "révélation". Mais quelles révélations ?

Le quotidien marocain Achkayen se fait l’écho d’une opinion d'un chercheur spécialisé sur les groupes islamiques.  Selon lui, les informations publiées dans El Mundo seraient extraites d’un livre publié il y a deux mois à Madrid sous le titre « El agente oscuro ». Cet ouvrage écrit par un auteur qui a souhaité rester anonyme pour des raisons de sécurité relate ce qu’il considère comme la vie secrète des filières des renseignements marocains œuvrant en Espagne. Son récit s’appuierait sur des faits qu’il aurait constatés après avoir infiltré ces filières et y avoir vécu un certain temps.

Les informations se référant à l'ouvrage "El agente oscuro" restent toutefois imprécises. Si l’ouvrage a bien été publié tout récemment à Madrid avec une longue préface du journaliste Ignacio Cembrero considéré comme un expert du Maghreb et du Moyen Orient, mais connu par ses positions contre le Maroc. Dans ce prologue, le journaliste dénigre le travail des services secrets marocains en Espagne et en Europe, sans plus. Et on pouvait s'y attendre. 

Dès le 27 mai dernier, le quotidien marocain en ligne Le Desk avait rendu compte de la parution de cet ouvrage sous le titre « Un espion espagnol infiltré dans les réseaux de la DGED ».  C’était il y a près d’un mois. Le récit anonyme aurait-il comporté une quelconque accusation précise contre telle ou telle personnalité marocaine, comme le fait El Mundo, on peut être sûr que Le Desk en aurait largement parlé. Mais cela n’a pas été le cas ! Alors on navigue en permanence entre information et désinformation.

Pour ceux de nos lecteurs qui voudraient en savoir plus sur l’ouvrage « El agente oscuro », ils peuvent écouter l’émission en langue française de la radio espagnole consacrée à cet ouvrage avec une interview d’Ignacio Cembrero, connu pour son partipris contre le Maroc et plus particulièrement ses services secrets.