Maroc : Le soufisme face à l’extrémisme, thème d’un congrès international

Les travaux du Congrès mondial du Soufisme ont démarré, lundi, dans la ville marocaine de Fes, avec la participation de représentants de trente pays, dont la Turquie. 

Le congrès, qui se tient sous le slogan « Le soufisme et la construction de l’Homme », discute du rôle du soufisme dans le traitement des facteurs de l’extrémisme et de l’édification d’un être humain sain. 

Cette Rencontre est organisée par le Centre académique international pour les Etudes soufies (non gouvernemental) avec le partenariat de l’Université Sidi M’hammed Ibn Abdallah (publique). 

Dans une déclaration faite à l’agence Anadolu, Aziz Idrissi al-Kabiti, président du centre, a souligné que le « congrès discute du rôle du soufisme dans l’édification et l’épanouissement de l’être humain aux plans comportemental, cognitif, intellectuel et psychique afin que l’homme devienne utile pour lui, sa famille, sa société et sa nation ». 

Al-Kabiti a considéré que « l’édification de la paix mondiale passe inéluctablement par la construction de l’homme ». 

Il a ajouté que la voie pour la résolution des crises et pour contrecarrer la pensée extrémiste « s’illustre dans l’unification des efforts des intervenants dans le domaine soufi au plan mondial ». 

Les travaux de ce congrès se poursuivent trois jours durant et comportent quatre conférences, avec la participation de plus de 200 savants, chercheurs et académiciens, représentant 30 pays des différentes régions du monde ainsi que plus de 20 tarika soufia (courant soufi) à travers la planète. 

La Rencontre vise, selon ses organisateurs, à « rechercher le rôle du soufisme dans la réforme de l’individu, et son approche de réforme globale ainsi que sa contribution au développement civilisationnel et à l’ancrage des valeurs de la citoyenneté active et de coexistence avec l’autre ». 

Il discute également du « rôle du soufisme dans le traitement des facteurs et causes de l’extrémisme et de l’autopromotion à la lumière de l’Islam ». 

En savoir plus: 

Le soufisme ou tasawuf

« Si l ‘islam est un corps, le soufisme en est le cœur », écrit Khaled Bentounès, cheikh de la Alawiya, la confrérie soufie fondée en 1909 par le cheikh Ahmed al-Alawi à Mostaganem. Défini comme la voie mystique musulmane, le soufisme tire son nom du mot « souf », la tunique de laine dont se revêtaient ses premiers adeptes, et vise à l’éveil de la conscience à la révélation de Dieu. Ceci par de nombreuses pratiques individuelles et collectives, allant de l’ascèse à la danse. Il apparaît dès le premier siècle de l’hégire (qui marque l’année zéro du calendrier musulman et l’exil du prophète Mohammed de La Mecque à Médine, en 622) avec des figures comme celle de Rabia el-Adawiya (née en 713 apr. J.-C.), la « Mère du Bien » pour les soufis.

Les tariqa (ou voies)

À partir du XIIe siècle, le soufisme s’est structuré autour de quelques grandes confréries : la Naqshbandiyya, les Melamis, la Bektashiyya, la Qâdiriyya, la Shâdhiliyya et la Tijâniyya, qui ont donné naissance à de nombreuses « voies », les tariqa, placées sous le patronage des cheikhs. En Afrique, la Qâdiriyya, fondée à Bagdad au XIIe siècle, a essaimé du Maroc à l’Inde ; la Shâdhiliyya, apparue à Tunis au XIIIe siècle, est présente en Afrique, en Asie et en Europe ; et la Tijâniyya, fondée au XVIIIe siècle dans l’ouest algérien, s’est propagée au sud du Sahara, jusqu’au Golfe de Guinée. Des confréries sont aussi apparues localement, comme le mouridisme (Muridiyya) au Sénégal.

Derviches

Le derviche, en persan, est littéralement un pauvre. L’ascétisme, pratiqué par les dévots, a fini par leur donner ce nom qui s’est étendu aux membres de certains ordres. Ces dévots cherchent souvent la transe, où l’ego s’oublie en Dieu, par la psalmodie des 99 noms du Très Haut (le dhikr), par la musique, la danse ou par des paroles et des mouvements répétés hypnotiquement. Les célèbres derviches tourneurs pratiquent ainsi le sema, une danse giratoire où l’homme tourne sur son pied gauche autour de son cœur comme les planètes autour du soleil et la création autour de son centre. Leur ordre, dit de Mevlana, a été fondé en Turquie au XIIIe siècle par le grand poète Djalâl ud-Dîn Rûmî.

On estime les adeptes du soufisme à 300 millions sur 1,6 milliard de musulmans dans le monde, ils représentent ainsi près de 19 % de la branche sunnite de l’islam

Les cheikhs

L’effort sur soi qu’appelle le cheminement soufi ne peut se faire sans la direction d’un maître, le cheikh, dépositaire spirituel du fondateur de la tariqa. Parmi ces maîtres, deux figures éminentes : Abû Hamid Muhammad al-Ghazâlî, né en Perse en 1058 et auteur de nombreux traités fondamentaux, et Muhyi al-Din Ibn Arabi, né en Andalousie en 1155.

Les soufis

On estime les adeptes du soufisme à 300 millions sur 1,6 milliard de musulmans dans le monde, ils représentent ainsi près de 19 % de la branche sunnite de l’islam, et l’on en compte quelques milliers parmi les chiites. Les lieux de réunion des soufis, souvent construits autour du tombeau d’un maître, sont appelés les zawiyas.

Ésotérisme

La tariqa soufie est une voie d’initiation au long de laquelle le fidèle est amené à saisir le message ésotérique du corpus islamique et de la Création, leur sens profond caché sous l’apparence qui se révèle à mesure que l’esprit est éclairé par la lumière divine. Le secret des confréries les a souvent rendues suspectes politiquement pour les pouvoirs et religieusement pour les musulmans plus orthodoxes. L’ex-président tunisien Ben Ali, y décelant des formes d’organisations clandestines hostiles, avait trouvé une parade en cherchant à les folkloriser tout en plaçant les zawiyas sous surveillance. L’Arabie saoudite wahhabite, qui condamne le soufisme, taxé d’« associationniste » pour ses dévotions aux saints, interdit sa pratique.

Source : Jeune Afrique