Maroc : Il y a aussi des hommes battus par leur femme

En onze ans, 24.500 Marocains se sont plaints de violences conjugales auprès d’une association casablancaise. Mais ils n’osent pas dénoncer leur femme auprès des autorités. Tabous, moqueries, patriarcat, Le360 vous raconte leur calvaire.

Au Maroc, deux associations se battent pour que les droits des hommes violentés par leur épouse soient reconnus. «Depuis la création de notre association en mai 2017, nous recevons des dizaines de plaintes quotidiennement», s’exclame Fouad El Hamzi, qui préside, à Meknès, l’Association pour la défense des hommes battus.

Un autre homme s’est engagé dans ce militantisme encore très marginal: il s’appelle Abdelfattah Bahjaji et dirige, à Casablanca, le Réseau marocain pour la défense des droits des hommes, fondé en 2008.

Ce dirigeant associatif fait état d’une augmentation des cas d’hommes battus par leur femme, signalés dans sa structure  en une année: 2.500 hommes s’y sont plaints de violences conjugales en 2017, ils étaient 3.000 en 2018.

En onze années, cette association casablancaise a enregistré pas moins de 24.500 cas de violences commis envers des hommes  par leur propre femme.

Il faut dire que cette forme de violence reste très marginale comparée aux violences faites aux femmes par leur époux. Selon une étude commanditée par le gouvernement au HCP, en 2019, 46% des femmes de l’échantillonnage interrogé ont affirmé avoir été violentées par leur partenaire ou leur ex-partenaire.

Il est évidemment très difficile de croire qu’une femme puisse tabasser, torturer, voire priver de sexualité son mari, c’est là un tabou dont les Marocains ne parlent que très peu. 

Pourtant, pour Fouad El Hamzi, à la tête de l’Association pour la défense des hommes battus, ceux-ci sont «âgés entre 22 et 84 ans, ils existent réellement dans notre société et toutes les catégories socio-économiques sont concernées».

Plusieurs milliers de Marocains sont, de fait, physiquement et psychologiquement violentés par leur compagne, mais s’obligent à souffrir en cachette, pour préserver un semblant de «dignité», avant tout par peur du regard de la société.

A la fois en colère et révolté, Fouad El Hamzi évoque des cas d’hommes venus se plaindre auprès de son association: il raconte des rites de sorcellerie imposés, des cas de pression économique, où une femme rackette son mari, mais aussi du chantage au sexe, voire des femmes qui imposent leur amant à leur mari légitime.

Ce militant pour la cause des hommes battus s’exclame: «je suis très choqué par le machiavélisme de certaines femmes!».

Abdelfattah Bahjaji, à Casablanca, et Fouad El Hamzi, à Meknès, interrogés par Le360, appellent tous deux à une réelle prise de conscience envers cette forme de violence inversée. Même s’il est encore compliqué, dans notre société patriarcale, de l’accepter.

Fouad El Hamzi explique en effet que les juges ont tendance à faire des femmes des victimes, et ont du mal à envisager le fait qu’elles puissent elles-mêmes être violentes. Une attitude qui, selon ce militant, entrave la dénonciation de cette violence et sa reconnaissance en tant que telle par la société.

Ces hommes subissent, en fait, une double violence. En cas de divorce, après avoir été battus par leur femme, ils devront, en plus, s’acquitter du paiement d’une pension et subir l’éloignement de leur(s) enfant(s). En l’absence d'une prise de conscience de l’Etat et de la société, les hommes battus, pour marginaux qu’ils soient, ne pourront pas vraiment faire reconnaître le préjudice qu’ils ont subi.