Le Maroc met subitement fin au changement d'heure et sème la pagaille

Le gouvernement marocain a adopté ce vendredi 26 octobre un projet de décret pour le "maintien permanent de l'heure d'été en vigueur actuellement", annulant le prochain passage à l'heure d'hiver prévu dimanche, a-t-on appris de source gouvernementale.

Le but est de "maintenir l'heure d'été en vigueur actuellement afin d'éviter les changements opérés à maintes reprises durant l'année et leurs répercussions à plusieurs niveaux", selon l'exécutif, cité par l'agence officielle MAP. Un responsable gouvernemental a confirmé à l'AFP que le passage à l'heure d'hiver n'aurait pas lieu dimanche. Le royaume restera donc à GMT+1. Le maintien de l'heure d'été "permettra de gagner une heure de lumière naturelle" et de "réduire la consommation d'électricité", a déclaré le ministre chargé de la Réforme de l'administration, Mohamed Ben Abdelkader, cité par la MAP. Cependant, l’heure d’hiver sera maintenue pendant le mois de ramadan.

Prise sans débat ni concertation, cette mesure prise subitement et avec application immédiate et non préparée a suscité l'incompréhension et un large mécontentement sur les réseaux sociaux. La compagnie aérienne nationale Royal Air Maroc (RAM) a annoncé que les horaires de ses vols seraient retardés d'une heure depuis les différents aéroports marocains "à partir de dimanche".

Le Maroc a instauré le changement d'heure en 2008, dans le but de réduire sa consommation d'énergie, comme l'avaient fait de nombreux pays européens. La question est également posée en Europe, après le projet de la Commission européenne de mettre fin à l'obligation du changement d'heure. Chaque Etat membre de l'UE devra choisir d'ici fin avril 2019 entre garder l'heure d'été ou plutôt celle d'hiver, si le projet de la Commission est entériné.

 

En savoir plus: 

Alors qu’un Conseil de gouvernement exceptionnel a entériné le maintien de l'heure d'été pour toute l'année, h24info.com a contacté l’économiste Mehdi Lahlou pour connaître son avis sur le sujet.

Maintenir l’heure d’hiver ou l’heure d’été est la question qui anime actuellement les Etats de l’Union européenne dont la temporalité est répartie selon trois fuseaux horaires différents. Le Maroc semble s’aligner sur cette démarche de réflexion.

«L’économie marocaine est fondamentalement informelle, les Marocains vivent au rythme de l’heure biologique, avec le lever et le coucher du soleil», déclare Mehdi Lahlou. Il faut donc insérer cette question dans le contexte économique propre au Maroc.

Ce qui étonne le plus l’économiste, c’est «la précipitation» dans laquelle ce Conseil a lieu. «Personne n’a manifesté pour contester cette pratique ou la faire cesser», note-t-il. A ce propos, les citoyens marocains n’ont pas été sondés officiellement sur cette question, contrairement aux Européens qui ont répondu être favorables à 84% à la suppression de l’alternance de l’heure à l’occasion d’une consultation publique en ligne datant de cet été.

Pour Mehdi Lahlou, le choix de suppression du changement d’heure se justifie surtout par le souhait de s’aligner sur les horaires d’activités des Européens, notamment de la France et de l’Espagne et faciliter ainsi les échanges économiques et professionnels. «La question de l’économie d’énergie n’intervient que peu», constate-t-il.

Un autre point majeur que l’économiste évoque est celui du changement d’horaires pendant le mois de Ramadan. Comment va-t-il s’insérer dans cette réforme ? On devra attendre la parution du décret pour savoir s’il est concerné. «Ne pas faire subir deux, trois ou quatre changements par an aux Marocains serait l’idéal», argue Lahlou, légèrement exaspéré.

Pour le moment, l’économiste ne sait pas si d’un point de vue économique il serait mieux de maintenir l’heure d’été ou l’heure d’hiver. Cela dépend de beaucoup de facteurs, notamment des secteurs d’activités. Il appelle à une enquête sérieuse sur le sujet.