La mosquée d'Angers en France sous pavillon marocain ?

La mosquée de Mantes-la-Jolie, dans la cité du Val Fourré, est propriété marocaine depuis 2017. Aujourd'hui on parle du transfert de propriété de la mosquée d'Angers vers le royaume chérifien.

A Angers, l’Association des musulmans a voté, le 25 septembre, la cession à titre gratuit de sa mosquée en construction au ministère des habous et des affaires islamiques du royaume du Maroc. L’information, révélée par Le Courrier de l’Ouest, a provoqué la sidération d’une partie de la communauté musulmane, originaire d’Algérie, de Tunisie ou des pays subsahariens, qui s’inquiète de la mainmise de l’Etat marocain sur leur mosquée, alors que les fidèles ont déjà versé 2,3 millions d’euros pour sa construction. Dans les rangs de l’extrême droite aussi, la nouvelle fait réagir. L’eurodéputé Rassemblement national Gilbert Collard dénonce « un abandon de territoire, une pure folie ».

L’édifice, qui porte le nom d’Abou Bakr Essedik (un compagnon du prophète Mahomet), est en chantier depuis octobre 2016 sur les hauteurs de la ville. Le projet, attendu depuis trente ans par la communauté, est ambitieux. La future mosquée s’étend sur 2 200 m2 et pourra accueillir jusqu’à 2 435 fidèles, ce qui en ferait l’une des quatre plus grandes de l’Hexagone.

Quatre ans plus tard, les murs sont montés et le bâtiment est désormais hors d’eau. Mais le chantier avance au ralenti, car les rentrées financières se tarissent. Les soubresauts qui agitent l’Association des musulmans d’Angers (AMA) n’y sont certainement pas étrangers : entre soupçons de détournements de fonds et querelles d’ego, tout cela n’incite guère les donateurs à garnir l’escarcelle.

Selon l’actuel président, il faudrait encore 4,5 millions d’euros pour mener le chantier à son terme. « Avec les 150 000 à 200 000 euros qu’on collecte chaque année, on en a encore pour quinze ou vingt ans », lance Mohamed Briwa. Avec l’argent marocain, pense-t-il, un an et demi suffirait pour boucler l’affaire. « En 2013, l’ancien secrétaire de l’association avait écrit à tous les pays pour qu’ils nous aident, il n’y a que le Maroc qui nous avait répondu. Aujourd’hui, il y a une opportunité qui se présente, on ne va quand même pas se gêner. »

En France, le financement des mosquées par les pays étrangers n’est pas rare. Le Maroc, l’Algérie, la Turquie et l’Arabie saoudite mettent régulièrement la main à la poche pour « aider » les fidèles et jouer de leur influence respective. Mais la cession à titre gracieux « WAQF » reste rare et suscite des polémiques.

Le maire d'Angers s'inquiète

L’objectif du maire d’Angers, Christophe Béchu, est de trouver une issue heureuse à cette préoccupation qui agite la communauté musulmane. Si le président de l’AMA, Mohamed Briwa, y voit une aubaine, l'opinion n'est pas partagée. Des musulmans d’Angers refusent de voir ainsi leurs contributions et leur dons tomber dans le patrimoine marocain.
A l’examen du dossier, les services de la mairie ont relevé une clause qui permet à Christophe Béchu d’intervenir dans le dossier. Son autorisation est requise pour la cession, en tant que président d’Alter Cités. Celui-ci renvoie le sujet au prochain conseil municipal.