Des milliers d’enseignants contractuels manifestent contre la précarité au Maroc

Les enseignants contractuels réclament les mêmes droits que leurs collègues fonctionnaires. Ils sont en grève depuis trois semaines dans l’ensemble du royaume.

(AFP et Reuters) - La police marocaine a fait usage de canons à eau dans la nuit de samedi 23 à dimanche 24 mars pour disperser des milliers d’enseignants qui manifestaient dans la capitale, Rabat, en faveur d’une revalorisation de leurs conditions de travail. Les manifestants, hommes et femmes de 20 à 30 ans, avaient défilé tout l’après-midi dans le calme dans les rues de la capitale marocaine avec des slogans comme « le peuple veut l’abolition de la contractualisation » ou « liberté, dignité, justice sociale ».

La nuit tombant, les manifestants ont éclairé leur téléphone portable et allumé quelques bougies, avant d’installer un grand campement improvisé devant le parlement de Rabat. Les forces de l’ordre les ont dispersés avec matraques et canons à eaux, après plus de deux heures de négociation pendant lesquelles ils ont refusé de lever le camp.

Les contractuels ont entamé une grève depuis le 3 mars et avaient déjà, il y a quinze jours, campé devant les académies régionales dans différentes villes. Ils protestent contre la politique de « recrutement par contrat » (CDD) en vigueur depuis 2016 et massivement utilisée depuis par les autorités marocaines. Sur les 240 000 enseignants que compte le pays, 55 000 ont en effet été embauchés sur ces contrats depuis 2016.

Nouvelle manifestation dimanche

Concrètement, leur statut leur donne droit aux mêmes salaires que les permanents – 5 000 dirhams par mois, soit environ 460 euros –, mais pas à la même stabilité de l’emploi ni aux mêmes droits pour la retraite. Le gouvernement leur a fait différentes propositions, notamment de les intégrer dans les académies régionales, mais toutes ont été jugées insuffisantes au fil des semaines.

Les jeunes contractuels ont prévu de participer dimanche à Rabat à une nouvelle manifestation organisée par plusieurs partis et syndicats contre la loi-cadre sur l’enseignement et contre la privatisation de l’enseignement public.

La date du 23 mars a été choisie en référence à la grandemanifestation étudiante du 23 mars 1965, qui s’était terminée par un bain de sang à Casablanca et avait débouché sur l’état d’exception pendant les « années de plomb ». Le 20 février dernier, une des manifestations des contractuels coïncidant avec la date anniversaire du mouvement pro démocratie du 20-Février, né en 2011 durant le Printemps arabe, avait été dispersée à Rabat par la police et laissé plusieurs blessés.

L’enseignement public marocain fait l’objet de critiques récurrentes : bas niveau des élèves et fort abandon scolaire, classes surchargées, écoles fermées dans les grandes villes pour laisser place à des projets immobiliers, privatisation continue du secteur… L’Etat a dédié une enveloppe de près de six milliards d’euros pour l’enseignement en 2019 et lancé une « vision stratégique de la réforme de l’Education » visant à « l’édification d’une école de l’équité et de la qualité » d’ici 2030.