Des bénévoles belges en short menacées de mort au Maroc

Trois jeunes femmes qui travaillaient bénévolement au terrassement d’une route au Maroc rentreront en Belgique après avoir été la cible de menaces de mort à cause de leur habillement.

Un jeune enseignant marocain a appelé à les décapiter sur les réseaux sociaux après les avoir vues travailler en short sur un chantier dans le village d'Adar, dans le sud du pays.

L’organisation belge Bouworde, qui supervisait le groupe de 37 jeunes âgés de 15 à 30 ans, majoritairement composé de femmes, a confirmé que trois d’entre elles avaient choisi de rentrer après avoir pris connaissance des menaces.

Nous comprenons parfaitement que certains des participants souhaitent revenir plus tôt, a indiqué l’organisation, qui a reçu l’assurance du gouvernement marocain que la sécurité de leurs bénévoles serait assurée.

Bouworde a toutefois choisi de ne plus envoyer de groupes au Maroc jusqu’à nouvel ordre. L'association organise des voyages de volontariat sur différents projets en Afrique, en Asie, en Europe et en Amérique latine.

Un député présente ses excuses

Malgré la controverse générée par les propos haineux de l’instituteur, Ali El-Asri, un député du parti islamiste marocain, a lui aussi critiqué la « tenue légère » des jeunes bénévoles. En plus d’être membre du groupe d’amitié maroco-belge, ce dernier est aussi président du groupe d’amitié parlementaire Canada-Maroc.

Ses propos ont d'ailleurs été dénoncés par son collègue Lahou El-Marbouh, qui aurait démissionné du groupe parlementaire canadien en guise de protestation. Comment pouvons-nous, en tant que membres du groupe d’amitié, voyager au Canada avec une personne qui a des idées extrémistes et qui a porté atteinte à la réputation de notre pays avec son discours?, a-t-il déclaré à Rue20.com.

Ali El-Asri a depuis présenté des excuses dans un bref communiqué sur Facebook et a nié avoir voulu inciter à la haine ou à la violence.

Je réitère mes excuses auprès de quiconque se serait senti blessé ou offensé suite à mes propos.

Ali El-Asri

Je salue toutes les initiatives humanitaires et de solidarité, dont celle entreprise par les jeunes femmes belges, a également ajouté le député. Ces initiatives, qui favorisent notamment une meilleure connaissance mutuelle, devraient être encouragées et entourées des conditions de réussite.

Une arrestation, un mouvement de protestation

Le jeune enseignant à l’origine des menaces a été arrêté. Il sera accusé d'incitation à des « actes terroristes », selon la Sûreté marocaine.

Ses menaces proférées contre les jeunes bénévoles belges ont également suscité des réactions indignées dans la presse marocaine et sur les réseaux sociaux.

Une pétition « Tous en short » a recueilli plus de 1000 signatures, dont celles d'une cinquantaine de personnalités marocaines.

La page Facebook « Yes we short » appelle pour sa part les Marocains à envoyer un bouquet de fleurs avec un mot de remerciements à l'association belge Bouworde.

Les Marocains ont aussi été invités par la presse à « manifester en short » samedi sur une plage de Casablanca, pour « envoyer un message aux obscurantistes qui veulent nous imposer la pensée extrême et détruire l'image de notre pays ».

Cette menace de décapitation a rappelé l'assassinat de deux touristes scandinaves perpétré en 2018 par des Marocains radicalisés au nom du groupe armé État islamique.

Avec les informations de Agence France-Presse