Tribune

 

Nabil Ennasri finit une thèse de doctorat qui porte sur la politique étrangère du Qatar. Directeur de L'Observatoire du Qatar, il est aussi l'auteur de L'énigme du Qatar (Armand Colin). Vous pouvez le suivre sur Twitter : @NabilEnnasri

Au cours de son règne qui va bientôt fêter ses vingt ans, le roi Mohammed VI a pendant longtemps privilégié une posture de retrait sur la scène internationale. Souvent absent des grands rendez-vous multilatéraux où il préférait envoyer son frère ou le chef de gouvernement, cette situation a soudainement changé à l’orée des années 2010. Depuis cette date, le monarque est bien plus présent dans l’arène mondiale, multipliant les déplacements et renforçant la position de son pays dans les négociations.

Ce réveil de Rabat s’est notamment vérifié dans deux directions, le terrain africain et l’espace arabe qui ont toujours constitué – en plus de l’interaction avec l’Europe – les deux domaines de prédilection de la diplomatie chérifienne.

Sur le plan continental, Rabat a récemment opéré un retour en force en réintégrant l’Union africaine non sans avoir marqué des points en ralliant nombre d’États de l’organisation dans sa stratégie d’isolement du Front Polisario, l’ennemi juré qui revendique depuis des décennies l’indépendance du Sahara occidental.

Sur le plan arabe, après avoir longtemps boudé les sommets de la Ligue arabe, le roi a tenu ces dernières années à renouer des liens forts avec certains « pays frères ». C’est en grande partie vers la région du Golfe que ce nouveau tropisme s’est illustré.

L’acte de naissance de ce recentrage se situe en avril 2016. Ce mois-là, Mohammed VI fait un déplacement historique en Arabie saoudite où il est l’invité d’honneur du sommet annuel du Conseil de coopération du Golfe (CCG). Loin de faire de la figuration, le souverain fait un discours musclé où il réaffirme la souveraineté de son pays sur l’ensemble du territoire national (campant ainsi sur une ligne dure sur le dossier du Sahara) tout en mettant en garde les pays de la région sur le piège des divisions confessionnelles qui risquent d’embraser tout le Moyen-Orient.

Prolongeant son déplacement, il se rend successivement aux Émirats arabes unis, au Bahreïn et au Qatar en signant des dizaines de contrats portant sur des domaines aussi divers que la coopération agricole, la collaboration sécuritaire ou les télécommunications.

Depuis, les échanges en tout genre entre Rabat et les différentes principautés du Golfe n’ont fait qu’augmenter. En plus de faire du royaume chérifien leur lieu privilégié de villégiature – le roi Salmane et l’émir Tamim y sont régulièrement en vacances – le volume des échanges commerciaux entre les pays du CCG et le Maroc a bondi de plus de 100 % en une décennie.

Dans la région, ce sont les Émirats arabes unis qui arrivent en tête, se plaçant même en deuxième position après la France dans la liste des meilleurs partenaires avec une part de 13,4 % des investissements directs étrangers (IDE) sur la période 2008-2015.

 

Endosser le rôle de médiateur

Il faut dire que pour les monarchies du Golfe, le Maroc constitue une terre d’opportunités : sa stabilité politique, sa constante croissance économique, de l’ordre de 4 à 5 % ces dernières années, et le caractère monarchique de son système de gouvernement sont vus comme autant d’atouts justifiant l’établissement d’une diagonale de complicité.

Ce sont d’ailleurs ces solides fondamentaux qui ont poussé les pays du CCG à proposer à Rabat une quasi-adhésion à leur structure en 2011. Exprimée à un moment où les révoltes arabes faisaient craindre le pire pour les régimes en place, cette idée d’un front des monarchies face aux poussées populaires a finalement été abandonnée du fait de son incohérence géographique. Elle n’en exprimait pas moins toute la confiance que les capitales du Golfe manifestaient à l’égard d’un royaume qui reste bien apprécié depuis l’époque du roi Hassan II.

L’actuel déplacement de Mohammed VI se situe donc dans le prolongement de ce renforcement et vise principalement deux objectifs.

Sur un plan strictement diplomatique, Rabat souhaite faire feu de tout bois pour glaner le plus de soutiens dans sa confrontation avec le Front Polisario et son parrain algérien considéré comme le grand rival. Même si le conflit entre les deux poids lourds du Maghreb n’enchante plus une grande partie des opinions des deux pays qui y voient une dispute futile empêchant un véritable codéveloppement, les tensions restent vives comme l’atteste la dernière sortie d’un ministre algérien accusant les banques marocaines de blanchir l’argent du cannabis.

Dans ce contexte houleux où, en plus, les relations avec les grands partenaires d’Europe (France, Espagne et Hollande) ne sont pas au beau fixe, Rabat souhaite disposer de puissants alliés de substitution. C’est sous ce prisme que le renforcement du partenariat stratégique avec les pays du Golfe est vu du côté chérifien et ce calcul semble d’autant plus probant que ces derniers n’ont jamais fait défaut lorsqu’il s’est agi de voter en faveur du royaume à l’ONU.

Enfin, se rendre successivement aux Émirats arabes unis et au Qatar constituera pour Mohammed VI une occasion de plaider une réconciliation entre deux pays qu’aujourd’hui tout oppose. Alors que Rabat avait envoyé en vain son ministre des Affaires étrangères au cours de l’été pour appuyer la médiation koweitienne, le déplacement du chef d’État peut aussi être interprété comme une initiative destinée à tenter de sauver in extremis la face du CCG, plus que jamais au bord de l’implosion.

 

Source : middleeasteye.net

 

 

Pourquoi le ministre algérien des Affaires étrangères a dérogé aux règles de bonne conduite envers le Maroc?

Les relations du Maroc avec son voisin de l’Est, l’Algérie, sont exacerbées et exécrables. Il en résulte des dommages directs et collatéraux avec des effets néfastes sur la quiétude, la sécurité et l’essor de toute une région. Loin d’apaiser la tension entre les deux pays, la déclaration irréfléchie et provocatrice du ministre des Affaires Etrangères de l’Algérie, Abdelkader Messahel, y ajoute une surdose de malaise.

jeudi, 31 août 2017 05:35

Le Maroc secoué par l’affaire du Rif

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Le Rif, région isolée, se soulève une fois de plus dans l’histoire du Maroc. Pour quelles raisons ? Yves Montenay, fin connaisseur du monde arabe, propose une analyse avec sa vision française.

Les incivilités criminelles se multiplient au Maroc, dans une société où les droits des citoyens ne sont pas toujours reconnus.

L'occasion de blanchir un passé de trafiquant et d'apparaître comme un militant pour les droits de l'homme a été saisie par Said Chaou et voilà la presse européenne braquer ses regards et ses caméras sur cette région, certes délaissée et mal aimée. Qui a intérêt à envenimer la situation ?

mercredi, 24 mai 2017 06:44

Ces pauvres qui agacent la Tunisie des nantis

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Les pauvres agacent les falsificateurs de l’histoire, les promoteurs de la grandeur virtuelle de la Tunisie. Ils ne sont plus méritants et reconnaissants des bienfaits qui leur sont accordés. Voilà qu’ils se mettent à ne plus supporter leur misère, à revendiquer, à dénoncer les injustices, les abus de pouvoir et le déséquilibre du développement régional.

samedi, 20 mai 2017 06:23

Maroc : les leçons d'Al Hoceima

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La mobilisation dans la ville d'Al Hoceima ne s'estompe pas depuis octobre dernier. La ville a connu une nouvelle manifestation d'ampleur hier jeudi. Mais alors que les revendications des manifestants sont à caractère social et économique, l'Exécutif ne semble pas encore prendre la mesure des enjeux et privilégie l'approche sécuritaire. Lecture des leçons édifiantes d'une fronde qui épouse les aspirations de la jeunesse marocaine.

Depuis des semaines, nous sommes des millions en Tunisie, en Algérie, au Maroc, en Mauritanie, et même en Libye, et, finalement, dans toute l'Afrique, à suivre la campagne présidentielle.

Le Maroc a son prolongement dans le monde et plus particulièrement en France où plus d’un million de Marocains de différentes croyances et confessions y vivent.
Les nouvelles qui nous parviennent de la France sont plus qu’inquiétantes. Contrairement à 2002, un parti xénophobe, raciste, antisémite et islamophobe pourrait gagner les élections présidentielles.

dimanche, 30 avril 2017 08:46

L’avènement de Macron

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En se référant à l'Institut Montaigne, un  think tank ("réservoir d'idées") français dont l'objectif est de concilier les enjeux de compétitivité et de cohésion sociale, Dominique Moisi se félicite de la première position d'Emmanuel Macron au premier tour de l'élection présidentielle. D'inspiration libérale, l'Institut Montaigne est présenté avec la moitié de ses membres situés à droite et l'autre moitié à gauche. Au début de sa création, le mouvement En Marche était domicilié chez l'un des responsables de cet Institut.

Omar Mahmoud Bendjelloun, avocat aux barreaux de Rabat et de Marseille, demande aux quelques 750 Français vivants au Maroc ayant voté Marine Le Pen au premier tour des élections présidentielles françaises, de ne pas oublier les citoyens de leur pays d'accueil et de les respecter en ne votant pas pour le Font National.

La presse marocaine en bruissait avec plaisir : le Roi devait rencontrer Donald Trump, le président des Etats-Unis. Certains s'en félicitaient ouvertement, d'autres s'étonnaient de ce qu'ils considéraient comme une compromission avec un président contesté. Finalement, il y a eu beaucoup de bruit pour rien, car la rencontre n'a pas eu lieu. Cette courte mésaventure est largement exploitée par la presse algérienne contre le Maroc et son Souverain.

Plaise au Président du tribunal Constitutionnel du Royaume du MAROC:

Monsieur le Président,
Mesdames et Messieurs les Magistrats,
Jamais les MDM appelés d'usage MRE n'ont présenté un seul corps ferme et solide de constitution et de droits constitutionnels, voir universels les concernant et les rassemblant en force vive d'union patriotique, autour de projets structurants à côté de leurs frères et sœurs restés au pays. Il a fallu du temps et de plusieurs formes de militantisme patriotique, politique et syndical, auparavant accompagné de plusieurs réformes constitutionnelles, pour arriver au vote du référendum historique de la réforme constitutionnelle de 2011. Ce dernier, a connu une participation massive des MRE dans différentes circonscriptions consulaires du monde, approuvant ainsi l'adoption de cette nouvelle constitution où ils se retrouvent considérés de plein droit à travers quatre articles qui leur sont spécialement dédiés des 180 articles de cette nouvelle constitution 2011 (Titre I, articles 16,17, 18 et art.163, 164).

Cela coule de source. La sollicitude que SM le Roi témoigne aux Marocains installés à l’étranger (MRE) est réelle et indiscutable. Personne n’en doute. Aussi, lorsque les premiers mots du Ministre chargé des affaires MRE rappellent cette évidence, il fait du La Palisse (1470-1525). Le rapport qui lie les MRE à la mère-patrie et à leur Souverain n’a besoin ni de structure ni d’intermédiaire, fusse un Ministre délégué pour se consolider et se perpétuer. Mais, ce qui mérite d’être revu et corrigé par le nouveau Ministre, c’est la manière dont sont traitées leurs affaires et la violence avec laquelle sont reniés leurs droits civiques depuis des décennies.

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