mardi, 23 août 2016 03:45

Burkini : Ceux qui sont pour, ceux qui sont contre

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En pleine polémique sur le burkini, plusieurs mairies de villes côtières de France, de Corse jusqu'au Pas-de-Calais, ont pris des arrêtés pour interdire ce type de tenue de plage qui couvre le corps et la tête des femmes. Les tribunaux administratifs les ont suivis dans cette décision. Pour clore, provisoirement, le débat, Maglor publie aujourd'hui une tribune contradictoire. Olivier Roy défend l'idée que "pour les femmes qui le portent, le burkini est un compromis entre la modernité et la foi". A l'opposé, un maire communiste et des journalistes demandent au Premier ministre de légiférer sur son interdiction. Débats.

Olivier Roy : "Il y a une incompréhension totale"

 

Professeur à l'Institut universitaire européen de Florence (Italie), où il dirige le programme méditerranéen, Olivier Roy est un spécialiste de l'islam. Il y a consacré différents ouvrages comme En quête de l'Orient perdu, en 2014, ou La laïcité face à l'islam, en 2005. A contre-courant du débat actuel, le chercheur en science-politique estime que le burkini, loin d'être un "retour en arrière", est révélateur d'une alliance entre modernité et religion. Il l'a expliqué dans un entretien à Francetv Info.

Francetv info : Cannes, Villeneuve-Loubet, Sisco, Le Touquet, Nice... En quelques jours, de nombreuses communes ont pris des arrêtés anti-burkini. David Lisnard, le maire de Cannes, a expliqué qu'à ses yeux, il s'agit d'"un uniforme qui est le symbole de l'extrémisme islamiste", dans un contexte "d'actes terroristes". Le port du burkini est-il un signe d'adhésion à des "mouvements terroristes" ?

Olivier Roy : Ces amalgames sont absurdes. Le groupe Etat islamique ou les talibans n'autoriseraient jamais le burkini. Au contraire, cette tenue est l'exemple même de la gentrification de la pratique religieuse musulmane dans l'espace occidental. Ce maillot de bain couvrant est symboliquement lié l'ascension sociale de certaines musulmanes. Le porter représente une tentative, pour des femmes, plutôt jeunes, de poser un signe religieux sur une pratique moderne, c'est-à-dire la baignade en famille.

Le burkini est typiquement une tenue de femme de deuxième ou de troisième génération des descendants d'immigrés maghrébins. Ce n'est pas leurs mères qui le porteraient. Si elles avaient voulu se baigner, elles l'auraient fait tout habillé. Dans ce débat, il y a une incompréhension totale de ces stratégies individuelles d'affirmation.

FTvI : Mais est-ce que le lien entre fondamentalisme et jihadisme est fondé ?

Nous n'avons aucune preuve qu'une longue pratique religieuse pousse au jihadisme. Selon moi, c'est même exactement le contraire. Tous les terroristes, que ce soit les frères Kouachi, Amedy Coulibaly, ou encore Adel Kermiche, sont ce que l'on appelle des "born again", des personnes qui font un soudain retour au religieux, dans une perspective de radicalisation. Ces jeunes ne se préoccupaient pas de l'islam avant. Leur volonté est de se révolter contre la société française. Et ce n'est pas en opposant "un bon islam" et "un mauvais islam", qu'on luttera contre le terrorisme.

En revanche, on peut contribuer à leur isolement et faire en sorte qu'ils ne représentent pas l'avant-garde de l'islam, en laissant émerger une pratique de la religion apaisée, qui se fond dans le paysage français. Mais pour cela, il faut reconnecter des marqueurs religieux avec des marqueurs culturels modernes. Et le paradoxe, c'est que le burkini, à sa manière, est une tentative de reconnexion.

 

FTvI : Pour le maire de Sisco, en Corse, l'interdiction "n'est pas contre la religion musulmane, mais pour éviter que l'intégrisme ne se propage". Le port du burkini est-il révélateur d'une augmentation des pratiques rigoristes chez les musulmans ?

Non. Les débats sur le port du burkini et de la burka, par exemple, doivent être distingués, car le burkini est une invention récente [créé en 2003 en Australie], qui fait sauter les fondamentalistes au plafond. Pour ces derniers, une femme n'a pas à se promener sur la plage, et encore moins se baigner ! Donc le burkini est, au contraire, une tenue moderne, qui n'a rien de traditionnel ou de fondamentaliste.

De plus, l'acceptation de signes religieux, comme le burkini, dans l'espace public, est la meilleure manière de saper l'influence des fondamentalistes. Plus on éloigne la pratique religieuse de l'espace public, plus on laisse le champ libre aux extrémismes religieux. Il faut donc, au contraire, laisser aux individus une certaine forme de liberté dans l'expression de leur religiosité. Après, le problème est que ces signes religieux doivent s'inscrire dans une compatibilité avec la société française.

 

FTvI : Mais il y a quand même une volonté d'affirmation religieuse...

Oui, évidemment. Les femmes qui portent le burkini sont croyantes, et le revendiquent, tout en essayant de trouver un compromis entre leur foi et leur vie de jeune intégrée. C'est tout le paradoxe du débat actuel. En France, on estime que le burkini est un retour en arrière. Alors que ces femmes sont dans l'invention d'un compromis entre leur modernité et leur foi. Cette tenue est un compromis, de même que le port du foulard sur une tenue moderne d'"executive woman"... Mais ce n'est pas perçu comme tel par notre société laïque.

Qu'est-ce que les gens trouvent scandaleux aujourd'hui en France ? Qu'une jeune fille, conseillère financière, arrive au travail en étant voilée. On ne comprend pas que des femmes qui réussissent affichent des signes religieux. Si on pose la question du voile à l'université, c'est certes parce que des étudiantes le portent, mais, surtout, que ces jeunes filles sont désormais visibles dans l'espace public.

FTvI : Les polémiques récurrentes sur la viande halal, le port du voile à l'université ou les prières de rue poussent certains à se demander si la pratique de l'islam est compatible avec la laïcité française...

C'est un faux débat. On peut, bien entendu, se poser de nombreuses questions théologiques sur l'islam. Mais le port du foulard à l'université, du burkini, ou le débat sur la viande halal ne sont pas des problématiques propres à l'islam. Elles sont liées à l'évolution de l'acceptation des signes religieux en France, au même titre que la soutane, la kipa ou la viande casher.

La conception de la laïcité française a considérablement évolué depuis la loi de 1905, sur la séparation de l'Eglise et de l'Etat. Cette législation ne dit rien sur les religions. Il n'y a donc pas lieu d'interdire le voile à l'université ou le burkini. Dans son essence, la laïcité ne devait pas chasser le religieux de l'espace public, mais seulement organiser la gestion des lieux de culte. Mais la laïcité est devenue une idéologie politique, qui sert à exclure la religion vers l'espace privé. Il y a désormais une "morale laïque".

FTvI : Pourquoi le débat se cristallise-t-il autour de l'islam ?

Si cette religion fait autant parler d'elle, c'est parce qu'il y a une conjonction entre une droite identitaire, qui définit le christianisme comme la religion fondatrice de la société française, et une gauche laïque et anti-cléricale. Quand Manuel Valls déclare qu'il "comprend" les maires qui ont pris l'arrêté anti-burkini, il se place dans la continuité d'une certaine gauche fondamentalement hostile aux religions. Rappelez-vous qu'en 1996, Michel Charrasse, un ancien ministre du Budget socialiste, avait refusé d'entrer dans l'église pour les obsèques de François Mitterrand, par conviction laïque.

Cette alliance hors-nature entre cette droite et cette gauche se concentre sur l'islam, qui est devenu l'ennemi commun, mais pour des raisons complètement différentes. C'est ce qui lui donne autant de résonance dans le débat public.

FTvI : Pourquoi ce débat sur la compatibilité entre islam et laïcité n'a pas eu lieu avec la même ampleur en 1995, lors de la vague d'attentats terroristes perpétués par le Groupe islamique armé ?

En 1995, on était dans une logique d'intégration, dans la foulée de "la marche des beurs". Mais dans l'esprit de la gauche, à l'époque, intégration signifiait sécularisation. Aujourd'hui, ce que la gauche ne pardonne pas aux immigrés maghrébins, c'est d'avoir fait des enfants musulmans. Elle s'attendait à ce que la deuxième et la troisième génération soient sécularisées et a été très surprise de découvrir une génération de croyants...

 

FTvI : Que pensez-vous de la déclaration de Jean-Pierre Chevènement, pressenti pour être à la tête de la Fondation pour l'islam de France, qui conseille aux musulmans de la "discrétion" dans la manifestation des convictions religieuses ?

On est dans ce que l'on appelle une double contrainte. On impose à la population musulmane des demandes contradictoires. La première, c'est d'éviter tout communautarisme, en n'affichant pas d'identité religieuse. Mais en parallèle, à chaque attentat terroriste, on demande à ces mêmes musulmans de réagir en tant que communauté, alors qu'il n'y a pas de communauté musulmane en France. S'il y en avait une, il n'y aurait pas besoin de fabriquer le Conseil français du culte musulman (CFCM).

FTvI : Après une telle polémique sur le burkini, quelles peuvent-être les répercussions dans la société française ?

Cela risque de créer un sentiment de rejet et de dégoût chez les musulmans, qui pourrait se traduire par un repli identitaire. Après, il y a des tensions, mais la France est un pays de tensions permanentes. Les gens ont complétement perdu la mémoire historique. L'identité française est un mythe : relisons Celine et Bagatelle pour un massacre, souvenons-nous de l'OAS ! Les arguments utilisés par les antisémites dans les années 1920 sont aujourd'hui repris à propos de l'islam : incompatibilité culturelle et une loyauté plus grande accordée à la religion qu'à la nation.

 

"Monsieur Valls, légiférez contre le burkini"

 

André Gerin, député-maire communiste, adresse ce 22 août un courrier à Manuel Valls pour lui demander de "compléter la loi sur l'interdiction du voile intégral" et de faire prendre "des arrêtés préfectoraux" afin d'interdire le burkini. Il estime que les Français ne veulent pas "voir la France devenir charia-compatible". Voici son courrier.

<< Monsieur le Premier Ministre,

Nous assistons actuellement à une nouvelle tentative de remise en cause de la laïcité par la multiplication de burkinis dans certains territoires de l'hexagone. En réaction, certains maires ont pris des arrêtés municipaux pour interdire le port de ce vêtement dans l'espace public. Vous leur avez d'ailleurs déclaré votre soutien. Prendre le temps nécessaire au service de la République et de la laïcité est une excellente prérogative.

A l'instar du voile intégral, la lutte contre l'idéologie islamiste fait partie des priorités nationales. Oui, la République doit faire preuve de fermeté et se défendre. C'est ma conviction intime. Car, à moins d'être frappé de cécité, la question du burkini vient s'ajouter à la longue liste des coups portés à l'identité de la France et aux valeurs républicaines. Ils sont le résultat de notre aveuglement, d'accommodements, voire même de complicités.

Depuis l'affaire du foulard de Creil en 1989, nous avons vu se développer le foulard à l'école, les prières de rues, l'exercice d'une pression pour que des repas halal soient servis dans les cantines scolaires, l'apartheid sexuel dans les piscines, le sexisme qui mène à une vie infernale pour les jeunes filles dans certains quartiers et le port, de plus en plus visible, de longues abayas noires ou brunes.

Le burkini quant à lui, s'est invité dans l'actualité estivale. Il constitue un désordre dans l'espace public. Cette nouvelle bataille politique a reçu la désapprobation de la grande majorité des citoyens de notre pays. Devant leur ras-le-bol, nous devons leur répondre. Ils ne veulent pas, à juste titre, voir la France devenir charia-compatible.

Il est temps et grand temps d'éradiquer cette gangrène islamiste.

Les Français veulent avoir la certitude que le gouvernement mettra tout en œuvre pour empêcher cette prolifération qui empoisonne leur vie quotidienne. Sachant que la loi d'octobre 2010 sur l'interdiction du voile intégral est, hélas, appliquée à dose homéopathique, le doute est donc permis sur l'action gouvernementale.

Une fois de plus, nous sommes confrontés à un islam politique, dans sa conquête de l'espace public, qui tente d'instrumentaliser nos droits individuels, en portant de nouveaux coups à notre République. Il est plus que temps d'agir et de stopper cette prolifération. L'interdiction du burkini s'impose dans tous les lieux de baignade. Je pense qu'une loi fondée sur l'ordre et la sécurité publiques peut être envisagée.

Il est possible de porter notre action à plusieurs niveaux, en complétant la loi sur l'interdiction du voile intégral d'une part et d'autre part, en proposant, sans plus attendre des arrêtés préfectoraux, voire même des décrets au niveau ministériel. Car le « marquage au corps » peut être perçu comme une atteinte au principe d'égalité (principe inscrit dans le préambule de la Constitution)

« Nul ne peut se présenter dans un lieu qui accueil du public et qui pratique des activités de loisirs et de baignade, dans une tenue à caractère religieux ». C'est un principe que nous devrions affirmer. Il soulagerait de nombreux maires qui prennent de lourdes responsabilités difficiles à tenir, à travers des arrêtés municipaux, compte-tenu des fortes incertitudes juridiques. Dans le contexte actuel, ne pas laisser-faire est très important, pour appréhender ces nouvelles offensives de l'islamisme.

Aussi, nous avons besoin de faire appel aux français de confession musulmane, dans cette lutte contre toute forme d'extrémisme. Ils devraient se démarquer résolument de toute interprétation visant à nier l'égalité hommes/femmes. C'est également un appel afin qu'ils utilisent, sans modération, les valeurs de la République et le principe de laïcité.

C'est un noble et difficile combat politique que nous avons à mener. Contre vents-et-marées, sans répit, sans a priori partisan, avec courage et fermeté, nous devons prendre toutes les mesures qui s'imposent.

A l'instar du voile intégral, le port du burkini, exige de faire preuve de neutralité religieuse. Montrer son visage et son corps dans une tenue décente, conforme aux mœurs et aux traditions, à notre art de vivre à la française n'est pas négociable.

Tels sont, monsieur le Premier ministre, les réflexions et propositions que je voulais vous faire partager dans cette période cruciale pour la France. D'autant que j'ai apprécié votre implication résolue, au cours de la mission d'information parlementaire sur le voile intégral que j'ai eu l'honneur de présider.

André GERIN

 

Burkini : pourquoi il ne faut pas laisser faire

 

S'agit-il d'un épiphénomène, d'une mode vestimentaire comme une autre, d'une polémique montée de toutes pièces par la droite ultra qui fait ricaner les médias étrangers, et notamment anglo-saxons (vous savez, les mêmes qui prétendaient qu'il existait des armes de destruction massive en Irak) ? Ce qui est sûr, c'est que, voilà, une fois encore, l'artillerie lourde est de sortie pour nous convaincre que notre pays si éprouvé par le terrorisme est une nation hystérique prenant la mouche pour des peccadilles.

Le problème est qu'on connaît la chanson car, à moins d'être aveugle, comment ne pas voir que le surgissement de cette question du burkini vient s'ajouter à la longue liste des attaques répétées contre l'indifférenciation et à l'affirmation d'une visibilité radicalement différente. Impossible en effet, à moins d'avoir une mémoire de poisson rouge, de ne pas inscrire cette question dans le droit fil des débats posés par le foulard à l'école, la prière dans la rue, le repas dans les cantines, les programmes scolaires, l'apartheid sexuel dans les piscines publiques, le refus qu'une femme puisse être examinée par un médecin homme à l'hôpital public... Est-il vraiment besoin de continuer quand les coups de canif portés au bon sens républicain sont si nombreux ?

De même, il est aisé de prévoir ce qu'il adviendrait si la pratique du burkini s'installait le long des plages. Dans la foulée de la nouvelle antienne contemporaine : «C'est ma religion, donc il faut en respecter les recommandations, les commandements, les interdits, etc.», on verrait très vite surgir une nouvelle demande réclamant de prévoir systématiquement des maîtres-nageuses à côté de leurs collègues masculins et si possible vêtues d'un burkini rouge et jaune, comme c'est le cas en Australie. Un autre «beau» débat en perspective assurément quand on connaît le poids et l'embarras de vêtements mouillés en cas de secours rapide. Passons. Mais ce que sentent bien l'immense majorité de nos concitoyens dans cette affaire, en dépit des plaisanteries à deux balles et des hésitations d'une partie de leurs représentants, c'est qu'il s'agit là d'une nouvelle bataille et que reculer ne mènera nulle part sauf à se trouver un jour le dos en mur.

S'agissant des tissus religieux, aucun argument ne tient la route face à cette mise en garde de Mona Eltahawy, aucun : «Les femmes du monde occidental portant un voile contribuent à asservir les femmes ailleurs dans le monde pour lesquelles le port du voile est une contrainte.» Il faut une forte dose de cynisme ou de bêtise, voire des deux, pour revendiquer de se couvrir toujours plus alors qu'au même moment des images nous proviennent des zones libérées de Daech, où l'on voit des femmes brûler leurs geôles de tissu en étreignant des combattantes kurdes et arabes tête nue.

Certaines musulmanes clament que c'est leur droit, que c'est leur choix ? Grand bien leur fasse. Nous savons depuis plusieurs années déjà combien les fondamentalistes religieux sont habiles à revisiter les idéaux de 1789 et des Lumières pour les retourner à des fins obscurantistes. Parce que nous vivons encore sur la queue de comète des mouvements de libération du corps des années 60 et leurs illusions, nous avons du mal à appréhender ce qui a été décrit, il y a plus de cinq siècles, par La Boétie dans son essai sur la servitude volontaire. Car c'est bien de cela qu'il s'agit : une servitude volontaire. Et peu nous importe de savoir si ce rapprochement que nous faisons va provoquer les criailleries de tous ceux qui considèrent que le burkini est un «vêtement comme un autre». Si c'était le cas, nous attendons avec un intérêt tout particulier les premiers hommes en burkini sur les plages et, bien sûr, la première «burkini pride» à Sciences-Po.

Le Collectif contre l'islamophobie en France s'indigne et tempête ? La belle affaire ! Le Canard enchaîné vient de souligner, textes à l'appui, combien cet organisme n'est pas autre chose qu'une machine de guerre instruisant en permanence le procès de la laïcité en France. Dans un entretien à la Provence, mercredi 17 août, Manuel Valls a apporté son soutien aux élus à l'origine de ces décisions, «s'ils sont motivés par la volonté d'encourager le vivre-ensemble, sans arrière-pensée politique». On ne peut dire mieux. Et d'expliquer que les plages, comme tout espace public, doivent être préservées des revendications religieuses. Un peu de sable estival pour faire grincer quelques dents à gauche.

 

Joseph Macé-Scaron (Journaliste éditorialiste à Marianne)

Dernière modification le mardi, 23 août 2016 09:49