Les gnaoui, toujours populaires, mais quand même méconnus

Très connus et appréciés des touristes visitant la célèbre Place Djemaa el Fna à Marrakech ainsi que des festivaliers d'Essaouira, le passé très ancien de la confrérie des Gnaoui reste souvent méconnu. La musique, dans ses diverses esthétiques, est un vecteur de notoriété de la tradition Gnaoua.

 

L'on sait que la plupart des Gnaoui sont originaires de l'ancien Empire du Soudan Occidental composé notamment par le Sénégal, le Mali, le Niger et la Guinée. Mais l'étymologie du mot gnaoua ou gnawa n'est pas encore clairement établie.

Pour Maurice Delafosse, il existerait une similitude phonétique avec le berbère ''akal-n-iguinaouen'' qui signifie terre des noirs. Selon lui, ce terme aurait donné naissance à Guinée, puis Gnawa, même si aucune donnée historique ne vient étayer de façon fiable cette thèse.

 

Confrérie pluri ethnique

Contrairement à nombre d'idées reçues les gnaoui ne sont pas tous des descendants d'esclaves convertis à l'Islam. Si la plupart d'entre eux sont effectivement d'origine noire africaine et subsaharienne, d'autres sont arabes ou berbères. De couleurs et ethnies diverses, d'origines sociales composites, ils constituent tous ensemble cette très ancienne confrérie.

Certains bousculent ces idées préconçues : « Les chercheurs contemporains admettent qu'il est difficile aujourd'hui d'identifier l'origine des Gnaoui à partir de leur nom, d'autant plus qu'ils ne sont pas tous noirs, arabes ou musulmans. Ainsi, Il existe, au Maroc et plus précisément à Essaouira, des Gnaoui berbères et des Gnaoui juifs du fait de la présence de communautés berbères et juives dans cette ville. » . 3

 

Esclavage et Garde Noire

Natifs de ce vieil empire subsaharien, les premiers gnaoui furent amenés, pense-t-on, au XVIe siècle par le Sultan Ahmed el Mansour, 3è sultan saâdien surnommé El Dehbi, le Doré, en référence à une glorieuse campagne menée sur Tombouctou d'où il ramena une quantité d'or significative. Il emporta aussi du Bilal el Sudan, le pays des noirs, 12000 esclaves. Cette main d'œuvre travailla dans les plantations de canne à sucre du pays berbère Haha près d'Essaouira et fit souche dans cette région. Certains furent enrôlés dans l'armée et formeront ce qui devint la Garde Noire du Sultan. Leurs descendants furent la première génération de Gnaoui, on les nomma Gangas du nom des tambours qu'ils utilisaient alors.

Au XVIIe, c'est sous le règne du Sultan Moulay Ismaïl qu'arriva la deuxième vague d'esclaves dont une grande partie rejoignirent aussi la garde royale sous le nom de ''Abid Al Boukhari''. On les surnomma ainsi car c'est sur les hadiths contenus dans le livre intitulé El Boukhari qu'ils prêtèrent allégeance. La mort de Moulay Ismaïl en 1727 entraina la dissolution de ces troupes subsahariennes dont une partie participera ensuite à l'érection des murailles d'Essaouira, alors Mogador.

Durant les décennies qui suivirent, leurs descendants se sont essaimés dans plusieurs villes ou régions marocaines : Fès, Meknès, Casablanca, Tanger ou encore Rabat mais aussi en Algérie et Tunisie. Pourtant c'est dans le sud marocain, à Essaouira ou Marrakech qu'ils se sont fait connaître le plus et que sont concentrés leurs lieux de pèlerinage.

Sanctuaires maraboutiques les plus vénérés de la confrérie : Sidi Abdellah Ben Hsayn et Moulay Brahim, dans les environs de Marrakech et Sidi Chamharouch dans le massif du Toubkal. Cependant c'est à Essaouira, la ville où ils ont commencé à s'installer, que les gnaoui ont bâti leur berceau spirituel: la zaouïa Sidna Bilal.

Installés dans un quartier périphérique de la kasbah d'Essaouira, les gnaoui se réclamèrent de Sidna Bilal. Né en esclave et compagnon du Prophète, il sera le premier muezzin de l'histoire musulmane à appeler à la prière. Plus qu'un lieu saint de recueillement et d'accueil, elle est devenue le centre spirituel de la confrérie. Protégée par les remparts de la Scala, elle se situe dans le quartier ouest de la médina à Beni Mentar. Lieu unique pour la confrérie, elle est une des plus anciennes zaouïas marocaines.

 

La culture gnaoua à travers la musique.

Diwan en Algérie, Stambali en Tunisie et Lybie, la confrérie Gnaoua a séduit et s'est développée au fil des siècles, nous livrant une musique mêlée de rythmes africains et arabo-berbères forts de transe et d'errance.

Depuis des décennies de nombreux styles musicaux ont intégré les rythmes gnaoui dans leurs registres que ce soit au Maroc ou ailleurs. Rap marocain, musique arabo-berbère avec notamment Nass el Ghiwan, fusion jazz-gnawa, reggae, blues ; en France Gnawa Diffusion, l'Orchestre National de Barbès, de nombreux s'en sont largement inspirés. Il est a noté que c'est en 1975 que fut réalisé le premier enregistrement audio sur cassette de musique gnaoua.

Début juin, à Essaouira, a lieu tous les ans l'événement le plus marquant de la culture musicale ganoua au Maroc: le 'Festival Gnaoua et Musique du Monde. Toujours métissée, ce festival a laissé une place aux confréries spirituelles. Une occasion unique d'écouter les grands mâalem des gnaoui et des issouas. Au-delà de la musique, un rituel connu et thérapeutique.

Selon de vieux érudits gnaoui, leurs rites et musique seraient apparentés au vaudou, à la santéria cubaine ou encore au candomblé brésilien. Ces pratiques issues de l'Afrique subsaharienne ont su se transformer pour perdurer et ne pas perdre de leur originalité. A l'instar du vaudou qui s'est christianisé dans les Caraïbes, les gnaoui auraient donc adopté l'Islam pour assurer la continuité de leurs rites sacrés.

Le rituel de transe ou Lila rituel
Ce rite nocturne s'appelle Lila et se pratique soit chez un particulier ou dans une zaouïa. Citadin, il se déroule la nuit.

Syncrétisme d'anciens cultes animistes subsahariens et de l'Islam, le Coran mentionnant l'existence d'esprits, le rituel gnawa a pour but la libération des âmes possédées par ces esprits, les gnaoui se situant dans un monde intermédiaire entre celui des jnoun et celui, réel, des hommes.

Grâce aux vertus d'une transe, la Lila est à la fois un rite de possession et un rite thérapeutique ; elle est composé d'un maître musicien appelé le maâlem, de musiciens danseurs, et de de la moqaddema: la gardienne du sanctuaire.

 

Source du texte : http://www.sud-maroc.com/2014/08/les-gnaouas-travers-lhistoire/

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