dimanche, 18 octobre 2015 13:32

La finance islamique s'enseigne à Strasbourg

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Secteur inconnu du grand public il y a encore quelques années, la finance islamique ne cesse de faire parler d'elle et connaît un fort succès ces dernières années à l'échelle mondiale. Elle s'enseigne à l'université de Strasbourg depuis six ans. Pour mieux comprendre ses principes de fonctionnement, Maglor vous en propose une synthèse avec des liens pour approfondir la question.

Un diplôme de Finance islamique à Strasbourg

L'Université de Strasbourg s'est forgée une réputation internationale dans le domaine de la finance islamique, tant au plan de la recherche que de l'enseignement. Son équipe d'enseignants et de chercheurs, composée de professionnels et d'universitaires, fait partie du réseau des spécialistes de finance islamique reconnus au plan international.

Pionnière en France, bien avant Paris-Dauphine, l'Université de Strasbourg contribue à la formation de praticiens de la finance islamique. Ils seront appelés à devenir rapidement des acteurs incontournables de ce secteur, tant en France qu'en Afrique ou au Moyen-Orient.

Cet enseignement est proposé de deux manières différentes : en formation initiale et en formation continue pour les personnels déjà en activité.

Pour en savoir plus, c'est ici ou encore ici.

Méconnue de la finance mondiale il y a encore quelque temps, la finance islamique connaît une forte progression et représente, en 2013, près de 1800 milliards de dollars d'actifs bancaires et financiers, selon l'article "économie française, pays émergents et fonds souverains : les enjeux d'une nouvelle donne financière" publié, en 2014, par la Documentation française. Cette progression doit beaucoup à la forte augmentation du prix du pétrole et aux placements faits par les monarchies du Golfe persique, aux États-Unis et en Europe.

Le terme finance islamique recouvre l'ensemble des transactions et produits financiers conformes aux principes de la Charia, qui supposent l'interdiction de l'intérêt, de l'incertitude, de la spéculation, l'interdiction d'investir dans des secteurs considérés comme illicites (alcool, tabac, paris sur les jeux, etc.), ainsi que le respect du principe de partage des pertes et des profits.

 

« Allah a rendu licite le commerce et illicite l'intérêt »

Afin de bien comprendre la finance islamique, il faut voir celle-ci comme se construisant en opposition à trois principes qui animent la finance dite « classique » et qui sont prohibés dans l'Islam. Tout d'abord, la Riba qui désigne l'intérêt dans un prêt bancaire et s'assimile à l'usure, ensuite, le Maysir qui renvoie au hasard à travers la spéculation boursière. Enfin, le Gharara renvoyant également aux incertitudes qui peuvent couvrir un contrat. Ainsi, la finance islamique fonctionne sur le principe dit du Moucharakahqui consiste à un partage équitable des pertes et des profits entre les différents partis participants à l'opération.

Les services proposés par les banques se constituent principalement sous deux formes : le Mourabaha et l'Ijara. Le premier, le Mourabaha, représente une transaction entre une personne souhaitant acquérir un bien et une banque. La banque achète ce bien et lui revend à un prix conclu entre les deux parties. L'Ijara est une forme de crédit-bail classique à l'exception qu'il n'existe aucune pénalité en cas de non paiement ; ces pénalités renverraient à des intérêts que la finance islamique condamne.

 

La finance islamique dans le monde

Le FMI et la Banque Mondiale observent que les avoirs des banques islamiques ont connu une véritable explosion durant ces dix dernières années. En effet, les avoirs ont été multipliés par neuf entre 2003 et 2013, ce qui renvoie à une croissance de 16% par an en moyenne. Aujourd'hui, les principales localisations de ces avoirs sont le Golfe Persique (les bénéfices du pétrole) et l'Asie du sud avec notamment la Malaisie.

La finance islamique s'est trouvée une légitimité suite à la crise de 2008. Tout d'abord, bien que cette finance réponde aux principes de l'Islam et intéresse particulièrement les musulmans, elle ne leur est pas réservée et fait même appelle à des principes universels. Mahmoud Mohieldin, Directeur de la Banque Mondiale, avait notamment souligné au moment de la crise des subprimes en 2008 : « Les banques islamiques ont su éviter les pires conséquences de la crise financière de 2008 parce qu'elles n'étaient pas exposées aux subprimes et aux créances toxiques et qu'elles ont maintenu un lien fort avec l'économie réelle ». Encore que cette explication soit contestée par certains économistes qui considèrent que si l'Arabie Saoudite s'est mieux sortie de la crise c'est en raison de son économie conventionnelle différente de celle des Etats-Unis et de l'Europe. (voir ici).

Aujourd'hui, par son fort potentiel et son caractère novateur en matière de finance, la finance islamique attire de nombreux pays occidentaux. À titre d'exemple, c'est à Londres qu'a eu lieu la 9ème édition du Forum Islamique de l'Economie Mondiale. En 2008, la France avait annoncé des « aménagements fiscaux pour favoriser les montages de finance islamique afin d'attirer les investisseurs du Proche-Orient ». On retrouve également des cursus universitaires tournés vers la finance islamique à l'exemple de l'Université Paris-Dauphine qui dispense depuis peu un « Executive Master principes et pratiques de la finance islamique » en imitant l'Université de Strasbourg qui avait innové dans ce domaine il y a six ans.

   

La finance islamique favorise-t-elle la stabilité financière des Etats ?

L'un des stéréotypes les plus répandus sur la finance islamique (et Dieu sait qu'il y a de la concurrence) est qu'elle favorise la stabilité financière. Cette idée repose généralement sur un argument unique : sa meilleure résistance durant la crise financière par rapport à la finance conventionnelle durant la crise financière.

Ce stéréotype a ceci d'agaçant qu'il est critiquable à tous les niveaux du raisonnement simpliste qui le soutient. Primo, il est très sommaire de généraliser une conclusion établie sur un seul événement. J'ai deux frères, l'un est gaucher et a fait des études supérieures, l'autre est droitier et n'en a pas fait. Donc les gauchers ont plus de chances de faire des études supérieures.
Vous trouvez cette argumentation ridicule car elle n'est fondée que sur un seul exemple ? Alors vous comprenez le problème de tirer une conclusion universelle de la seule crise financière de 2009.


Secundo, l'argument repose sur l'idée que les pays à système financier conventionnel ont plus souffert de la crise que ceux à système financier islamique. On peut ainsi lire que des pays comme les Émirats Arabes Unis ou la Malaisie auraient mieux résisté à la crise financière que des pays comme les États-Unis ou la France. Cet argument est doublement saugrenu.

D'une part, des pays comme les Émirats Arabes Unis ou la Malaisie ont des systèmes financiers majoritairement conventionnels. La finance islamique y est plus développée qu'en France, mais la finance y était très majoritairement conventionnelle en 2009. Dès lors, rien ne permet d'affirmer que les systèmes 4 financiers de ces pays auraient mieux résisté à la crise financière en raison de la partie islamique de leur système financier.

(La suite ici) - Aller à la page 3

Laurent Weill, Professeur des Universités, Directeur du laboratoire de recherche LARGE, Coresponsable de l’eMBA de Finance Islamique de l’Université de Strasbourg.  

 

 

Ressources documentaires    
Textes de référence

Le régime fiscal des produits de la finance islamique est précisé par la documentation officielle de la base BOFIP-Impôts :

 

Les OPCVM indiciels charia ont été initialement autorisés par la recommandation de l'Autorité des marchés financiers de juillet 2007, mise à jour le 23 juillet 2015 : Critères extra financiers de sélection des actifs et application aux OPCVM se déclarant conformes à la loi islamique

 

Documents mis à disposition par l'Université de Strasbourg

A votre disposition quelques publications en français et en anglais dont la collection des cahiers de la Finance Islamique publiés par l’Université de Strasbourg. Selon la langue choisie, les documents disponibles diffèrent.

Catalogue des publication de l’IRTI en français

Les cahiers de la Finance Islamique n°1

Les cahiers de la Finance Islamique n°2

Les cahiers de la Finance Islamique n°3

Les cahiers de la Finance Islamique n°4

Les cahiers de la Finance Islamique n°5

Les cahiers de la Finance Islamique n°6

Les cahiers de la Finance Islamique n°7

Les cahiers de la Finance Islamique n°8

Les cahiers de la Finance Islamique numéro spécial Afrique

Les cahiers de la Finance Islamique numéro spécial 2014-1 : Acquisition immobilière et finance islamique, analyse juridique

Les cahiers de la Finance Islamique numéro spécial 2014-2 : Énergies renouvelables et finances participatives

Les cahiers de la Finance Islamique hors série 2015

Laboratoire d’Économie d’Orléans – Document de Recherche – De la finance éthique à l’éthique dans la finance – Michel LELART

Finance et éthique – Collection Lamy

Fonds Monétaire International – « Finance Islamique : Opportunités, défis et options stratégiques »

IFSO Mag N°1

IFSO Mag N°2

IFSO Mag N°3

IFSO Mag N°4