samedi, 22 novembre 2014 22:19

Le Parti Authenticité et Modernité face à la participation politique des MRE, entretien avec Ali Lazaar

Écrit par

Entretien exclusif Maglor avec Ali Lazaar, fondateur de la section France du Parti Authenticité et Modernité.

Ali LazaarAli Lazaar est membre du Conseil national du Parti Authenticité et Modernité (PAM), parti politique créé le 7 août 2008 par la fusion de cinq autres partis politiques marocains. Il participe également à la commission de ce mouvement chargée des Marocains résidant à l’étranger. Il est le fondateur de la section France du PAM. 

Maglor l’a rencontré pour mieux connaître l’implantation du PAM au sein de la communauté marocaine de France. C’était aussi l’occasion pour l’interroger sur le point de vue de son parti par rapport à la participation politique des MRE et leur représention au sein des instances élues qui gouvernent le Maroc. Car à quoi servirait une mobilisation des MRE par le PAM s’ils sont privés de tout vote ?  

 

Le vote des MRE : « ne pas confondre position politique et mécanique électorale » 

 

Maglor : Le Parti Authenticité et Modernité a engagé une dynamique de structuration importante en Europe dont vous êtes l’un des acteurs principaux en France. Aujourd’hui, il semble qu’il y’a un consensus général des partis politiques autour de la question de la représentation politique des MRE à l’exception du PAM qui prône une position ambigüe et moins tranchée. Quelle est la véritable position du PAM ?

 

Ali Lazaar : La nouvelle constitution adoptée en 2011 est claire dans l’attribution des droits relatifs à la citoyenneté aux marocains résidant à l’étranger. S’opposer à ce droit fondamental serait une anti-constitutionalité avérée. Cependant, le terme de représentation politique des MRE est galvaudé dans le débat public et souvent associé exclusivement à la possibilité de voter directement depuis les pays d’accueil. A mon sens, il ne faut pas confondre position politique et mécanique. Au sein du PAM, notre position favorable à la citoyenneté et à la représentation politique des MRE est incontestable. Sinon, notre effort de structuration à l’étranger n’aurait aucun sens et nous serions forcement en contradiction avec nos actions.

Par contre, c’est au niveau de la mécanique du vote que nous tâtonnons un peu. Notre réflexion n’est pas encore mature pour être diffusée. En plus, nous estimons qu’il incombe aux militants des antennes créées de pousser vers le haut les propositions et non l’inverse, comme ce qui se passe dans les autres partis. En effet, c’est un processus long, mais nous avons fait le choix de faire primer l’intérêt général sur la démagogie.

 

« L’implication de la société civile est primordiale pour aboutir à une participation politique efficace »

 

Maglor : Dans certains cas, la société civile marocaine à l’étranger voit avec « méfiance» l’arrivée des partis politiques, comment  ressentez-vous cela ?

Ali Lazaar : Pendant des décennies, les associations ont constitué le seul refuge qui permet aux MRE de garder un lien pérenne avec le Maroc. Au fil des années, la société civile a capitalisé un savoir-faire conséquent en ce qui concerne les préoccupations des MRE. C’est pour cela que l’implication de la société civile est primordiale pour aboutir à une forme de participation politique efficace. En tant que parti d’opposition, nous ne détenons pas les pouvoirs et les prérogatives nécessaires pour mobiliser et organiser une consultation avec cette composante. Le gouvernement est complètement défaillant sur ce point. 

En plus de la création des antennes qui risquent de devenir rapidement obsolètes si les partis ne mettent pas les moyens, nous assistons depuis quelques mois à des surenchères sans précédent des partis politiques pour l’appropriation de la question des MRE. Dans une période récente, relativement courte, plusieurs propositions de loi ont été déposées sans qu’il y ait une véritable démarche de participation en amont. En somme, la société civile est simplement spectatrice de ce qui est proposé pour elle, ce qui renforce le sentiment de méfiance.

Cette prise en charge purement partisane de la question limite le débat à la simple question sur le nombre de parlementaires et de circonscriptions. Pourtant, le débat de fond doit porter sur l’élaboration des politiques publiques dédiées, leurs choix, leur sens, leur impact envisagé.

Dans l’immédiat, il faut œuvrer dans le sens d’une synergie entre la société civile et les partis politiques par la déclinaison des mécanismes déjà permis par la constitution.

Maglor : Mais la représentation parlementaire est la revendication principale de la société civile. Les partis politiques ne font que répondre à cette revendication en adéquation avec l’article 17 de la constitution …

Ali Lazaar : Si nous considérons les MRE dans leur diversité démographique, je pense que les revendications principales sont d’ordre économique, religieux et culturel. D’ailleurs, le taux de participation au référendum 2011 en témoigne amplement. Ce constat de désaffection politique nous amène naturellement à la conclusion précédente : quelles politiques publiques faut-il proposer ?

La représentation parlementaire monopolise le débat sur la citoyenneté effective des MRE et devient une finalité absolue dans l’esprit des protagonistes, alors qu’en principe, il s’agit d’un simple moyen pour permettre aux MRE d’influencer les politiques publiques. Si nous concentrons toute la réflexion sur la représentation parlementaire, nous reproduisons forcément les mêmes erreurs qui se dégagent de l’expérience parlementaire de 1984. 

 

« Il faut réfléchir à d’autres formes de participation innovante et adaptée à notre temps »

 

 

Maglor : Vous étiez un défenseur acharné de la représentation parlementaire par l’implication des partis politiques. Pourquoi avez-vous opéré ce virage ?

 

Ali Lazaar : Il n’y a pas d’altération dans les principes mais plutôt une évolution intellectuelle. Le dogme est le pire ennemi de la réforme. L’intérêt de la communauté marocaine à l’étranger m’incite à dire la vérité. Les idées murissent avec le terrain. Cela ne veut pas dire que je m’oppose à la représentation parlementaire, je dis juste qu’il faut réfléchir à d’autres formes de participation innovante et adaptée à notre temps. Par exemple, nous pourrions envisager de s’appuyer sur des conseils consulaires élus et qui mènent à la 2ème chambre parlementaire par la voie des élections indirectes. Certes, cela requiert une révision de la constitution, mais j’estime que cela donnera plus de voix à la société civile et permettra aux citoyens d’être au plus près de leurs élus et en interaction avec l’appareil consulaire qui représente le principal interlocuteur.

 

Prenons un exemple simpliste mais révélateur de la complexité de la question. Un citoyen marocain résidant en France est davantage concerné par le débat de l’Assemblée nationale sur la hausse des impôts que par le débat du parlement marocain sur la hausse des denrées alimentaires. Nous recherchons une citoyenneté cohérente et pas schizophrène.

 

Le droit à la représentation parlementaire est une revendication vieille depuis de la présence de la gauche marocaine et les Amicales en Europe. Il faut aujourd’hui répondre aux nouvelles transitions auxquelles les MRE sont confrontés : la crise économique, le caractère intemporel de la migration marocaine, la montée de l’extrême droite, le désenracinement culturel des troisième et quatrième générations. Je pense qu’il faut puiser dans une conception diasporique de la citoyenneté des MRE pour apporter les bonnes réponses.

 

 

« Nous avons privilégié une autre voie, celle du militant responsable et conscient »

 

 

Maglor : Comment évaluez-vous cette structuration du PAM à l’heure où certains médias et acteurs associatifs parlent d’une crise interne au sein du PAM Europe ?

 

Ali Lazaar : A l’instar des partis traditionnels et notamment la gauche qui avait opté dans le passé pour un certain schéma de structuration à l’étranger basé sur des antennes de représentation, nous avons tenté, au sein du PAM,  d’apporter une valeur ajoutée en construisant des antennes de proximité, à la fois actives et forces de proposition. En conséquence, il est tout à fait normal que ce chantier ambitieux se heurte à des confrontations d’idées et à des  difficultés liées principalement à l’absence d’un cadre structurant.

 

Aujourd’hui nous sommes présents en France, Belgique, Pays-Bas, Allemagne et l’Espagne, ce qui totalise 70% de la population MRE. Après l’implantation des antennes, nous entamons les travaux pour élaborer notre offre politique pour les MRE. D’ailleurs, lors du dernier conseil national du parti le 08/11/14, nous avons délégué au Bureau Politique la mise en place d’une équipe pour travailler sur notre offre politique dédiée aux MRE.

 

Je ne vois pas de crise interne. Certes, nous connaissons des divergences sur la cadence de la structuration et le contenu opérationnel des antennes, mais c’est notre démocratie interne qui s’enrichit jour après jour par l’apport de nos militants en Europe. Je ne peux pas m’empêcher de faire la comparaison avec le parti chef de file de la majorité qui excelle dans la standardisation du militantisme. Dans le PAM, nous avons privilégié une autre voie, celle du militant responsable et conscient. Cela engendre forcement des contradictions et notre force réside dans notre capacité à endiguer ces courants.

 

 

Entretien réalisé par Mohamed Labzioui le 15 novembre 2014

 

Télécharger l'entretien au format pdf

Dernière modification le samedi, 22 novembre 2014 22:20