dimanche, 09 novembre 2014 14:47

Hamid Bouchnak, une grande voix de la musique marocaine moderne

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Aller à la vidéoL'artiste marocain Hamid Bouchnak, considéré comme l'une des plus grandes voix de la musique moderne marocaine, a répondu aux questions de Maglor.fr sur sa pratique de la chanson. Une occasion unique de redécouvrir quelques uns de ses succès.

« un style de musique à dimension Universelle où se confondent toutes les facettes du patrimoine musical marocain »

Maglor : Dans un entretien accordé en juillet 2008 au journal L’Economiste vous vous définissiez comme un chanteur de la « world music ». Je ne suis pas sûr que cette appellation soit toujours bien comprise par tout le monde, en dehors des professionnels de la musique. Spontanément, elle fait plus référence à une musique mondialisée qu’à des sons et des rythmes d'inspiration ethnique ou traditionnelle. Ma question est donc la suivante : veillez-vous à transmettre une identité marocaine dans vos musiques ou êtes-vous un citoyen du monde dont la musique peut être perçue comme venant de partout ?

Hamid Bouchnak : Pour les maisons de disque, la "World Music" a toujours été définie comme un créneau d'une musique du tiers monde, mais pour moi la "World Music" veut dire le brassage de culture, la fusion, une musique qui vient d'un monde pour le monde entier. Je n'avais que 6 ans lorsque j'ai commencé à chanter aux côtés de mes frères Omar, Réda, Mohammed "Frères Bouchenak". Notre parcours a connu un énorme succès dès ses débuts avec un style de musique à dimension Universelle où se confondent toutes les facettes du patrimoine musical marocain : Arabo-andalous, Malhoun, Gnawa, chants berbères…..

Et nous avons conquis la jeunesse marocaine et maghrébine ici et d'ailleurs avec des tubes comme (Hya Hya, Rayi, Salam Alikoum, Farhatna Zina...). Signés chez Sony Music (Columbia), nous marquons un renouveau dans la musique marocaine qui devient internationale.

 

Mon père « a su nous insuffler son amour pour la musique et nous a inculqué l'amour du patrimoine Arabo-Andalouse ».

Maglor : Votre père était un fervent pratiquant de la musique Gharnatie. On dira, pour nos amis français qui nous lisent, qu’il baignait artistiquement dans la musique arabo-andalouse. En quoi la musique de votre père, la musique de votre enfance, vous a-t-elle influencé et construit comme musicien marocain ?

H.B : Père Benyounés Bouchenak dit (Afandi) maître de la musique Gharnati Arabo-Andalous faisait partie des musiciens de la première Association (Al Andaloussia) de la musique Gharnati fondée en 1921 à Oujda, alors qu’il n’avait que 8 ans, il jouait la percussion après la mandoline pour se spécialiser ensuite dans le luth et le chant, il fut le meilleur (Mounchide) chanteur soliste de son époque.

Il a su nous insuffler son amour pour la musique et nous a inculqué l'amour du patrimoine Arabo-Andalous en particulier et c'est tout naturellement qu'on en retrouve les traces dans le répertoire des Frères Bouchenak ou Hamid Bouchnak. Dès que mon père prenait son luth et commençait à chanter son Mawal "Gharnati" la famille se réunissait autour de lui, mes frères et moi faisions la chorale, l'ambiance était familiale et musicale en même temps. Ce qui m'a construit et m'a influencé aussi c'est surtout la personnalité et la détermination d'un père philosophe à sa manière qui tentait de faire vivre sa famille avec fierté et dignité en exerçant le métier de cordonnier et de musicien. Un père talentueux qui a pleinement accompli sa mission.

 

« Pour moi le Rap est une forme d'expression, dire tout haut ce que les autres pensent tout bas ».

Maglor : Le Maghreb connaît aujourd’hui quelques chanteurs de rap qui ont su se forger une notoriété dans leur pays, mais aussi à l’international, notamment auprès d’une partie de la jeunesse. On ne sait d’ailleurs pas trop si cette notoriété s’est construite sur leur qualité artistique reconnue ou sur leur comportement contestataire qui plaît à une jeunesse à la recherche de transgressions. Quel est votre regard sur cette esthétique musicale, non pas dans le contexte des quartiers populaires des Etats-Unis ou de France, mais dans l’environnement maghrébin ?

H.B : Pour moi le Rap est une forme d'expression, dire tout haut ce que les autres pensent tout bas, quelque soit la ville, le pays où l'on se trouve. Tant que cela reste constructif et pacifique, mon regard artistique du rap, dans l’environnement maghrébin, est que chaque rappeur doit porter un message fort et vrai car il est responsable de ses textes qui doivent refléter la musicalité de son pays et non pas raper sur des instrumentaux venant de l'Europe ou des États-Unis.

 

« Avant d'être un Marocain résidant à l'étranger, je suis un Marocain du monde ».

Maglor :  Vous vivez depuis une dizaine d’années en France. A ce titre vous êtes un MRE, un Marocain résidant à l’étranger. Comment un artiste marocain chantant en arabe et vivant en France peut-il concilier ce qu’il y a de meilleur du côté des deux rives de la Méditerranée ? Y parvient-il ?

H.B : Avant d'être un Marocain résidant à l'étranger, je suis un Marocain du monde, j'ai appris à composer une musique qui se concilie avec toutes origines et cultures, qui rapproche et met en accord d'autres genres musicaux sans jamais se heurter à un problème d’incommunicabilité. J'ai beaucoup voyagé et tourné avec mes frères à travers le Royaume, l'Europe et les États-Unis, puis ma carrière solo a débuté en 1995, pleine de voyages aussi. J'ai entamé ma deuxième tournée Canadienne et avant cela les Etats-Unis, ce qui m'a beaucoup aidé à concilier ce qu’il y a de meilleurs du côté des deux rives de la Méditerranée et ainsi que celles de l'Atlantique. Très jeune, j'écoutais des artistes comme Stevie Wonder, Michael Jackson, Phil Collins.... des chansons Anglophones, je ne comprenais pas l'anglais, je ne me posais aucune question, j'écoutais seulement cette musique qui s'importait d'un autre monde jusqu'à chez moi à Oujda et qui me faisait rêver et voyager. Donc, je pense que cela doit être la même chose pour les français ou étrangers qui écoutent ma musique.

 

Propos recueillis par Mohamed Labzioui 

 

Biographie de Hamid Bouchnak ici    Télécharger l'entretien au format pdf

 

 


 

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Biographie de Hamid Bouchnak - حميد بوشناق

 

Né le 13 mai 1969 à Oujda, au Maroc, Hamid Bouchnak est issu d'une famille qui connait bien la musique. En effet, chez les Bouchenak, la chanson est avant tout une affaire familiale. A commencer par le père Benyounès dit "Afandi", un musicien très célèbre dans le milieu de la musique arabo-andalouse, version Gharnati (Gharnata est le nom arabe de Grenade), qui a débuté à l’âge de 9 ans avec l’association « Al Andalousi » de Oujda.

 

Benyounès a inculqué à ses enfants l'amour du Gharnati et c'est tout naturellement qu'on en retrouve les sons dans leur répertoire.

 

Les Frères Bouchenak en ont gardé le sens du tempo et l'art de l'entrée en transes. Ils commencent leur parcours par des animations et parviennent même à effectuer quelques circuits dans des petites salles. En 1983, toujours encouragés par leur père, Réda, Omar, Mohamed et Hamid enregistrent leur première cassette. Le succès est rapide et une des chansons " Jennouni "leur permet de remporter le premier prix du concours « Adoua Al Madina ».

 

Devenus de stars, ils sont réclamés un peu partout dans le monde arabe et en Europe, particulièrement aux Pays-Bas où ils comptent de nombreux admirateurs.
En 1992, par besoin de se renouveler ou par volonté de permettre à chacun de valoriser sa propre sensibilité, le groupe se sépare à l'amiable. Leur chant d’adieu, ils le présentent sous la forme d'un enregistrement dans lequel ils ont conjugué plus que d'habitude leurs talents. C'est " Ana Ghadi "(Moi je m'en vais), sous-entendu " accomplir mon destin ", le plus beau cadeau de rupture qu'ils aient pu offrir à leur public. Mais les quatre frères continuent néanmoins à se voir, à s’apprécier mutuellement et à collaborer ensemble.

 

L'une des réussites les plus évidentes est celle de Hamid, qui chantait avec ses frères dès l'âge de 5 ans. Le doué benjamin, signataire des plus importants titres de la formation et leader du groupe, s'était déjà distingué par quelques escapades en solitaire.
Toutefois, c'est par le biais d'un album comme « Marocan'Rock » (1995), et surtout « A.Shebba » (1997) qui avait nécessité plus de quatre mois de travail dans son studio à Lille, que Hamid a pu imposer son prénom.

 

Au passage, Hamid a même raflé le prix de la meilleure chanson francophone décerné par MCM pour l'interprétation du morceau « Ma Bka Lina Amal » (il nous reste plus d'espoir) en duo avec son ami Malek.

 

En 1998, au moment de la coupe du monde de football, Hamid s'est illustré par un air appelé à faire le tour des stades : « Allez Allez » a été composé en hommage à l'équipe nationale marocaine qui en est à son quatrième Mondial.

 

Après une absence de trois ans, Hamid, devenu depuis citoyen franco-marocain fait un retour fracassant avec « Moussem », un album réussi et bien abouti, lancé à partir de Marrakech, en juin 2004.

 

Avec cet Album, Hamid marque un tournant dans sa carrière : nouvel encadrement professionnel, nouveau look et nouvelles évolutions sur scène, en Janvier 2005...

 

En 2005, Hamid Bouchnak sort le « DVD Live » au Cabaret Sauvage. En 2006, il compose et coécrit le tube « Omri » pour Cheba Maria, le meilleur duo de l'année. Il compose et coécrit également « La vie c'est ça » pour Lyrics Attitude, rap rai soul.

 

Fin 2006, Hamid réalise et sort sa compilation « Rai Rap Rn'b - Only » 18 titres /18 artistes.
Début 2007, il réalise le duo historique avec El Hajja Hamdaouia le titre « Al kass Hlou » qui connait un grand succès dès sa sortie. Dans la même année, il participe à la création de l'habillage antenne d'une nouvelle radio et lui a prêté sa voix pour de nombreux jingles chantés.

 

En mai 2008, Hamid sort son 10ème album qu'il appelé tout simplement « Hamid ».
En 2009 l'artiste s'est produit dans les scènes européennes et des festivals marocains comme le Festival Mawazine, le Festival Gnawa d’Essaouira, celui de Fès et bien d’autres encore.

 

Début 2010, Hamid sort son « Best Of » regroupant ses meilleurs titres. En 2011, il a revisité et produit « Al Fiyachiya », l’une des plus célèbres chansons du patrimoine musical marocain.

En 2011, les Frères Bouchenak de nouveau réunis sont les invités de prestige et de marque à la 3ème rencontre de l'édition (Studio 2M) dédiée à la région de l'oriental.

 

Les quatre frères chantent "Man Goul Ma Nesmaa" leur premier single.

 

En 2012 Hamid Bouchnak entame une tournée canadienne, et monte sur les principales scènes des Festivals Internationaux du Québec. Il est aussi l’invité de Radio Canada.

 

En 2013, Hamid rentre et s’installe définitivement au Maroc.

  

 

 

 

 

 

Dernière modification le dimanche, 23 novembre 2014 12:44