dimanche, 07 janvier 2018 17:34

Mort de France Gall, une chanteuse qui donnait tout pour la musique

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France Gall vient de nous quitter à l'âge de 70 ans des suites d'un cancer. Égérie naïve de Serge Gainsbourg au temps des yéyé puis interprète inspiré de son mari, l'auteur-compositeur Michel Berger, la fille du parolier Robert Gall aura été une des artistes pop les plus importantes de la variété française. La presse maghrébine lui rend un vibrant hommage. Celle du Sénégal rappelle que la chanteuse était aussi africaine par ses choix de vivre au Sénégal.

Son sourire enfantin et sa voix sucrée ont incarné de 1960 à 1990 l'émancipation douce des jeunes filles françaises de l'après-guerre.... La chanteuse France Gall nous a quittés ce dimanche 7 janvier 2017 des suites d'un cancer, a annoncé sa chargée de communication Geneviève Salama. «Il y a des mots qu'on ne voudrait jamais prononcer. France Gall a rejoint le «Paradis blanc» le 7 Janvier, après avoir défié depuis 2 ans, avec discrétion et dignité, la récidive de son cancer», indique-t-elle dans un communiqué. Elle avait été hospitalisée fin décembre pour une «infection sévère».

Isabelle Gall est née le 9 octobre 1947 à Paris dans une famille à la fibre artistique développée. Son grand-père est l'un des fondateurs des petits chanteurs à la Croix de bois, son père, Robert Gall, écrit des chansons aussi importantes que La Mamma de Charles Aznavour. La petite dernière de la famille a autant de caractère - on la surnomme «le petit caporal» - que de goût pour la musique. Elle est initiée au piano à 5 ans, puis à la guitare à 11 ans. Son destin de prodige va très vite ressembler à un conte de fées. À quinze ans, sous la houlette de son père, elle enregistre un premier disque. Un an plus tard, en 1964, elle connaît son premier succès avec Sacré Charlemagne . Isabelle est devenue France et tous les Français aiment bien cette jeune fille de bonne famille qui chante des comptines à la mode des années 60, en pleine période yéyé.
 
« Il jouait du piano debout », « Résiste », « Ella, elle l’a » …: après les années yéyés, une nouvelle carrière s’était ouverte pour France Gall qui a gagné le statut de star des années 80 sous l’impulsion de Michel Berger dont elle fut l’épouse, la muse et l’interprète pendant près de 20 ans.

En 1973, la chanteuse cherchait un nouveau départ et a contacté l’auteur-compositeur, connu pour son travail avec Françoise Hardy ou avec Véronique Sanson, dont il s’était séparé depuis peu. Sous la houlette du grand mélodiste à l’écoute des sons pop venus d’Outre-Manche ou des Etats-Unis, France Gall avait alors dévoilé une nouvelle facette de son talent. De leur union, restent d’inoubliables tubes, sept albums et de très nombreux concerts, en particulier, un donné en duo au Palais des sports en 1982.

Loin du tumulte médiatique, ils ont eu deux enfants, Pauline en 1978 et Raphaël en 1981. Elle avait mis fin à sa carrière en 1997 après le décès de sa fille à l’âge de 19 ans, faisant une dernière apparition à l’Olympia en duo avec Johnny Hallyday pour interpréter « Quelque chose de Tennessee ».

En 2015, elle avait offert aux admirateurs un ultime hommage à l’homme de sa vie: la comédie musicale, « Résiste », où elle n’apparaissait qu’en vidéo.

 

France Gall, l'Africaine

Le décès de l'artiste connu, a presse sénégalaise a immédiatement rendu hommage. L'interprète de «Poupée de cire, poupée de son» avait en effet adopté le Sénégal en y faisant l'acquisition d'une maison et en s'investissant dans la vie locale. Une de ses chansons phares «Babacar» évoquait un enfant sénégalais.

«La chanteuse France Gall est décédée ce matin. La française qui était connue pour ses belles chansons mais aussi pour son amour pour le Sénégal, pays où elle vivait finalement. France Gall a fait plusieurs chansons dont la plus connue et la plus appréciée est Babacar. Son amour pour le Sénégal est connu de tous.», écrit DakarActu sous le titre «France Gall, la française la plus sénégalaise est décédée».

France Gall a une maison au Sénégal et a ouvert un restaurant, sur l'île de Ngor (N'Gor). «J'en parle jamais, mais j'ai ouvert un restaurant là-bas, sur la plage. J'ai fait construire quelque chose, j'ai mis à l'intérieur une quinzaine de personnes pour travailler. Ce qui signifie que des centaines de personnes vont vivre au village grâce à ça», disait elle en 2014.

Dans VSD, elle racontait cette maison; «Je me suis beaucoup reconstruite dans cette maison perdue au milieu de la mer sans électricité. J'ai découvert cette île en 1968 lors de vacances. Depuis, j'y suis toujours revenue. Il y avait une ferme normande à vendre, ça m'a fait rire d'aller tellement loin pour trouver des colombages ! En général, quand j'arrive, on s'embrasse, on se parle, les femmes m'apportent des fruits, on boit du thé. Après la perte de Michel, puis celle de ma fille, j'ai aimé la façon dont elle m'ont accueillie, sans un mot, en se couvrant le visage du pagne de leur boubou. J'ai trouvé magnifique cette façon de montrer leur peine

«Partagée entre la France et le Sénégal, son pays d'adoption, France Gall poursuit son interview en soulignant son amour pour l'Afrique. «Le Sénégal, c'est une autre planète, ça vous remet bien les choses en place parce que c'est très dur. Ce n'est pas les vacances, et ce contact avec les gens... Je vis dans un village. Je n'ai jamais compris pourquoi j'étais attirée par ce pays. (...) Lorsque je me rends sur mon île, il y a une espèce de purification extraordinaire. On arrive dans un endroit où il n'y a pas l'électricité, on est avec la nature, les oiseaux, pas de route et pas de voitures», disait-elle dans ParisMatch.


La chanson de France Gall préférée de la rédaction de Maglor : "Il jouait du piano debout"

La rédaction de Maglor.fr a choisi "Il jouait du piano debout" pour illustrer la carrière artistique de France Gall. 

La chanson fait référence à Jerry Lee Lewis et se veut un hommage à sa façon particulière de jouer debout du piano, symbole, selon Berger et Gall, du droit à la différence. France Gall l'écrit dans le livret des compilations et intégrale Évidemment parues en 2004 : « Je ne savais pas que ce serait si énorme cette chanson en la chantant en studio. Je ne pense jamais à ça avant que le public ne décide. Michel avait organisé un petit déjeuner à la Tour Eiffel avec les médias pour la sortie de l'album Paris, France dont Il jouait du piano debout était le premier extrait. Cette chanson sur la différence, inspirée par Jerry Lee Lewis, sera no 1 tout l'été ».

Et France Gall de confier à Paris Match « Lorsque j'ai fait Il jouait du piano debout, tant de gens se sont reconnus dans ce thème : celui de la différence. Celui de l'amour du rythme aussi. Les lettres que je lis expriment une recherche d'amour, un mal dans la peau, la solitude, le refus de la haine. Or si vous écoutez les chansons de mon nouvel album, vous verrez qu'elles répondent à cela. C'est Michel qui les a écrites, mais si j'avais ce pouvoir d'écrire qu'il possède, je n'aurai pas écrit autre chose ».

 

Ne me dites pas que ce garçon était fou 
Il ne vivait pas comme les autres, c'est tout 
Et pour quelles raisons étranges 
Les gens qui n'sont pas comme nous, 
Ça nous dérange 

Ne me dites pas que ce garçon n'valait rien 
Il avait choisi un autre chemin 
Et pour quelles raisons étranges 
Les gens qui pensent autrement 

Ça nous dérange 

Il jouait du piano debout 
C'est peut-être un détail pour vous 
Mais pour moi, ça veut dire beaucoup 
Ça veut dire qu'il était libre 
Heureux d'être là malgré tout 
Il jouait du piano debout 
Quand les trouillards sont à genoux 
Et les soldats au garde à vous 
Simplement sur ses deux pieds,

l voulait être lui, vous comprenez 
Il n'y a que pour la musique, qu'il était patriote 
Il s'rait mort au champ d'honneur pour quelques notes 
Et pour quelles raisons étranges, 
Les gens qui tiennent à leurs rêves, 
Ça nous dérange 

Lui et son piano, ils pleuraient quelques fois