Pierre Bergé a rejoint son ami Yves Saint Laurent

Pierre Bergé n'est plus. L'homme dont Yves Saint Laurent disait qu' « il brasse les affaires en artiste » a été emporté à l'âge de 86 ans à son domicile à Saint-Rémy-de-Provence par la myopathie dont il souffrait depuis plus de dix ans.

 

Doué d'une force de caractère exceptionnelle et d'un sens des affaires hors du commun, auxquels s'ajoute un amour inconditionnel de la beauté, il aura mené sa vie comme un personnage de roman, un Julien Sorel éclairé.

Né le 14 novembre 1930 à Saint-Pierre d'Oléron, Pierre Bergé restera pour l'histoire « le compagnon d'Yves Saint Laurent ». N'était-il que cela ? Sa première rencontre avec le grand couturier a lieu en 1958, lors d'un dîner donné par la journaliste de mode Marie-Louise Bousquet. Pierre Bergé est alors « avec » l'artiste Bernard Buffet, mais il ne résiste pas au charme fragile et au génie étincelant du tout jeune créateur propulsé à seulement 21 ans à la tête de la maison Christian Dior, dont le fondateur vient de décéder.

En 1960, Pierre Bergé se rend au chevet d'Yves Saint Laurent, hospitalisé au Val de Grâce pour dépression. C'est lui qui annonce au créateur son licenciement. Saint Laurent lui répond : « Nous allons fonder ensemble une maison de couture, et c'est toi qui la dirigeras. » Le tandem légendaire qu'ils forment ensemble durera cinquante ans, jusqu'à la mort du couturier et même au-delà. Chacun dans son rôle, ils s'inspirent l'un l'autre et l'amour chaotique qu'ils se vouent est un formidable moteur.

Cofondateur et dirigeant pendant 40 ans de la maison de couture Yves Saint Laurent, président du conseil de surveillance du groupe Le Monde, militant de la cause gay et fervent soutien de l'ancien président socialiste François Mitterrand, Pierre Bergé était « monté » à Paris pour réaliser un rêve : devenir journaliste. Il ouvrira une librairie d'art et deviendra surtout le brasseur d'affaires le plus intuitif de son époque. « Je n'ai pas le bac, mais j'ai acheté Le Monde », lancera-t-il lors d'une interview au Grand Journal. En 2010, il devient en effet l'actionnaire majoritaire du groupe propriétaire du grand quotidien français.

Grand collectionneur d'objets d'art, notamment de vanités du XVIe au XVIIIe siècle, avec Saint Laurent, et de livres rares vers lesquels l'attirait son amour du texte et de la lecture, il met à l'encan en 2009, après la mort de son compagnon, les chefs-d'œuvre qu'ils ont rassemblés ensemble et parmi lesquels figuraient des Goya, des Brancusi et des Picasso.

En 2004, la Fondation culturelle Pierre Bergé-Yves Saint Laurent qu'il a créée est inaugurée avec l'exposition « Yves Saint Laurent, dialogue avec l'art ».

Bergé, que sa maladie n'empêchait pas d'assister à tous les événements culturels, notamment les premières des biopics réalisées sur Yves Saint Laurent, prévoyait d'inaugurer en octobre deux musées consacrés au grand couturier : l'un au siège de la fondation, avenue Marceau à Paris, et l'autre à Marrakech près du Jardin de Majorelle, propriété qu'ils avaient achetée ensemble en 1980 et où ils avaient donné les plus belles fêtes.

En avril dernier, Pierre Bergé s'était marié dans l'intimité avec le paysagiste de 58 ans, Madison Cox, surnommé le « jardinier des milliardaires ». Les deux hommes se connaissaient depuis 40 ans. « Il va me succéder », avait dit le mécène, relevant que son mari était « déjà en charge des musées Saint Laurent de Paris et Marrakech ». Bergé laissera un grand vide, mais un vide organisé.

 

Fifi ABOU DIB et agences (OLJ)

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