dimanche, 27 août 2017 09:08

Luxembourg teste son funiculaire pour relier le Kirchberg, Nancy se souvient du sien

Écrit par 

Le funiculaire destiné à relier Pfaffenthal au Kirchberg sera mis en circulation officielle dans trois mois. Pour l'instant, les essais vont bon train. Nancy disposait d'un tel moyen de locomotion de 1905 à 1914 pour relier l'avenue de Boufflers au parc de la Cure d'air. 

Pfaffenthal est l'un des 24 quartiers de Luxembourg-ville, qui est situé dans la vallée de l'Alzette. Il s'étend approximativement du pont grande-duchesse Charlotte au viaduc ferroviaire, juste au nord-est de Ville-Haute. En 2016, le quartier comptait 1 252 habitants.

 

Jusqu'à 7.200 passagers par heure

Le funiculaire constitue un élément clé du concept intermodal connectant le réseau ferroviaire, le tram, les bus et la mobilité douce. Dès le 10 décembre, il permettra aux voyageurs de se déplacer facilement entre l'arrêt Pfaffenthal-Kirchberg en bas du Pont Rouge et le pôle d'échange en haut, au Kirchberg.

La gare du funiculaire est désormais quasiment achevée et les imposantes cabines, de 17 tonnes chacune, sont en phase d'essai. On peut les voir monter et descendre les 200m de pente en 63 secondes chrono, assurant la liaison physique entre la ligne ferroviaire 10 (Luxembourg-Troisvierges) et le plateau du Kirchberg.

Le funiculaire dispose de deux lignes côte-à-côte totalement indépendante. Les 4 cabines peuvent transporter jusqu'à 7.200 personnes par heure en période de pointe, soit 1.200 voyageurs en l'espace de 10 minutes seulement, et sont prévus pour accueillir 168 usagers max. chacune.

 

De l'attraction touristique à l'outil indispensable de mobilité

Dès décembre, les frontaliers français pourront donc se rendre au Kirchberg via la nouvelle gare du Pfaffenthal. Le nouveau funiculaire les amènera sur le plateau des institutions… où ils pourront ensuite prendre un tram !

Dire qu’il va transporter des milliers de salariés vers le Kirchberg… Pour la première visite, on a plutôt pensé à une attraction touristique. Très bucolique, malgré sa modernité, façon funiculaire de Montmartre. Des cabines spacieuses (3,5 mètres de large, 11,8 mètres de long), une vue panoramique du Pont-rouge à la Ville-haute, de larges baies vitrées pour profiter du trajet (une minute) entre le Pfaffenthal et le Kirchberg : le funiculaire de Luxembourg, qui ouvrira en décembre, est un « manège » pour grands.

Mais il ne faut pas se tromper ! Les cabines dévoilées tout récemment à la presse vont jouer un rôle de premier plan dans la mobilité du pays : relier la future gare du Pffafenthal (en contre bas du Pont-rouge) au futur arrêt de tram du Kirchberg. Et par là même, permettre aux travailleurs de rejoindre directement les entreprises du plateau, sans passer par la gare centrale. « Le funiculaire, le tram du Kirchberg et la gare doivent ouvrir en même temps, explique un responsable des Chemins de fer luxembourgeois.

Dès le mois de décembre, le gain de temps va être considérable pour les habitants du nord du pays, car la ligne 10 desservira la nouvelle gare directement. »

Pour les habitants venant du sud, frontaliers français inclus (ils sont 10 000 à prendre la ligne 90 !), le gain ne sera pas immédiat. « Il faudra changer de train à la gare centrale, pour prendre une liaison vers le nord », poursuit le responsable. À l’horizon 2021, la liaison vers le Kirchberg sera en revanche directe depuis le sud, grâce aux deux nouveaux quais qui seront construits en gare centrale.

En résumé, dès la fin de l’année, les habitants du nord vont gagner jusqu’à 25 minutes pour rejoindre le Kirchberg. Ceux du sud auront déjà le plaisir d’éviter les jonctions catastrophiques en bus depuis la gare… Avec tous ces chamboulements, on en oublierait presque l’aspect pratique. Comment va fonctionner le funiculaire ?

En heure de pointe, quatre cabines vont permettre d’acheminer jusqu’à 1200 passagers par dix minutes ! Les deux rails du funiculaire sont en fait des doubles-voies. Avec ce yo-yo permanent, les passagers seront sûrs de trouver une place en quelques minutes.

Comme tout funiculaire en revanche, le trajet se fait à petite vitesse : les 40 mètres de dénivelés entre le Pfaffenthal et le Kirchberg sont parcourus en 63 secondes. De quoi déstresser avant d’aller au boulot. La raison est simple : les cabines d’un funiculaire sont tirées par câbles, dans un jeu d’équilibre entre celles qui montent et qui descendent… bref, on ne peut pas accélérer comme dans un circuit fermé, du type télécabine de sports d’hiver ! « En heures creuses, seules deux cabines fonctionneront », précisent les CFL. Ce qui est déjà largement suffisant pour accueillir… les touristes évidemment ! Lydie Polfer, la bourgmestre de Luxembourg, a sérieusement évoqué le sujet, s’appuyant sur les bons chiffres de fréquentation de l’autre « monte-charge » du Pfaffenthal : l’ascenseur vers la Ville-haute, ouvert en juillet 2016. Le Kirchberg est moins touristique que le Grund ou la Ville-haute, mais pourquoi pas. Les passionnés d’architecture trouveront matière à une escapade.

On peut facilement faire le pari que ce funiculaire aura aussi une fonction touristique.

 

Nancy avait son funiculaire pour aller à la Cure d'air

Le funiculaire de la Cure d'Air est un ancien funiculaire, situé à Nancy et aujourd'hui disparu. En service de 1905 à 1914, ce funiculaire reliait le cimetière de Préville au bas de l'avenue de Boufflers au parc de la Cure d'Air Saint-Antoine.

En 1904, les actionnaires de la Société anonyme la Cure d'Air Saint-Antoine, alors propriétaire du parc de la Cure d'Air, décident de réaliser un funiculaire pour faciliter l'accès au parc. La conception et la réalisation du funiculaire sont confiées à l'ingénieur civil G.-E. Bernardet. Les travaux sont exécutés en une année, pour un coût total d'environ 60000 Francs de l'époque. Le funiculaire est inauguré les 23 et 24 avril 1905, et connaît un franc succès dans les années qui suivent. En période d'affluence, le funiculaire compte environ 1700 voyageurs par jour, et jusqu'à 15000 voyageurs en un mois. Un billet aller-retour coûte 0,20 Francs. Aux heures de pointe, le funiculaire peut proposer un départ toutes les 45 secondes.

La fermeture définitive du funiculaire survient peu de temps après le début de la Première Guerre mondiale. Les infrastructures sont abandonnées et finissent par être détruites dans les années 1960, lors d'opérations d'urbanisation du quartier.