Mohamed Arrouchi quitte le Consulat de Strasbourg pour être le nouvel ambassadeur du Maroc à l’Union africaine à Addis-Abeba

Un expert onusien doublé d'un fin négociateur, tel est le profil de celui qui va quitter le Consulat général de Strasbourg pour mener l'offensive marocaine dans le club panafricain. Portraits dans la presse africaine et marocaine.

 

C’est un fin connaisseur des questions multilatérales que le Maroc a nommé comme Représentant permanent à l’Union africaine (UA). La cinquantaine bien entamée, Mohammed Arrouchi a été chargé par le roi de diriger l’action diplomatique du royaume au sein de l’organisation panafricaine qu’il a intégrée en janvier. Sa nomination a été annoncée dimanche 25 juin lors d’un conseil des ministres, mais il n’a pas encore été reçu officiellement par Mohammed VI. « De fait, il ne pouvait donc pas assister au 29ème sommet de l’UA qui s’est ouvert le mardi 27 juin à Addis-Abeba », explique un membre de la délégation marocaine présent à ce sommet.

Mohamed Arrouchi a mené toute sa carrière au ministère des Affaires étrangères. C’est en 1988 qu’il intègre ce département après des études en linguistique et littérature anglaise à l’université de Fès. Il était alors chargé des organisations internationales. Sa première affectation diplomatique à l’étranger se fera en 1992 en tant que Premier secrétaire du Représentant permanent du Maroc à l’office des Nations unies à Vienne. Huit ans après, il rejoint la représentation permanente du Maroc à l’ONU, à New York, dirigée à l’époque par Mohamed Bennouna, et sera plus particulièrement chargé du suivi du groupe africain. « Même s’il n’a jamais été en poste en Afrique, il connaît très bien les grandes questions du continent », témoigne un de ses collègues.

En 2005, il est affecté à l’ambassade du Maroc à Washington, alors sous la houlette d’Aziz Mekouar, un des gros calibres de la diplomatie marocaine à l’étranger. Trois ans après, il est rappelé au Ministère à Rabat pour chapeauter la division des affaires arabes. Il sera par la suite nommé inspecteur au sein de ce département.

Une expertise européenne

Durant toute sa carrière, ce Tangérois, fils de militaire, a aiguisé son sens de la négociation en côtoyant les organisations multilatérales. En 2014, il est nommé Consul général du Maroc à Strasbourg. Sa principale mission consiste à mettre en oeuvre la nouvelle politique de proximité voulue par le roi Mohammed VI vis-à-vis des Marocains résidant dans cette partie de la France. Mais sa mission est aussi européenne : Strasbourg étant le siège du Conseil de l’Europe, il supervisait parallèlement les relations de son pays avec cette institution.

Mohamed Arrouchi occupe toujours ce poste dans l’attente de son départ à l’UA. À Addis-Abeba, le Maroc dispose déjà d’une ambassadrice qui s’occupe des relations Maroc-Éthiopie : Nezha Alaoui M’hamdi, nommée en octobre 2016 dans le sillage du grand chamboulement diplomatique qui avait précédé l’adhésion du Maroc à l’UA.

 

Le nouvel ambassadeur du Maroc auprès de l'Union africaine est un spécialiste des assemblées générales de l’ONU.

Mohamed Arrouchi restera dans les annales comme un des rares hauts fonctionnaires de l'État dont le nom a été écorché par l'agence officielle. Initialement présenté comme "Mohamed Laaroussi" par la MAP, le représentant permanent du Maroc auprès de l'Union africaine (un poste nouveau) a beau être un diplomate de carrière, un pur produit des MAE, il n'en demeure pas moins un homme discret peu connu du grand public jusque-là. À tel point qu'aucune biographie officielle n'a (encore) été publiée sur lui.  L'homme était consul du Maroc à Strasbourg et reconnu comme "un très bon multilatéraliste", comme en atteste son parcours avant sa nomination.

Mohamed Arrouchi connaît bien les arcanes du ministère des Affaires étrangères qu'il intègre dès 1988 après avoir obtenu une licence en linguistique anglaise. Lorsqu’il débarque Avenue Franklin Roosevelt, il est nommé premier secrétaire chargé des questions multilatérales au sein de la direction de l’ONU.

Après quatre ans passés au siège de la diplomatie marocaine, c’est à Vienne qu’il fourbit ses armes sur les questions multilatérales. Entre 1992 et 1998, il est suppléant de l’ambassadeur représentant permanent du Maroc auprès de l’office des Nations Unies à Vienne.

À ce titre, il est notamment chargé des dossiers liés à l’Agence internationale de l’énergie atomique, et participe notamment à l’élaboration du protocole additionnel du Traité de non-prolifération nucléaire. Il revient ensuite à Rabat où, pendant deux ans, il occupe le poste de chef de service de l’Assemblée générale et du Conseil de sécurité au sein de la direction des Nations unies du MAE.

Il est ensuite nommé premier conseiller politique au sein de la Mission permanente du Maroc auprès des Nations Unies à New York. Au siège de l’ONU, il parfait ses talents de multilatéraliste en participant aux travaux de six assemblées générales de l’organisation.

En 2003, alors que le Maroc assure la présidence du  Groupe des 77 (G77), Arrouchi est chargé de présider la composante du G77 traitant du développement durable. Il négocie notamment, au nom du groupe, les projets de texte lors de la COP9 ou encore lors de la conférence ministérielle  sur la coopération Sud-Sud à Marrakech. Après cinq années à New York, il rallie l’ambassade du Maroc à Washington en septembre 2005 où il occupe le poste de premier conseiller politique.

Représentant auprès du Conseil de l'Europe

En 2008, Mohamed Arrouchi revient à Rabat en tant que chef de la division des organisations arabes islamiques au ministère des Affaires étrangères. Il occupe ce poste pendant quatre ans, avant d’être nommé inspecteur des Affaires étrangères. Une fonction où il est chargé d’évaluer l’efficacité de l’action diplomatique du royaume aussi bien au niveau bilatéral que multilatéral, et d'inspecter les postes consulaires et diplomatiques.

En 2014, après six années passées à Rabat, il est nommé consul du Maroc à Strasbourg. Un poste qui signifie, en raison du statut de partenaire de voisinage auprès du Conseil de l’Europe, qu’il est également chargé des relations avec le Conseil. À ce titre il est le représentant du Maroc auprès du Conseil et assure le suivi des travaux de la Commission européenne avec l’ambassade du Maroc auprès de l’UE à Bruxelles. C’est le dernier poste que ce multilatéraliste reconnu occupera avant de représenter le Maroc à Addis-Abeba.

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