L'art rebelle apprivoisé

Autrefois perçu comme une « pollution visuelle », le street art est aujourd'hui porté aux nues, coté dans les enchères d'art et commandité de toutes parts. Montréal, où se tient depuis jeudi la cinquième édition du festival Mural, s'est taillé une place enviable dans le milieu mondial des arts de la rue et du graffiti.

 

 

« La perception du street art a complètement changé. Avant, dès qu’on parlait graffitis, les gens les associaient aux gangs de rue ou à la violence. Pas à des artistes qui ont aussi d’autres carrières », affirme la productrice d’Underpressure.

Longtemps jugé marginal par nature, le street art l’est-il encore, maintenant que des oeuvres de graffiteurs vénérés comme Bansky, célèbre adepte britannique du pochoir (vendues plus d’un million de dollars), font exploser les enchères ? Assidûment scrutés, les comptes Instagram sont devenus les terrains de chasse privilégiés des galeristes pour dénicher les artistes les plus prometteurs.

La popularité du street art auprès du grand public a du coup provoqué sa récupération commerciale par les Louis Vuitton, Absolute Vodka, Air France et McDonald’s de ce monde, qui surfent sur cette vague rebelle pour donner un peu de « oumpf » à leur image. « Certains artistes sont prêts à faire n’importe quoi. À la base, ça se veut un art contre la consommation et la propriété privée. Que ce soit récupéré par Louis Vuitton et McDonald’s, qui incarnent tout sauf ça, ça me choque ! » peste MissMe, dont les oeuvres parfois décapantes dénoncent l’image réservée au corps de la femme.