samedi, 25 mars 2017 09:21

Élections en Sarre, un vote test pour la gauche allemande

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Nos voisins de Sarre votent ce dimanche 26 mars pour renouveler le parlement régional. Il est dirigé par la CDU, le parti conservateur d'Angela Merkel, mais les socialistes du SPD, dopés par les bons sondages du candidat Martin Schulz, remontent. Ils pourraient former la grande alliance de gauche que le clan de la chancelière redoute. Cinq raisons de suivre ce scrutin test à nos portes, avant les élections fédérales de septembre.

Avec 998 000 habitants, la Sarre est le moins peuplé et le plus petit des États allemands, situé près de la frontière française. Cette région minière et industrielle a longtemps voté pour une gauche ouvrière, menée depuis les années 1970 par l'ingénieur du pays, Oskar Lafontaine. En 1999, les électeurs le suivent et désertent le SPD du chancelier social-démocrate Gerhard Schröder, pour contester sa politique d'austérité.

Les conservateurs de la CDU en profitent pour rafler le pouvoir. Depuis 2012, comme l'Allemagne, la Sarre est dirigée par une grande coalition CDU-SPD. La populaire ministre-présidente, la chrétienne-démocrate Annegret Kramp-Karrenbauer, brigue un nouveau mandat dimanche. Elle affrontera sa ministre de l'Économie, la sociale-démocrate Anke Rehlinger.

 

L'effet Martin Schulz

En Sarre, les derniers sondages promettent un duel serré entre la CDU de Merkel et le SPD de Martin Schulz. En Sarre, les derniers sondages promettent un duel serré entre la CDU de Merkel et le SPD de Martin Schulz. | FG Wahlen/ZDF
Le vote de ce dimanche servira de premier test électoral pour le SPD, aiguillonné par son nouveau président, l'ancien président du Parlement européen, Martin Schulz. Au cours des huit dernières semaines, il a fait grimper son parti de dix points dans les sondages d'opinion. Il est pratiquement au coude à coude avec la chancelière Merkel. Dans la Sarre, c'est aussi très serré : la CDU oscille entre 34 et 37 % des intentions de vote et le SPD entre 32 % et 34 % !

Selon le Frankfurter Allgemeine Zeitung, les experts politiques de la CDU surveille l'homme fort de la Sarre, « le patriarche Oskar Lafontaine ». Jeune maire de Sarrebruck dans les années 1970, chef de file du SPD, il a dirigé la région de 1985 à 1998, année de la victoire de la gauche aux élections fédérales, il devient le ministre des Finances de Gerhard Schröder. Le tandem ne tient pas un an. Celui dont « le cœur n'est pas encore coté en Bourse et bat à gauche » dit son désaccord avec la politique d'austérité du nouveau chancelier. Il quitte le gouvernement et la présidence du SPD avec fracas. La gauche allemande se sépare en deux clans, réformistes d'un côté, radicaux de l'autre, sous l'étiquette Die Linke, qu'Oskar Lafontaine fonde en 2009. Jean-Luc Mélenchon s'en est inspiré pour créer son Front de gauche.

Retiré de la politique pour soigner un cancer, il fait, à 73 ans, un retour fracassant et très surveillé dans sa Sarre natale. Die Linke y est déjà créditée de 13 % dans les sondages. Selon les médias allemands, il pourrait bénir une coalition avec le SPD. Il ne dit que du bien de la candidate Anke Rehlinger. De son côté, Martin Schulz se pose aussi en réconciliateur de la gauche, en acceptant de corriger les réformes de Schröder, notamment la durée de l'indemnisation du chômage.

Aussi malin que stratège, Oskar Lafontaine assure que « l'ambiance est agréable en Sarre », qu'il n'a « aucun problème à travailler » avec le SPD, « au niveau régional ».

 

Une alliance avec les Verts

Alors que les sondages nationaux suggèrent que la grande alliance de gauche - SPD, Die Linke et Verts, surnommée la coalition « rouge-rouge-vert » pourrait obtenir une majorité au Bundestag, la chambre basse du Parlement, à Berlin, le Landtag de la Sarre serait en mesure de la mettre en place dès ce dimanche. Une telle alliance dirige déjà la région de Berlin et celle de la Thuringe.

En Sarre, le candidat des Verts, Hubert Ulrich, signale au moins un point de friction à cette triple entente : Die Linke milite contre la construction d'éoliennes. Mais les écologistes, premières victimes de la remontée du SPD, devraient faire des concessions s'ils ne veulent pas rester à la porte du parlement régional. Ou fédéral.

La Sarre servira aussi de laboratoire pour le parti xénophobe et eurosceptique Alternative für Deutschland. Il devrait faire son entrée au parlement régional. Il est pour l'instant crédité de 6 %, en baisse dans les derniers sondages.