Alger déploie le tapis rouge pour Emmanuel Macron, caractère d’infériorité ou d'hospitalité?

Le candidat d'En marche ! est à Alger les 13 et 14 février pour une série d'entretiens avec les autorités. Son ambition : imprimer une vision neuve des relations franco-algériennes.

Alger déploie le tapis rouge... pour Emmanuel Macron, candidat à la présidentielle française d'avril prochain, avec son mouvement En marche !. Un accueil digne d'un chef d'État : rencontre avec le Premier ministre Abdelmalek Sellal, déjeuner officiel avec le ministre des Affaires étrangères Ramtane Lamamra, échange bilatéral avec les ministres de l'Éducation nationale Nouria Benghabrit-Remaoun et des Affaires religieuses Mohamed Aïssa. Mardi 14 février, place à l'économie avec le Forum des chefs d'entreprises algérien, auquel le candidat d'En marche ! prendra part. Rien n'est laissé au hasard alors que l'Algérie est considérée depuis des années comme un passage obligé pour les candidats à la présidentielle française. Nicolas Sarkozy en 2006 ; on y a déjà vu Alain Juppé il y a un an à Oran, ville jumelée avec Bordeaux ; Arnaud Montebourg s'était lui aussi rendu à Oran et à Alger ; François Hollande avait fait le déplacement dès 2010.

L'Algérie, vraiment incontournable ?

L'Algérie est « incontournable dans une campagne présidentielle » française, souligne l'entourage d'Emmanuel Macron, en raison de ses liens historiques, culturels mais aussi économiques et commerciaux avec la France. « C'est un pays avec lequel nous n'avons pas de partenariats formalisés mais qui est pourtant un partenaire important », note le conseiller. « Il y a énormément de sujets à aborder, de possibilités de coopération, en pensant notamment aux préoccupations sur la sécurité en Méditerranée », poursuit-il. Après la Tunisie en novembre, le Liban en janvier, et en attendant la confirmation d'une possible visite au Maroc, Macron multiplie les gestes durant sa campagne en direction des pays du bassin méditerranéen. Pour lui, « la politique arabe et méditerranéenne doit être replacée au cœur de (la) diplomatie » française.

« Mais sa conviction profonde est que la zone (méditerranéenne) n'est pas l'apanage de la France, mais bien l'affaire de toute l'Europe », précise un conseiller de l'ex-ministre de l'Économie. Macron, qui plaide pour un renforcement de l'agence européenne des gardes-frontières et gardes-côtes (Frontex), avait ainsi appelé à « s'appuyer sur l'Algérie et l'Égypte, qui ont les mêmes intérêts que nous », pour agir en Libye.

Un séjour qui devrait donc asseoir un peu plus la stature internationale du candidat Macron et, au-delà, lui permettre de gagner des voix ? La communauté franco-algérienne est un réservoir de près d'un million et demi de binationaux résidant en France. Et quoi de mieux pour quelqu'un de sa génération, qui n'a pas connu la guerre d'Algérie, que de placer le curseur sur le renouveau des relations franco-algériennes. « Pour la France, l'Algérie est une priorité. Le dialogue avec les Algériens est essentiel. L'histoire qui nous lie est ancienne et elle a forgé nos deux pays. Je souhaite que nous entrions dans une nouvelle phase de notre histoire et je veux placer nos relations dans un avenir partagé, riche des liens tissés entre nos deux peuples. Nous devrons ensemble trouver des domaines de coopération et travailler sur des projets précis, en particulier tournés vers la jeunesse », a-t-il déclaré lors d'une interview parue ce lundi au journal El Watan. Un message qui sera scruté par les Algériens. Dans une tribune parue sur le site d'information algérien Tout sur l'Algérie, à l'occasion de sa visite dans le pays, le candidat d'En marche ! y détaille sa vision sur plusieurs thèmes, dont l'éducation, l'économie, l'industrie, mais aussi, très important, la mémoire.

 

Je suis aujourd'hui en Algérie pour rencontrer notamment @AmSellal. Nos deux peuples ont vocation à écrire ensemble une nouvelle histoire. a déclaré Emmanuel Macron sur son Twiter. 

Ses propositions

Le candidat d'En marche !, actuel favori de la présidentielle selon les sondages, veut renforcer les liens dans l'éducation, d'où sa rencontre avec l'une des ministres les plus en vue d'Alger, Nouria Benghabrit-Remaoun. « Je proposerai au gouvernement algérien la création d'un office franco-algérien de la jeunesse, à l'instar de ce qui existe entre l'Allemagne et la France, pour favoriser la mobilité entre les deux rives de la Méditerranée », écrit-il.

L'ancien ministre de l'Économie veut aussi booster les projets industriels entre les deux rives. En jeu ? Des emplois pour la France comme pour l'Algérie. « Dans le scolaire, par exemple, l'Algérie a le plus grand potentiel au monde ! » ajoute-t-il. « Ma proposition concrète sera de créer une communauté économique franco-algérienne dans le secteur des renouvelables », dit-il, estimant possibles 4 milliards d'euros d'investissements.

Un passage scruté

Emmanuel Macron doit également déposer une gerbe au mémorial du Martyr, un monument aux morts surplombant Alger qui rend hommage aux combattants de la guerre d'indépendance, avant de se rendre à la basilique Notre-Dame d'Afrique. Des gestes mais aussi des paroles d'Emmanuel Macron qui seront attentivement scrutés par les Algériens alors que le candidat hors parti avait dit dans un entretien au Point en novembre dernier reconnaître les exactions et la torture commises par la France coloniale mais estimé que cet épisode avait également permis de développer l'Algérie. Des propos qui rappellent ceux de François Fillon, candidat à la primaire de la droite pour la présidentielle, qui, en septembre dernier, avait comparé la colonisation française à « un partage de la culture ».