Les Algériens vivant au Canada décidés à traquer l'argent de la corruption

Après dix semaines d'un mouvement de contestation sans précédent en Algérie, les manifestants maintiennent la pression. Au Canada, la communauté algérienne fait écho à la population sortie dans la rue en Algérie pour demander le départ de ce qui reste du pouvoir de l'ex-président Abdelaziz Bouteflika. Les Canadiens d'origine algérienne s'adressent aux autorités du pays d'accueil pour qu'elles fassent barrage à l'argent de la corruption.

(Radio Canada - Karim Ouadia) - Un collectif, né des rencontres citoyennes qui ont lieu tous les dimanches à Montréal au terme des rassemblements, fait de la lutte contre les transferts illicites des capitaux par le pouvoir corrompu sa priorité. Ses membres, regroupés en neuf comités, préfèrent parler de forum et ne veulent pas être identifiés comme membres d'une association.

Cette démarche est « en phase avec ce que demande le peuple qui est sorti en Algérie », explique Rabah Hammachin, initiateur de ces rencontres qui ont commencé avec 25 personnes et regroupent désormais « une centaine de participants qui discutent et pensent l’Algérie de demain ».

« Un rencontre citoyenne » lieu chaque dimanche après la manifestation.

Un comité, né des rencontres citoyennes qui ont lieu chaque dimanche après la manifestation, fait de la surveillance des capitaux une priorité. Photo : Radio-Canada / Karim Ouadia

Ces rencontres citoyennes sont qualifiées de « franc succès » par Amel Bouazza, une entrepreneure qui a animé les premiers rendez-vous. L’idée de dénoncer les « transferts de capitaux vers le Canada » figure en tête de liste des sujets en débat.

Il y est également question de « sensibiliser les leaders d’opinion et les médias à la cause des Algériens ».

Demander au Canada d'agir

Plusieurs personnes de ce comité, dont des juristes, examinent la possibilité d’entreprendre des actions concrètes pour retrouver les fonds de la corruption.

« Le gouvernement canadien doit maintenir un niveau d’alerte en vue de contrecarrer toute tentative de détournement de fonds illicites en provenance de l’Algérie », déclare Meriem Boudjemai, une avocate qui se penche sur le sujet.

On veut des actions avec le Parlement canadien. La corruption en Algérie n’est pas au bénéfice du Canada.

 Rabah Hammachin

Me Boudjemai dit s’attendre « à ce que le gouvernement canadien active des mécanismes juridiques en conséquence, conformément à ses engagements envers la communauté internationale ».

Nous demandons explicitement au gouvernement canadien de bloquer à titre préventif les avoirs canadiens des membres du régime dictatorial algérien illégitime depuis le 22 février 2019, et de leur interdire d’effectuer des transactions vers le Canada.

 Meriem Boudjemai, avocate

Le collectif a mis en ligne une pétition dans laquelle il interpelle directement les autorités canadiennes pour qu'elles refusent de recevoir l’argent de la corruption.

Selon, Georges Goma de la Coalition Biens mal acquis Canada, un organisme de droit canadien à but non lucratif, « le Canada a prévu un ensemble de provisions juridiques pour traquer toute personne sur qui pèsent de lourdes présomptions en matière de criminalité économique et financière ».

Pour cette coalition qui vise à lutter contre les biens mal acquis au Canada par les dignitaires africains et leurs proches, la meilleure manière d’y arriver est « d'établir la réalité des faits par des enquêtes sérieuses ».

Citant l’exemple de la coalition, M Goma dit travailler avec les médias et la Gendarmerie royale du Canada. Il estime qu’il faut faire preuve de pédagogie afin d’informer les Canadiens qui ne sont pas toujours au fait de cette réalité.