Le cérémonial du thé, une tradition ramadhanesque séculaire

Les soirées et rencontres conviviales ramadhanesques, connues à Tamanrasset sous l’appellation de "Gaâda", figurent parmi les traditions préservées et revivifiées par la population locale durant le Ramadhan, marqué cette année par la pandémie de Covid-19.

Très attachée à ses us et coutumes, tout en égayant les soirées de ce mois sacré, la population locale s'emploie, confinement oblige, à renouer avec les regroupements au sein de la famille, en quête de moments agréables, pour animer les soirées, au moins à travers des échanges de conversations sur tout et rien.

L’avènement du Ramadhan est ainsi marqué par des coutumes qui refont surface en cette période, à l’instar de la réunion familiale autour du service de Thé, appelée localement "Tablet El-Tey" (table de thé), une occasion pour regrouper les membres de la famille autour d’un braséro.

D'habitude, les soirées de ramadhan étaient passées dehors avec les amis et voisins, souvent dans les cours attenantes aux foyers ou sur les terrasses.

Pour Lahcene Karbadou, du quartier Tahaggart, un des amateurs de ce rituel, la préparation de cette réunion conviviale est amorcée avant l’Iftar par la préparation des ustensiles et ingrédients nécessaires au rituel du thé, indispensable, estime-t-il, pour "réveiller les jeûneurs".

Un braséro, du charbon ou des morceaux de bois, des ustensiles de fortune, souvent déjà défigurés par le feu des brasiers, et les ingrédients (thé, sucre et menthe) suffisent pour rassembler les membres de la famille, astreints au rituel de trois verres de thé, dont les deuxième et troisième sont relevés par l’agréable saveur de la menthe verte.

Ces réunions sont également agrémentées de contes et d’histoires, pratiquement narrées aux enfants par des personnes âgées, à la mémoire encore vive, pour puiser dans la longue et ancienne histoire de la région et la bravoure des aïeux, et perpétuer ainsi le lien générationnel.

Pour cela, Brahim Safi, habitant de Tamanrasset, a loué les avantages du confinement qui, a-t-il dit, contraint à rester à la maison et à raffermir les liens entre membres de la famille et à mieux se connaître.

A Tamanrasset, le thé est parfois servi trois fois dans la même soirée : après le repas d’Iftar, après celui de la soirée, et, pour certains, avec le repas du Shour.

La revivification des us et la nostalgie de certaines pratiques séculaires ancrées dans la société locale font également l’essentiel des Gaâda (rencontres conviviales) entre membres de la famille qui valorisent la portée de ces réunions en tant que moyen de consolidation des liens sociaux.