L'armée algérienne réitère son soutien au président, après l'expiration de l'intérim

Le chef d'état-major Ahmed Gaïd Salah a réaffirmé mercredi le soutien de l'armée d'Algérie au président Abdelkader Bensalah, dont l'intérim aurait dû s'achever mardi selon la Constitution, mais qui reste à la tête de l'État en l'absence d'élection présidentielle.

(AFP) - Le dernier message du chef de l'État constitue une approche raisonnable et sensée pour sortir le pays de sa crise, a dit le général Gaïd Salah dans un discours prononcé lors d'une cérémonie officielle et retranscrit par le ministère de la Défense.

Même si nous encourageons et soutenons son contenu, nous considérons sa démarche comme une des étapes importantes à franchir sur la voie de la résolution appropriée de cette crise, a-t-il ajouté.

À ce titre, il a réitéré le souhait de l'armée de tenir une présidentielle dans les plus brefs délais, à travers l'adoption de la voie du dialogue national.

Plan rapproché du général Gaïd Salah.

Ahmed Gaïd Salah, chef d'état-major de l'armée, lors d'un défilé militaire à Alger en 2018.

Dans un discours à la nation le 3 juillet, M. Bensalah a proposé un dialogue pour préparer le scrutin présidentiel dans lequel ni les autorités politiques ni l'armée ne seraient, selon lui, impliquées.

Cette proposition n'a pas calmé les manifestants, qui ont de nouveau défilé le surlendemain dans les grandes villes du pays pour un 20e vendredi de suite, en réclamant le départ de tous les anciens fidèles du président déchu Abdelaziz Bouteflika.

Elle est intervenue six jours avant la fin supposée de l'intérim assuré par M. Bensalah, au terme des 90 jours écoulés depuis sa désignation.

L'ancien président du Sénat a toutefois été de facto prolongé à ce poste, pour une durée indéterminée, du fait de l'annulation de la présidentielle prévue le 4 juillet : aucun candidat n'a été retenu pour ce scrutin rejeté par la contestation.

Depuis la démission forcée de M. Bouteflika le 2 avril sous la pression de la rue et de l'armée, c'est toutefois le général Gaïd Salah qui est devenu l'homme fort du pays.

Dans son discours de mercredi, il a explicitement mis en garde ceux qui cherchent à faire croire que l'Algérie n'est pas – ou n’est plus – un État civil, en référence à l'un des slogans des manifestants.

Les slogans mensongers [...] comme réclamer un État civil et non militaire [constituent] des idées empoisonnées [...] dictées par des cercles hostiles à l'Algérie et à ses institutions.

Le général Ahmed Gaïd Salah, chef d'état-major de l'armée

Tous les efforts qu'a consentis l'institution militaire jusque-là sont des efforts qui respectent essentiellement l'intérêt suprême de la patrie, a-t-il ajouté.

À ce titre, l'armée considère que la prochaine présidentielle sera le premier fruit constitutionnel et légal devant apporter les solutionsaux problèmes du pays, a-t-il noté.

Dans la matinée, environ 200 personnes ont observé un sit-in devant la Cour d'appel d'Alger en soutien aux manifestants incarcérés pour avoir brandi l'emblème berbère, interdit par le général Gaïd Salah, et à Lakhdar Bouregaâ, un célèbre vétéran de la guerre d'indépendance écroué le 30 juin pour, notamment, atteinte au moral des troupes.

Les manifestants affichaient notamment des t-shirts portant l'inscription libérez Bouregaâ, dont la demande de remise en liberté était examinée par la chambre d'accusation.

Plus de 30 manifestants sont actuellement emprisonnés à Alger pour avoir contrevenu à l'interdiction du drapeau culturel amazigh (berbère) dans les manifestations.