Algérie : fermeture du site satirique El Manchar face à la «répression»

Le journal satirique algérien en ligne «El Manchar» a annoncé sa fermeture pour échapper à la «répression», soulevant un vif émoi sur les réseaux sociaux, au moment où des internautes et des médias indépendants sont la cible de mesures coercitives des autorités.

(AFP) - «El Manchar, c'est fini. On se retrouve bientôt dans une Algérie meilleure. Ou Pas», peut-on lire sur le site de ce média qui a tourné en dérision tout et tout le monde. Une avalanche de réactions a suivi cette annonce, nombre d'internautes demandant s'il s'agissait de «censure», ou si ce n'était pas une blague «de mauvais goût».

répondre jeudi El Manchar (la scie) sur sa page Facebook suivie par plus de 500.000 personnes. «Le climat de répression des libertés, les incarcérations de citoyens à la suite de leurs activités sur les réseaux sociaux nous ont conduits à réfléchir sur les risques que nous encourons», précise-t-il. «Nous avons résisté pendant cinq ans (...) Nous nous retrouverons dans une Algérie meilleure (...) où cette peur n'existera pas».

Le fondateur du site satirique Nazim Baya a indiqué narquois: «je pense déjà à lancer ''El Manchar El Djadid'' (la nouvelle scie, NDLR). Ça sera comme la nouvelle Algérie, c'est-à-dire semblable à l'ancienne mais en pire». Une pique en référence à la «nouvelle Algérie» prônée par le président algérien Abdelmadjid Tebboune, qui a succédé à Abdelaziz Bouteflika, poussé à la démission sous la pression de la rue en avril 2019 après 30 ans au pouvoir.

El Manchar, dont la devise est «avec des scies, on refait le monde» se présente comme «un site d'informations fausses et complètement saugrenues» visant à «explorer le champ de l'absurde». Le site précise que les articles qui y sont publiés «ne renvoient à aucune occurrence du réel mais juste à des occurrences du possible». Depuis peu, l'Algérie s'est dotée de textes législatifs criminalisant la désinformation et les discours de haine, qui pourraient avoir un impact indirect sur la possibilité de publier de la satire.

Des ONG algériennes et internationales se sont ainsi alarmées du fait que le nouveau code pénal puisse servir à bâillonner la liberté d'expression en Algérie. Depuis le mois d'avril, plusieurs sites d'informations en ligne ne sont plus accessibles en Algérie, après avoir été «bloqués» selon leurs directions.

En savoir plus: 

Le journal satirique El Manchar a dévoilé ce jeudi les raisons de la suspension du site. « Nous tenons à informer nos abonnés des raisons de la suspension de notre journal », a indiqué l’équipe d’El Manchar dans un communiqué partagé sur Facebook, précisant que « nous n’avons pas été censurés ou bloqués par les autorités. Cette décision a été prise par l’équipe de rédaction. »

« Le climat de répression des libertés, les incarcérations de citoyens à la suite de leurs activités sur les réseaux sociaux nous ont conduit à réfléchir sur les risques que nous encourons. Nous avons vécu des moments de peur et nous avons résisté pendant 5 ans en essayant de contribuer à notre manière, par la satire, aux difficultés que notre pays et nos citoyens traversaient. Nous ne pensions pas en arriver là », lit-on dans le communiqué.

L’équipe d’El Manchar donne rendez-vous à ses lecteurs dans une Algérie meilleure. « Nous nous retrouverons dans une Algérie meilleure. Une Algérie où cette peur n’existera pas et où chacun pourra déployer ses forces créatrices. À bientôt. »

Mercredi 13 mai, l’équipe d’El Manchar a annoncé la fin du journal satirique. « El Manchar, c’est fini. Nous vous remercions pour votre fidélité, votre engagement et votre complicité. Après 5 ans d’existence, nous sommes contraints de suspendre notre journal. On espère vous retrouver bientôt dans une Algérie meilleure », a annoncé le journal sur Facebook.