Union européenne : Leila Slimani témoigne

Leïla Slimani : «On a échoué à construire une Europe des âmes»

«Je suis inquiète quand je vois ce qui se passe en Italie, en Autriche, en Pologne.

Ce qui m’atterre surtout c’est que, il y a quatorze ans, quand j’étais à Sciences-Po, on rêvait tous de l’Europe! On rêvait tous d’être fonctionnaires européens ! On rêvait tous d’Erasmus qui permettait de mesurer nos ressemblances et non nos dissemblances !

Aujourd’hui, c’est presque à la mode d’être contre l’Europe, j’ai l’impression que nous sommes passés définitivement dans une ère post-nationaliste.

Depuis l’époque où je faisais mes études, rien ne s’est passé comme prévu.

Le projet européen, c’est vrai, n’est pas parfait, il y a un déficit démocratique évident.

On a échoué à construire une Europe des âmes.

On a tant voulu maîtriser le projet qu’il est devenu trop technocratique, trop froid. Et il faut entendre le fait qu’on ne bénéficie pas tous de l’Europe de la même façon, il faut entendre ceux qui considèrent le projet incompréhensible.

Mais, face aux dangers qui nous guettent et aux risques de guerre, on doit essayer de se comporter de façon plus intelligente.»

 

Ce texte est extrait de la prise de position de huit écrivains pour l'Europe publiée dans le journal Libération. Voir ici.