Pour Anouar Kbibech, « Les musulmans de France ont vécu cette pandémie comme une épreuve divine»

Anouar Kbibech, président du Conseil français du culte musuman (CFCM) de 2015 à 2017 et actuel président du Rassemblement des musulmans de France (RMF) s'est entretenu avec le Fifaror à l'occasion de la fin du Ramadan. 

LE FIGARO. – Quel bilan tirez-vous de ce ramadan confiné?

Anouar KBIBECH. – Le ramadan en confinement a eu une « saveur » très particulière. L’essentiel a été sauvegardé. Les jeûnes dans la journée et les prières suré- rogatoires la nuit ont pu être respectés et accomplis… en petite famille. Bien sûr, il manquait la convivialité des ruptures du jeûne en famille élargie ou entre amis. Et la ferveur spirituelle des nuits de ramadan à la mosquée n’était pas au rendez- vous. Mais, dans l’ensemble, les finalités du ramadan ont pu être accomplies, avec le dépassement des contraintes du corps par le raffermissement de la foi.

Comment la communauté musulmane a-t-elle réagi à l’épidémie ?

Les musulmans de France ont fait preuve d’une grande capacité d’adaptation. Tout d’abord, ils ont complètement intégré la nécessité du confinement et le respect des gestes barrières. Ils ont été évidemment meurtris de ne pas pouvoir aller à leur mosquée préférée pour les prières nocturnes de « Tarawih ». Mais ils ont vécu cette pandémie comme une épreuve divine à laquelle il faut faire face et un destin qu’il fallait accepter. Les iftars, dîners de rupture du jeûne, en famille restreinte et les prières avec femme et enfants ont permis de raffermir les relations familiales. Les mosquées se sont également adaptées : les iftars organisés pour les jeunes et les sans famille se sont transformés en « Panier de l’iftar » que chacun a pu passer récupérer dans une plage horaire précise à la mosquée dans le respect des règles de distanciation sociale. Certaines mosquées ont même organisé des « iftars drive » avec distribution des paniers à des fidèles qui passaient en voiture récupérer leur repas sans descendre de leur voiture. Les imams se sont également adaptés.

Les conférences et autres causeries religieuses ont été transportées sur les réseaux sociaux. Des « Live » ont été diffusés sur Facebook et Twitter, au bonheur des fi- dèles confinés chez eux.

Quand envisagez-vous de reprendre les prières collectives?

Quand les conditions sanitaires seront satisfaites. Toutes les religions s’accordent sur la priorité absolue qui doit être donnée à la préservation de la vie. D’après l’avis des scientifiques, ces conditions ne seront pas réunies pour la prière de Aïd al-Fitr qui aura lieu très probablement ce dimanche. Et cette reprise doit se faire d’une manière progressive.

La reprise des prières collectives est-elle soumise à des conditions particulières?

Dès le 6 mai, le RMF a appelé les responsables des lieux de culte musulman à préparer activement le plan d’ouverture des salles de prières, afin d’accueillir les fidè- les, le moment venu, dans les meilleures conditions sanitaires possibles. À ce titre, nous avons formulé des recommandations très précises à respecter rigoureu- sement pour éviter que les mosquées deviennent des « clusters » de propagation de la pandémie. ■

Propos recueillis par J.-M. G. (Le Figaro)