Pluie d'hommages pour Jacques Chirac

Jacques Chirac s’est éteint, et une pluie d’hommages dépassant les clivages partisans s’est abattue sur la France, jeudi 26 septembre.

Le premier ministre Édouard Philippe s’est dit « très ému et un peu nostalgique »« comme tous les Français », après le décès de Jacques Chirac, « un homme qui a compté dans la vie du pays ». « Le décès de Jacques Chirac emplit la France de tristesse », a estimé le premier ministre auprès du quotidien régional Paris Normandie« Nous perdons un homme qui a compté dans la vie du pays. Et dans la mienne », a-t-il insisté.

« Quand j’étais jeune, il était le patron de mes deux patrons en politique », a-t-il souligné, en référence à l’ancien premier ministre Alain Juppé et l’ancien maire du Havre Antoine Rufenacht. « C’est dire combien je le respectais. J’aimais l’homme, j’étais fasciné par le politique et j’admirais sa capacité à incarner la France », a poursuivi Édouard Philippe.

Le décès de Jacques Chirac jeudi est « une page de notre histoire à tous qui se tourne » et « une part de la France qui s’en va », a estimé le dernier Premier ministre de Jacques Chirac, Dominique de Villepin.

Jacques Chirac « a su être le visage d’une France de la diversité et des terroirs, de l'enracinement et de l'ouverture au monde », a ajouté l'ancien secrétaire général de l'Élysée et hôte de Matignon de 2005 à 2007, dans un communiqué. « Aujourd'hui je pleure un homme qui a occupé une place immense dans ma vie, à qui je dois mon engagement en politique et la fierté d'avoir pu servir et représenter mon pays. Merci Monsieur le président ».

Alain Juppé, son lieutenant préféré, fait part de « l’immense tristesse qui [l’]étreint » « Pendant plus de quarante ans, j’ai vécu avec Jacques Chirac une relation exceptionnelle de fidélité, de confiance, d’amitié réciproques, qui n’était pas seulement politique mais d’abord personnelle. »

Après avoir eu une relation plus conflictuelle, son successeur à l’Elysée, Nicolas Sarkozy, déplore : « C’est une part de ma vie qui disparaît aujourd’hui. » L’ancien président de 2007 à 2012 salue également « la stature imposante et la voix si particulière de Jacques Chirac » qui « ont accompagné la vie politique française pendant un demi-siècle ».

Pour le chef de file des députés Les Républicains, Christian Jacob, l’un des grognards de la campagne présidentielle de 1995, resté fidèle au Corrézien, « la famille gaulliste perd un de ses plus grands inspirateurs »« Ma peine immense est à la hauteur du respect, de l’admiration et de l’affection que je lui portais », ajoute-t-il.

e Corrézien part avant certains de ses anciens adversaires politiques. L’ancien président Valéry Giscard d’Estaing, dont il a été premier ministre, a dit son « émotion ». Tout comme Edouard Balladur, ancien premier ministre et « ami de trente ans » au sein du RPR, qui avait finalement perdu face à lui à l’élection présidentielle de 1995.

« L’histoire de France tourne une page »

Au sein de l’opposition aussi, l’hommage est unanime. « J’ai eu le privilège de gouverner la France sous sa présidence », écrit Lionel Jospin, son premier ministre de cohabitation pendant quatre ans. Tout en reconnaissant des divergences sur le plan intérieur, il souligne qu’« en politique étrangère, nous avons veillé tous deux à ce que notre pays parle d’une seule voix et soit respecté sur la scène internationale ».

La maire de Lille et ancienne numéro deux de ce gouvernement de cohabitation Martine Aubry évoque « la mémoire de celui qui, à des moments cruciaux, a su se mettre à la hauteur de l’histoire et a grandi la France ». Pour le chef de file de La France insoumise, Jean-Luc Mélenchon, « l’histoire de France tourne une page. Recevons la tristesse car elle a ses raisons. Il aimait la France mieux que d’autres depuis ».

Parmi ses amis comme ses adversaires, on salue l’homme du non français à la guerre en Irak porté par le discours de Dominique de Villepin à l’ONU. Pour ce dernier, c’est « une part de la France qui s’en va »« Bien qu’ayant été un adversaire politique du Front national pendant des décennies, nous nous souviendrons de son refus de participer à la seconde guerre d’Irak en 2003, qui fut l’un des derniers actes de souveraineté d’un chef d’Etat français », écrit la présidente du Rassemblement national Marine Le Pen, comme pour marquer sa distance avec la haine tenace liant son père à l’ancien président. Son adversaire du coup de tonnerre politique le 21 avril 2002, Jean-Marie Le Pen, est lapidaire : « Mort, même l’ennemi a droit au respect. »

Registres de condoléances

Bruno Le Maire, qui l’a servi à l’Elysée, rappelle son rôle de rempart : « J’ai aimé Jacques Chirac pour sa constance à dire non aux extrêmes, à toutes les forces de haine et de mépris qui, elles, hélas, ne meurent jamais. » A Paris, les hommages sont appuyés envers l’ancien maire (de 1977 à 1995), qui avait fait de l’Hôtel de Ville son tremplin vers l’Elysée. « Pour nous les Parisiennes et les Parisiens, il sera à jamais notre maire, aimant passionnément sa ville et ses habitants », écrit Anne Hidalgo, annonçant l’ouverture de registres de condoléances.

Son successeur Jean Tiberi se souvient d’« un grand président, surtout un grand maire de Paris. Les choses n’étaient pas simples au départ et il l’a fait avec passion ». Candidat pour l’élection municipale dans la capitale, le député LRM Cédric Villani salue sa mémoire : « Il a porté la voix de l’universalisme français dans le monde et alerté l’humanité face au dérèglement climatique. » De même que son rival LRM Benjamin Griveaux, qui dit sa « grande tristesse ».

« Un formidable partenaire et ami »

Sur la scène internationale, la chancelière allemande, Angela Merkel, honore « un formidable partenaire et ami », le président de la Commission européenne, Jean-Claude Juncker, regrette que « l’Europe perd(e) une de ses figures de proue, la France un grand homme d’Etat, et moi un ami fidèle ». Le premier ministre libanais, Saad Hariri, salue l’un des « plus grands hommes » de la France.

A Moscou, le président Vladimir Poutine, qui l’a côtoyé en tant que chef d’Etat entre 2000 et 2007 et avait déjà professé son admiration à son égard, regrette un « dirigeant sage et visionnaire ayant toujours défendu les intérêts de son pays ». Le premier ministre britannique, Boris Johnson, salue en anglais « un leader politique formidable qui a façonné le destin de son pays », avant d’adresser en français ses condoléances « à sa famille, à ses proches et au peuple français ».

On pleure aussi le Parisien de naissance, député de Corrèze qui avait su incarner les campagnes. « L’amour de Jacques Chirac pour la Corrèze, pour Paris et pour la France lui était rendu par les Français, qui perdent aujourd’hui un père de la République », souligne Dominique Bussereau, son ancien ministre et président de l’Assemblée des départements de France.

François Hollande, qui partageait son ancrage corrézien et avait bénéficié de son soutien surprise en 2011 face à Nicolas Sarkozy, abonde : « Il aimait les gens, qui lui rendaient en affection ce qu’il leur avait offert en sympathie. »

Source : Différents quotidiens de presse