Maroc : Les vingt ans de règne de Mohammed VI analysés par la presse française

Le Maroc célèbre les vingt ans de règne du roi Mohammed VI, qui s’était profilé lors de son accession au trône comme "le roi des pauvres". Aujourd’hui, il reconnaît lui-même l’échec de sa politique de modernisation du pays pour les Marocains les moins favorisés. Lors de son discours anniversaire, il s’est fixé comme nouvel objectif de "réduire les inégalités sociales et les disparités spatiales". La presse française lui a consacré de nombreux articles pour dresser le bilan de ces vingt ans. Revue de presse partielle.

Dans Le Point, le chercheur Sébastien Boussois estime que la monarchie doit accentuer sa politique sociale pour jouer pleinement son rôle de pays pivot.

Depuis 1999 et l'arrivée sur le trône de Mohammed VI, le Maroc a beaucoup évolué politiquement et socialement, et ce, bien avant les révoltes arabes de 2011. Ancré dans l'histoire et tourné vers le futur, le Maroc fait partie de ces pays attachés à leur monarchie, mais qui aspire également à un changement en profondeur et en douceur. Dès son accession au pouvoir, Mohammed VI, le nouveau monarque, un temps appelé « roi des pauvres », a rapidement entendu les appels aux réformes et au développement lancés par sa population. Ainsi, il a entamé une série de grands chantiers d'infrastructures et de création de filières industrielles, ainsi qu'une remarquable politique d'essor des énergies renouvelables, accompagnée d'un « plan vert » sans équivalent dans le monde arabe. 

(…) Hélas, cela ne suffit plus pour pallier la pauvreté globale des Marocains, lutter contre le chômage endémique des jeunes, endiguer le nombre de candidats au départ, permettre à des millions de Marocains de se soigner, ni pour améliorer la capacité de l'État à enrayer la corruption. 

(…) Alors que l'Algérie est en pleine transition pour reprendre son destin en main, mais également sa place sur le continent et dans le monde, le Maroc profite du vide laissé par son voisin et rival. À vrai dire, le fait historique qui pourrait dynamiser toute la région serait de trouver une solution à la question du Sahara (revendiqué à la fois par Rabat et le Front Polisario soutenu par Alger, NDLR), mais également de rouvrir la frontière entre les deux pays, qui reste un traumatisme pour des millions de Marocains et d'Algériens. Les défis sont donc immenses pour préserver ce qui fait, aux yeux de ses partenaires internationaux, la valeur stratégique du Maroc : sa stabilité. C'est tout l'enjeu de la suite du règne de Mohammed VI : rendre pérenne cet équilibre par un progrès social plus étendu, et laisser à son fils un royaume qui, plus que jamais, jouerait le rôle triplement stratégique de pays pivot pour le Maghreb, l'Afrique et l'Europe.

 

Pour Le Monde, "ce roi est discret comme un souverain scandinave. On ne le voit pas tous les soirs au journal télévisé. Il ne donne pas d’entretien à la presse. Son portrait orne toutes les boutiques et toutes les administrations du pays, mais souvent plus effacé qu’imposant. Cet homme est pourtant omniprésent : le Maroc d’aujourd’hui porte la marque des vingt ans de règne de Mohammed VI. (…) « M6 » assume pleinement son mode de gouvernance : la monarchie exécutive. Son leadership est plus affirmé que jamais. Dans la typologie des monarchies, celle du Maroc appartient à la catégorie opérationnelle – à 100 %. Le patron de l’exécutif, c’est lui, le roi, adoubé, en ces terres musulmanes, du titre de « commandeur des croyants ». Le bilan de ces vingt ans, qui ont durablement transformé et modernisé le Maroc, sur fond d’inégalités abyssales et de tensions sociales permanentes, porte sa signature."

Le Figaro constate que "pour l’heure, «M6» a survécu aux vents révolutionnaires des printemps arabes de 2011, en pilotant une réforme constitutionnelle qui a renforcé les prérogatives du premier ministre. On a ainsi assisté ces dernières années à un bras de fer entre le PJD, le Parti de la justice et du développement, proche des Frères musulmans, et le Palais, qui est responsable des secteurs régaliens - défense, sécurité intérieure et affaires extérieures. Le roi, qui est commandeur des croyants, est parvenu à contenir les visées de l’islam politique. Et face aux terroristes, le combat n’a pas cessé depuis les attaques de Casablanca (33 morts en 2003) et de Marrakech (17  morts en 2011). Samedi dernier encore, la police annonçait le démantèlement à Tanger d’une «cellule terroriste» et l’arrestation de ses cinq membres accusés d’être liés à l’État islamique (EI). Au moment où la Tunisie entre dans un cycle électoral inédit et où l’Algérie connaît de nouvelles convulsions révolutionnaires, le Maroc et son roi ont le don de rassurer de ce côté-ci de la Méditerranée. Mais l’inquiétude est plus grande au sein du royaume."

Egalement dans Le Figaro, Pierre Vermeren, professeur d’histoire du Maghreb contemporain à l’université Paris-I Panthéon-Sorbonne et auteur de plusieurs livres sur le Maroc, passe en revue les vingt années de règne de Mohammed VI. Pour lui, "le fait d’avoir traversé tant de turbulences en vingt ans est a posteriori un signe de bonne santé: la succession tant redoutée de 1999 après le règne de fer de Hassan II, le procès des années de plomb, la gestion des oppositions hostiles au système, le terrorisme salafiste qui frappe autant au Maroc à plusieurs reprises (2003, 2007, 2011) qu’à l’étranger par des exilés marocains ; et puis les printemps arabes et le mouvement du 20 février, la guerre au Sahel, les tensions au Sahara et avec l’Algérie, le djihadisme international, le mouvement du Hirak dans le Rif, la contestation sociale endémique, etc. Rien n’a été épargné au régime, et il est toujours là."

La presse régionale de l'Est de la France a consacré deux pleines pages aux vingt ans de règne de Mohammed VI : 

Malgré le modernisme et la bonne volonté affichée par le roi du Maroc, qui célèbre ses vingt ans de règne, le royaume reste miné par les inégalités sociales.

À cette désespérance sociale, Mohammed VI n'a pour l'instant répondu que par une politique de grands chantiers (liaison TGV, centrale solaire Noor, port Tanger Med), des discours promettant de s'attaquer à la réduction des inégalités.. et une sobriété toute nouvelle sur les réseaux sociaux, où il postait jusqu'à l'an dernier des selfies réguliers de ses luxueux séjours à l'étranger. Car le roi des pauvres », tel qu'on Pavait surnommé au début de son règne, est aussi la première fortune du royaume. Et parmi les plus grandes du monde selon Forbes.

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