Lutte contre les fausses nouvelles : la science est également concernée

Maglor se fait un point d'honneur de lutter contre les fausses nouvelles ou les fake-news comme le dit un anglicisme courant. Cette lutte ne concerne pas seulement le monde politique aujourd'hui envahi de fausses informations distillées par la Russie, Trump ou l'extrème droite pour saper la démocratie, elle touche également le monde scientifique et plus particulièrement celui de l'environnement et de la médecine.

(Agence Science Presse) - Bien que médecins et infirmières soient confrontés depuis longtemps aux patients qui ont cherché des informations sur leur maladie à partir d'internet et ont déjà décidé ce que devrait être leur traitement, l’ère des réseaux sociaux y a ajouté des « nouvelles » qui peuvent se répandre plus vite et plus loin — et à l’intérieur de groupes déjà prédisposés à y croire.

Du coup, les « effets secondaires » ne se limitent pas à ceux d’un traitement malavisé — un charlatan qui recommande sa cure miracle ou qui recommande l’abandon d’un traitement médical. Les effets peuvent affecter tout un groupe social, notaient plus tôt ce mois-ci trois chercheurs dans le Journal de l’Association médicale américaine(JAMA) : « par exemple, les rumeurs sur les médias sociaux qui circulaient pendant l’épidémie d’Ebola de 2014, au point de créer de l’hostilité contre les travailleurs de la santé. Un défi pour les efforts de contrôle de l’épidémie ».

Dans leur courte analyse, ils citent une poignée de chercheurs qui, dans la dernière année, ont commencé à s’inquiéter de ces phénomènes — le refus de faire vacciner ses enfants étant la pointe de l’iceberg — et qui sont arrivés aux mêmes constats que ceux qui se sont inquiétés de la prolifération des fausses nouvelles en politique : ces phénomènes sont toujours facilités par des groupes de gens qui vivent dans une bulle informationnelle, où ils en viennent à ne s’alimenter qu’à des sources d’information confirmant leurs idées préconçues.

Le phénomène est pareillement documenté du côté de l’information environnementale. Ceux qui rejettent systématiquement l’information sur les changements climatiques réinterprètent l’information qu’ils reçoivent en fonction de leurs biais cognitifs, les conduisant à « déconstruire les données climatiques d’une façon qui entre en conflit », écrivaient en septembre trois chercheurs de l’Université de Pennsylvanie en sciences de la communication, dans la revue PNAS.

Solution commune à toutes les thématiques, la santé comme l’environnement et même la politique : « affaiblir les effets de la chambre d’écho », lit-on dans le texte du JAMA. Ce qui est plus facile à dire qu’à faire : parce que si les gens s’enferment dans de telles situations où ils n’écoutent que ce qu’ils veulent entendre, c’est en parallèle parce qu’ils ont perdu confiance dans le discours des « experts » et des « institutions », y compris le gouvernement et les médias.

Pour ceux de la revue PNAS, le fait que le thème climatique soit également associé à une polarisation politique — plus on est de droite, plus on est à risque de rejeter les changements climatiques — facilite un peu la tâche. Les trois auteurs imaginent des expériences à cheval sur l’information environnementale et politique, où on exposerait les gens d’une bulle idéologique X à davantage d’informations de la bulle idéologique Y, mais sans tenter de les convaincre de quoi que ce soit. Le résultat de leur propre expérience préliminaire : « Nous montrons que l’exposition à des croyances opposées, dans des réseaux sociaux structurés de façon bipartisane, améliore substantiellement la justesse des jugements, autant parmi les conservateurs que parmi les libéraux, éliminant [leur] confiance en la polarisation. »

Les auteurs du JAMA, en revanche, ne proposent pas de pistes concrètes pour combattre la désinformation en santé, au-delà des grandes généralités : commencer par étudier comment la désinformation est diffusée et partagée.

Un état de la situation qui ne satisfait pas le cardiologue Haider Warraich. Écrivant dans le New York Times le 16 décembre sur la désinformation en santé à l’heure d’Internet, il concluait : « Les fausses nouvelles menacent notre démocratie, les fausses nouvelles médicales menacent nos vies. » Sa solution personnelle passe par une responsabilisation des géants d’Internet : « Je ne suis pas un expert en liberté d’expression, mais lorsque la santé humaine est en danger, les engins de recherche, les plateformes de médias sociaux et les sites Web devraient être tenus pour responsables de promouvoir ou d’accueillir de la fausse information. »

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Qu’est-ce qui rend une personne plus susceptible de croire à des fausses nouvelles ?

Selon une nouvelle recherche, ce serait le fait que cette personne se retrouve dans au moins une de ces trois catégories : « individu enclin aux illusions », dogmatiste ou fondamentaliste religieux. Si cette liste semble relever de l’évidence, c’est l’association entre ces groupes et le concept de fausse nouvelle qui ouvre des perspectives inédites pour les psychologues.

Une des choses que soulignent les auteurs de la nouvelle étude, parue dans le Journal of Applied Research in Memory and Cognition, est que ces personnes qu’ils qualifient « enclins aux illusions » (en anglais, delusion-prone) — qui tiennent un discours irrationnel, qui s’inventent des histoires, que l’on décrit parfois comme détachés de la réalité, etc. — ne sont ni plus ni moins susceptibles que les autres d’identifier ou de rejeter des nouvelles authentiques. Ces gens montrent juste une « croyance accrue envers les manchettes de fausses nouvelles ».

Ce n’est pas la première fois que des études sur la désinformation s’intéressent à eux : entre autres, une recherche en 2015 établissait qu’ils étaient plus « à risque » de croire aux théories du complot et une recherche en 2011 les plaçait plus souvent dans le spectre des défenseurs du paranormal. Ce genre de conclusion surprend donc moins les observateurs. Mais c’est l’association avec les « dogmatistes » et les « fondamentalistes religieux » qui étonne. On sait depuis longtemps que ces derniers sont plus susceptibles de rejeter les nouvelles qui vont à l’encontre de leurs croyances, mais on n’a pas l’habitude de les voir regroupés dans la même catégorie que les « enclins aux illusions ».

Aux racines de cette crédulité collective serait, dans le jargon de la psychologie, la plus faible probabilité que ces gens s’engagent « activement dans une réflexion analytique et ouverte d’esprit, laquelle peut généralement décourager les croyances improbables ».

L’étude a porté sur 948 Américains recrutés en ligne et à qui ont été présentées 12 vraies nouvelles et 12 fausses, telles qu’elles auraient pu apparaître sur leurs réseaux sociaux. Les participants devaient également remplir des questionnaires susceptibles de les catégoriser, par exemple sur l’échelle du « dogmatisme ».

Les chercheurs voient la relative petite taille de leur expérience comme un premier pas, dans un effort pour mieux comprendre la façon dont le citoyen traite l’information à notre époque. Il se trouve que, depuis deux ou trois ans, plusieurs experts en psychologie cognitive sentent une pression pour investiguer cette épineuse question — et pour proposer des pistes de solutions pour amener davantage de gens à s’engager « activement dans une réflexion analytique et ouverte d’esprit ».