Les Musulmans de France se disent « trahis » par Tariq Ramadan

Vendredi 6 septembre dernier, Jean-Jacques Bourdin recevait Tariq Ramadan à l'antenne de BFMTV. L’occasion pour le théologien de s’expliquer sur les 4 viols dont il est accusé. Un passage télévisuel et radiophonique qui a profondément « choqué » la fédération Musulmans de France, dont l’islamologue était, il y a encore peu, une vedette. En cause : « les révélations faites pour la première fois par l’intéressé quant à ses liaisons extraconjugales multiples et répétées » explique la fédération.

La fédération Musulmans de France (ex-UOIF) s’est dite « trahie par le comportement » du théologien Tariq Ramadan, « en totale contradiction avec les principes attendus d’un homme qui prône l’islam », après ses déclarations sur ses relations extra-conjugales.

« Nous nous sentons trahis par le comportement révélé par monsieur Ramadan », écrit l’ex-Union des organisations islamiques de France (devenue Musulmans de France, MF, en 2017) dans un communiqué publié sur son site, quelques jours après une interview télévisée de l’islamologue suisse, mis en examen pour des viols qu’il réfute.

« Nous sommes […] interpellés par les révélations faites […] par l’intéressé quant à ses liaisons extraconjugales multiples et répétées », affirme MF, dans un communiqué cinglant. Le théologien a longtemps été une vedette récurrente du salon annuel de MF en région parisienne, où ses conférences attiraient les foules.

La fédération « choquée »

MF précise que s’il ne lui « appartient pas de commenter cette affaire sur le plan judiciaire », elle a néanmoins le « devoir de [s'] exprimer », au vu de « de la place importante » donnée à M. Ramadan « au sein de la communauté musulmane de France, notamment les plus jeunes » par le passé.

Elle dénonce un « comportement qui s’avère en totale contradiction avec les principes éthiques et moraux attendus d’un homme qui prône l’islam, appelle à sa spiritualité et à ses valeurs, et répond aux interrogations d’un public essentiellement jeune et à la recherche de modèles », ajoute la fédération.

« MF est choquée par l’écart béant entre les dires et le comportement de monsieur Ramadan, écart qu’elle n’a jamais soupçonné. Elle n’en a jamais été informée, ni n’a observé un quelconque comportement de l’intéressé en désaccord avec l’éthique musulmane », ajoute-t-elle.

Dans son communiqué, MF rappelle que « les imams, les prédicateurs et les cadres religieux musulmans » sont tenus de vivre « avec une moralité cohérente avec ce qu’ils prêchent et à la hauteur de ce qu’attend d’eux leur public ».

Tariq Ramadan accusé de quatre viols

Tariq Ramadan est mis en examen pour deux viols en France. Il a d’abord nié tout rapport sexuel avec ces deux femmes, avant d’être contredit par l’enquête et d’évoquer ensuite des « relations consenties ». Il est également accusé par deux autres femmes de viols, dont l’un en réunion, des plaintes déposées en mars 2018 et juillet dernier.

Lors d’une interview vendredi sur BFMTV, il a reconnu avoir « été en contradiction avec certaine de (ses) principes » et avoir menti au sujet de ses relations intimes avec certaines plaignantes « pour protéger (sa) famille ».

En savoir plus: 

Le communiqué de la Fédération des Musulmans de France

L’affaire dite « Tariq Ramadan » vient de revenir au-devant de l’actualité suite à l’invitation et aux explications de l’intéressé dans l’émission « Bourdin Direct » de BFM TV de ce vendredi 6 septembre.

Il n’appartient pas à MF de commenter cette affaire sur le plan judiciaire. L’innocence de monsieur Ramadan ou sa culpabilité sont du ressort exclusif de la justice de laquelle nous  attendons tous objectivité et neutralité. Nous sommes cependant interpelés par les révélations faites pour la première fois par l’intéressé quant à ses liaisons extraconjugales multiples et répétées.

Loin de nous l’idée de prononcer une condamnation de l’homme, le jugement définitif de chacun revient à Dieu. Mais, monsieur Ramadan a occupé une place importante  au sein de la communauté musulmane de France, notamment les plus jeunes. Nous y avons contribué à travers la RAMF* et les invitations qui lui étaient régulièrement lancées par nos différentes associations membres. Nous avons par conséquent le  devoir de nous exprimer.

Nous nous sentons trahis par le comportement révélé par monsieur Ramadan, comportement qui s’avère en totale contradiction avec les principes éthiques et moraux attendus d’un homme qui prône l’islam, appelle à sa spiritualité et à ses valeurs, et répond aux interrogations d’un public essentiellement jeune et à la recherche de modèles.

MF est choquée par l’écart béant entre les dires et le comportement de monsieur Ramadan, écart qu’elle n’a jamais soupçonné. Elle n’en a jamais été informée, ni n’a observé  un quelconque comportement de l’intéressé en désaccord avec l’éthique musulmane. 

MF tient à rappeler que les imams, les prédicateurs et les cadres religieux musulmans sont appelés à se sentir et à vivre sous le regard permanent de Dieu. C’est-à-dire avec une moralité cohérente avec  ce qu’ils prêchent et à la hauteur de ce qu’attend d’eux leur public.

Tout en étant des êtres humains et donc susceptibles d’erreur ou d’écart minime ou passager, ils restent appelés à la sincérité renouvelée et à la recherche de l’exemplarité.  

Musulmans de France,

La Courneuve, le 9 septembre 2019.

* RAMF : Rencontre Annuelle des Musulmans de France organisée annuellement par MF