Les élections législatives de ce dimanche en Tunisie marquées par l'incertitude

Les Tunisiens sont appelés aux urnes ce dimanche pour des élections législatives où l'incertitude prévaut, ce qui pourrait compliquer le processus de formation d'une coalition dans un contexte économique fortement dégradé.

(Reuters) - Plus de huit ans et demi après le renversement de l'autocrate Zine Ben Ali en janvier 2011, au terme de la « révolution du jasmin », de nombreux Tunisiens ont un sentiment de frustration et de désillusion vis-à-vis de la politique.

Je ne voterai pas parce que je suis convaincu que les nouveaux dirigeants seront pires que les précédents, estime Karim Abidi, un coiffeur de 29 ans à Tunis.

Trois semaines plus tôt, lors du scrutin présidentiel, les électeurs ont rejeté la classe politique en place pour se tourner vers deux candidats hors système.

Le professeur de droit Kaïs Saïd et l'homme d'affaires Nabil Karoui, qui est en détention depuis le mois d'août, s'affronteront lors d'un deuxième tour le 13 octobre prochain.

Mais les élections de dimanche seront scrutées avec plus d'attention, car c'est le Parlement qui est chargé d'élire le premier ministre, qui supervise la plupart des portefeuilles.

En vertu de la Constitution tunisienne de 2014, un premier ministre issu du plus grand parti au Parlement contrôle la plupart des politiques intérieures, tandis que le président n'exerce qu'un contrôle direct que sur les Affaires étrangères et la Défense.

Une possible impasse

Mais si le plus grand parti n'obtient pas un grand nombre de sièges, face aux nombreuses formations indépendantes, il risque d'avoir des difficultés à atteindre le seuil de 109 sièges pour obtenir la majorité.

Le parti vainqueur dispose de deux mois à compter du scrutin pour former une coalition gouvernementale avant que le président puisse demander à un autre parti d'entamer des discussions. En cas d'échec, de nouvelles élections seront organisées.

Mais après des années de chômage, d'inflation et de coupes dans les dépenses publiques, une impasse politique pourrait être dangereuse.

Les deux partis favoris, les islamistes modérés d'Ennahda et Coeur de la Tunisie de Nabil Karoui, ont promis qu'ils ne rejoindraient pas un gouvernement où l'autre formation figurerait.

Interdit sous la présidence de Ben Ali, le parti Ennahda a fortement lissé son image depuis la Révolution, se présentant comme un parti « musulman démocrate » et participant à divers gouvernements.

Le chef d'Ennahda, Rached Ghannouchi, se présente pour la première fois aux élections et espère devenir le prochain président du Parlement.