Le Portugal rappelle ses émigrés

Revenir, rentrer au pays. Le message est clair: désormais, le pays des Œillets offre des conditions économiques telles que les Portugais qui le souhaitent peuvent revenir y vivre.

L'immigration portugaise en France a eu lieu principalement dans les années 1960/1970, pour fuir la dictature et permettre aux immigrés des conditions de vie meilleures. Les migrants portugais étaient parfois surnommés « Les gens des baraques ». La plupart ont commencé à travailler dans le bâtiment. À partir de 1973, avec la crise économique mettant fin aux trente glorieuses et la révolution des Œillets mettant fin à la dictature au Portugal en 1974, le flux a commencé à se réduire progressivement. Aujourd'hui, il y a environ 1,5 million des personnes d'origine portugaise vivant en France, principalement dans les grandes villes et en banlieue (comme dans le Val-de-Marne ou à Saint-Denis). Le Grand-Duché de Luxembourg accueille aujourd'hui un peu plus de 96 000 immigrés portugais sur son territoire.

La nouvelle mesure mise en place par le gouvernement d'Antonio Costa, le programme «Regressar», pourrait changer la donne et attirer de nombreux candidats vers le retour au pays. Le gouvernement portugais a en effet annoncé ce lundi 22 juillet son nouveau programme RegressarCelui-ci se traduit par Revenir en français. Il vise à faire revenir des émigrés portugais sur le territoire et les aider à trouver un emploi afin de palier le manque de main d'oeuvre.

Les aides financières prévues par ce programme peuvent s'élever jusqu'à 6.536€ pour une personne selon O Jornal EcónomicoMiguel Cabrita, le secrétaire d'État de l'Emploi, a annoncé un budget s'élevant à 10 millions d'euros. Il a pour objectif de ramener 3.000 émigrants au Portugal. 

Le programme Regressar s'appliquera jusqu'au 31 décembre 2020. Il se destine à tous les émigrants qui sont partis et qui souhaitent débuter une activité professionnelle au Portugal. "Toute la diaspora portugaise avec toute sorte de qualifications" est invitée à rejoindre le programme précise Miguel Cabrita, les descendants d'émigrés portugais peuvent également en faire partie. 

Ce programme répond à un manque de demande d'emploi sur le territoire portugais. Le gouvernement explique que Regressar a pour but de "faire face à la demande de main d'oeuvre aujourd'hui ressenties dans certains secteurs de l'économie portugaise, renforçant la création d'emploi, le paiement de contributions pour la sécurité sociale, l'investissement et la lutte contre le vieillissement démographique."

Le secrétaire d'État de l'Emploi évoque l'évolution inattendue du pays sur Radio Alfa, "le Portugal d'aujourd'hui, de 2019, est un Portugal qui a changé très rapidement, beaucoup plus que toutes les prévisions économiques n'avaient pu l'anticiper." Il rajoute que le "problème" ne se trouve pas dans le chômage mais plutôt "dans les difficultés de recrutement de la part des entreprises."

Jeunes qualifiés

On estime que près de 100.000 Portugais ont quitté leur pays chaque année durant les cinq ans de la terrible crise économique et financière. Une hémorragie, au vu d’un petit pays de 10 millions d’habitants. Pour la première fois de son histoire, l’émigration a concerné une tranche d’âge de jeunes qualifiés et bien formés, mais sans possibilité de trouver un emploi dans leur propre pays. Au plus fort de la crise, le chômage avait atteint 18% de la population active.

En début de législature socialiste, le taux est revenu à 12% et aujourd’hui le chômage se situe aux alentours de 6,5% de la population active. «Nous ouvrons grand les bras pour accueillir nos ressortissants. Nous voulons leur montrer que le pays va mieux, qu’il a les conditions de développement nécessaires à l’installation. C’est une question de justice», déclare Miguel Cabrita, le Secrétaire d’État à l’emploi qui coordonne l’initiative.

«Regressar» s’adresse à tous les Portugais et à leurs descendants. La mesure concerne en effet le regroupement familial. Toutefois, la condition essentielle est de travailler au Portugal, comme employé, et sous un régime de contrat à durée indéterminée. Le programme exclut donc les créations d’entreprises et les auto-entrepreneurs. Le contrat de travail doit être signé entre le 1 er janvier 2019 et le 31 décembre 2020. Il n’y a aucune restriction concernant le type de qualification dont dispose le candidat au retour.

Mais il ne faut pas avoir résidé au Portugal les trois années précédant le dépôt de candidature. L’aide de base s’élève à 2.614 euros, majorée de 10% pour chaque membre de la famille du requérant. A cela s’ajoutent des aides au voyage et au déménagement. Le montant total de l’aide peut atteindre 6.536 euros et elle est complétée par la réduction de 50% des impôts sur le revenu durant cinq ans, pour ceux qui reviendraient au Portugal en 2019 et 2020.

Des objections

«Nous avons édité un "manuel de l’émigré" qui est destiné à nos consulats et nos représentations diplomatiques afin de répondre aux questions de ceux qui veulent revenir. Les atouts que nous mettons en avant sont: la sécurité du pays, l’accès aux soins tendanciellement gratuits et la qualité de l’enseignement», explique le Secrétaire d’État aux Communautés, José Luis Carneiro.

Le dispositif a soulevé des objections. La droite dans l’opposition y voit une mesure électoraliste avant les législatives du 6 octobre prochain. D’autres s’interrogent sur la conformité constitutionnelle du dispositif qui introduit une disparité fiscale entre les citoyens. Quant aux premiers concernés, les émigrés, ils sont sceptiques.

«Je pense que seules les personnes qui n’ont pu s’intégrer ou qui ont épuisé toutes les ressources sociales du pays d’accueil seront intéressées. Les 6.500 euros offerts pour rentrer, c’est l’équivalent de ce que je gagne en un mois. J’aurais gros à perdre pour ma retraite si je partais maintenant. Je ne suis pas sûr que cette mesure fonctionne», estime José do Rosario qui vit et travaille en Suisse depuis 23 ans.

Le gouvernement portugais a alloué 10 millions d’euros au programme afin de faciliter le retour de ceux qui le souhaitent.

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