Le Pacte de Marrakech : entre bobards et réalité

La rumeur enfle dans les rangs des milieux extrêmistes : le Pacte des Nations unies sur les migrations, débattu lundi 10 décembre au Sommet de Marrakech, contraindrait les États à accueillir « des millions d’immigrés ». C’est faux. Ouest-France vous explique pourquoi.

Elle circule sur les réseaux sociaux ou dans la bouche des politiques proches de Marine Le Pen… La rumeur enfle au sein de certains groupes islamophobes et recistes : une fausse information affirme que la signature, lundi, du Pacte des Nations unies sur les migrations à Marrakech (Maroc) se traduirait inévitablement par un afflux massif de migrants en Europe et en France.

Que prétend la rumeur ?

Que l’Onu veut semer « le chaos total », en laissant venir en France « des milliers » voire « des millions » de migrants. Cible de ces rumeurs : le Pacte mondial sur les migrations, qui doit être approuvé par les dirigeants du monde, dont Emmanuel Macron, lundi et mardi, à Marrakech. Sur le Net, de nombreux messages, relayés par des internautes qui se présentent comme des Gilets jaunes, appellent à « bloquer ce vote par tous les moyens ».

Ces allégations sont aussi alimentées par des politiques. Sur Twitter, mercredi, Marine Le Pen a dénoncé un « pacte diabolique », une « nouvelle étape dans la submersion organisée de notre pays »Selon Le Monde, ces fausses informations circulaient depuis 2017 au sein de la droite américaine et de mouvements radicaux d’Europe de l’Est, avant d’être reprises par l’extrême-droite française, allemande, etc… L’association islamophobe suisse Riposte Laïque appelle ainsi à « bloquer Macron au sol lundi ».

En quoi consiste ce pacte ?

Non-contraignant, ce pacte n’impose rien, mais incite les États à gérer les migrations à l’échelle mondiale et non chacun dans son coin. Vingt-trois propositions sont listées pour les aider à faire face à l’arrivée de migrants, faciliter leur intégration, mieux échanger entre eux… Le texte appelle aussi à respecter les droits humains en interdisant les détentions arbitraires.

Fait-il l’unanimité ? Non. Seuls les deux tiers des 191 États qui l’ont déjà approuvé cet été, à New York, ont confirmé leur venue au Maroc, lundi, pour le valider. Les États-Unis n’y seront pas : ils s’étaient retirés dès 2017. Israël et l’Australie refusent aussi le pacte. Comme plusieurs États européens (Suisse, Autriche, Slovaquie, Pologne, Hongrie, Tchéquie, Estonie et Bulgarie). Le gouvernement italien, lui, esquive : il renvoie la balle au Parlement, qui se réunira… après le Sommet de Marrakech. Rien de sûr non plus pour la Belgique, qui s’écharpait encore sur le sujet, jeudi. Les nationalistes flamands du parti N-VA menacent même de faire tomber le gouvernement s’il signe.

Pourquoi des pays le rejettent-ils ?

La Hongrie juge que ce pacte « favorisera les migrations ». L’Autriche redoute un « droit à l’immigration ». L’argument navre Antonio Vitorino, directeur de l’Organisation internationale pour les migrations : « La migration est devenue le bouc émissaire des problèmes culturels et sociaux. »

En savoir plus: 

Rappelons que le but de ce pacte est d’humaniser la question de la migration sans pour autant l’encourager. Surtout, le pacte de Marrakech n’impose rien : il y est explicitement écrit qu’il « établit un cadre de coopération juridiquement non contraignant » et « respecte la souveraineté des États  ». Bref, ce pacte recommande des comportements et laisse les États libres de les suivre ou pas.

Sauf que dans un contexte de forte tension sociale et sur un sujet, l’immigration, que l’on sait hautement sensible, la rumeur va vite. Et si l’on prenait plutôt le temps de lire le texte du pacte  ?