Le nouveau président algérien reçoit le nouveau recteur de la Grande mosquée de Paris

Le président algérien, Abdelmadjid Tebboune, a reçu samedi à Alger, le nouveau recteur de la Grande mosquée de Paris, Chems-Eddine Hafiz.

(APS) - "Dans le cadre des relations traditionnelles qui existent entre l'Algérie et la Grande mosquée de Paris, le président Tebboune m'a invité à lui rendre visite ici à Alger. Il m'a tout d'abord félicité pour mon élection comme recteur de la Grande mosquée de Paris et m'a exprimé ses souhaits pour ma mission et pour que je réussisse dans cette noble institution", a déclaré M. Hafiz à l'issue de l'audience.

Il a souligné que le président Tebboune lui a "réaffirmé tout l'intérêt qu'il porte à la communauté musulmane en France et en particulier à la communauté algérienne", ajoutant que le chef de l'Etat lui a demandé à ce que la Grande mosquée de Paris et l'ensemble des lieux de cultes assimilés à cette institution religieuse "mettent en œuvre l'ensemble des conditions pour que les musulmans, quelle que soit leur nationalité, soient accueillis dans les meilleures conditions pour exercer de manière décente leur culte".

Le nouveau recteur de la Grande mosquée de Paris a indiqué, en outre, que le président de la République lui a assuré de la disponibilité du gouvernement algérien à "assister la mosquée dans ses grands chantiers, notamment dans le domaine de la formation".

Il a ajouté que le président Tebboune a fait part de sa "préoccupation" quant à la montée des actes antimusulmans en France et lui a demandé de prendre "toutes les dispositions" pour lutter contre ce fléau.

"Le président Tebboune a également évoqué un sujet très important, à savoir la montée de la radicalisation, tout en appelant à véhiculer le véritable message de l'Islam qui préconise la fraternité et la solidarité.

M. Hafiz a affirmé, à ce propos, que le président de la République s'est engagé à mettre à la disposition de la Grande mosquée de Paris "tous les moyens" pour lutter contre le fléau de la radicalisation.

En savoir plus: 

À la surprise générale, le 11 janvier dernier, Chems-eddine Hafiz, avocat d’origine algérienne, a pris la relève de Dalil Boubakeur à la tête de la Grande Mosquée de Paris. Qui est-il et que peut-on attendre de cette nouvelle direction ?

Qui est Chems-eddine Hafiz ?

Algérien naturalisé français, avocat depuis 1986 à Alger et Paris, M. Hafiz est engagé dans de nombreuses associations et médias musulmans. Chevalier de la Légion d’honneur et officier de l’ordre national du Mérite, l’avocat est vice-président du Conseil français du culte musulman (CFCM). Il a été reconduit à ce poste lors des élections qui se sont tenues le 19 janvier dernier.

 

Que propose le nouveau recteur ?

C’est avant tout dans la continuité de son prédécesseur, Dalil Boubakeur, que s’inscrit Chems-eddine Hafiz. Dénonçant les dérives religieuses et la langue de bois, M. Hafiz se dit guidé « par le principe inaliénable de promouvoir l’islam générateur de tolérance, de paix, de fraternité, de progrès (...) », et souhaite investir toute son énergie afin de « prévenir toute forme de radicalisation et d’exclusion ». La Grande Mosquée « restera (...) un lieu de débats, de rencontres et d’échanges », a-t-il annoncé. Conscient du défi que représente l’image de l’islam dans la société française, M. Hafiz souhaite « innover en matière de pédagogie et de communication », travaillant à « consolider la représentation de l’islam » dans une politique de « conciliation », tout en restant dans la lignée de la tradition de la Grande Mosquée, de l’islam et des valeurs de la République : « L’islam n’est en rien en contradiction avec (...) l’esprit de la République » , a insisté Chems-eddine Hafiz.

Comment la nouvelle de ce changement a-t-elle été accueillie?

Ce changement impromptu à la tête de la Grande Mosquée a généré quelques remous dans les sphères musulmanes et médiatiques. Outre l’effet de surprise de cette transition, il est notamment reproché à M. Hafiz d’avoir, à différentes étapes de son parcours, fait des choix qui pourraient lui porter préjudice dans sa mission de conciliation et de dialogue.

Outre son action en justice, en 2006, contre Charlie Hebdo, auquel était reprochée la publication de caricatures du Prophète, perdue en appel, ainsi que contre l’écrivain Michel Houellebecq en 2001, l’avocat proche de Nicolas Sarkozy a aussi été en son temps le défenseur du Front Polisario, qui combattit dès 1973 pour l’indépendance du Sahara occidental. Ce territoire étant revendiqué par le Maroc, d’aucuns expriment des craintes quant aux relations que Chems-eddine Hafiz entretiendra avec les autorités marocaines actuelles. Fatigué de ce dernier reproche, l’homme martèle qu’il est absurde de tenir coupable un avocat des torts de ses clients : un tel acharnement, ajoute-t-il, tend à la calomnie.

Toutefois, la critique la plus dure faite au nouveau recteur de la Grande Mosquée se réfère à des événements bien plus récents. En 2014, M. Hafiz a en effet été le président du comité de soutien d’Abdelaziz Bouteflika lors de la campagne qui mena ce dernier à son quatrième mandat à la présidence de l’État algérien.

Ce lourd passé ne lui fait-il pas courir le risque de mettre à mal ses relations avec l’Algérie post-Bouteflika, principale mécène de la Grande Mosquée ? Interpellé sur ce sujet, l’intéressé affirme n’avoir, de tout temps, recherché que le meilleur pour ses deux pays et le renforcement des liens qui les unissent. Son soutien à Bouteflika, en 2014, non renouvelé en 2019, ne reflétait selon lui qu’un choix de raison, en faveur de celui qui lui semblait le plus à même de mener à bien cette mission de renforcement des liens internationaux.

Source : Loïc Druenne, Le Monde des religions