Le Black Friday, journée funeste pour la planète

Mais qui donc a inventé ce sinistre Black Friday ? Heureusement que cet événement emblématique de la surconsommation nuisible à la planète soit de plus en plus contesté. Sites en ligne fermés vendredi, chiffre d'affaires reversés, marché de Noël solidaire: la résistance au "Black Friday" sort de l'ombre, et même de gros acteurs disent s'y convertir.

(Maglor avec AFP) - Si le Black Friday était un pays, son PIB serait celui du Liban, soit 58 milliards de dollars. C'est aussi ce qu'ont dépensé les Américains durant cette période en 2017 ! Ces chiffres étonnants ont été mis en avant dans une vidéo publiée par le site "Brut", soulignant l'impact écologique important du Black Friday.

Le vent de folie du Black Friday a encore sévi en 2018. Même des quotidiens comme le Républicain Lorrain et l'Est Républicain s'y sont mis pour brader leurs abonnements à des contenus journaliers insipides. C'est dire ! Heureusement que la résistance contre cette pratique stupide se forme.

Face à cela: le "Green Friday"

"La surconsommation est complètement déraisonnable", juge Anémone Berès, présidente d'Envie, désireuse de "sensibiliser les Français: il existe des alternatives responsables, on peut consommer sans gaspiller".

Le Green Friday est trop récent pour que son effet réel soit mesuré, alors que le Black Friday devrait encore battre des records de chiffre d'affaires. Mais l'événement alternatif semble refléter un rejet du consumérisme débridé d'une partie de la société.

"Année après année, les consommateurs se lassent", estime même Heikki Väänänen, le PDG de la société spécialiste de la satisfaction client HappyOrNot. Selon son institut, les taux de satisfaction des consommateurs américains pendant le "Black Friday" ont chuté de 7,5% en 2017.

"Si les performances du Black Friday reculent, ce sera le point de rupture", espère Emery Jacquillat, le patron engagé de la Camif. "Le jour où un acteur de la high tech se mobilisera, ça peut aller très vite et détourner les gens du modèle horrible d'Amazon. Un gros qui bouge un peu a plus d'effet qu'un petit qui bouge beaucoup".

Comme en 2017, ce défenseur du "Made in France" fermera son site le jour J, pour donner "un signal très fort". "On s'est dit qu'il fallait réveiller les consciences, passer à l'action. On n'est pas dans la "déconsommation" mais dans la consommation responsable", ajoute-t-il.

Emmaüs, l'une des associations co-fondatrices du Green Friday, proposera ainsi des ateliers de couture afin de sensibiliser à la durée de vie des vêtements. A l'étranger, on se mobilise également, à l'image de la campagne "Faites quelque chose" de Greenpeace: avec plus de 273 événements dans 38 pays, l'ONG invite à "ne rien acheter" vendredi et à privilégier ses animations et conférences pour apprendre à recycler, réparer, faire son soda ou ses propres cosmétiques.

Surfant sur cette tendance, la plateforme d'autopartage Drivy propose même 50 euros aux utilisateurs qui bouderont le Black Friday, quant l'enseigne Naturalia communique sur son "Vrack Friday".

"Vrai enjeu"

Sensibilisée, la Fédération du e-commerce et de la vente à distance (Fevad) a mesuré pour la première fois avant le Black Friday, du nom de ces promotions géantes importées des Etats-Unis, que 65% des consommateurs étaient favorables à l'économie circulaire. "Surconsommer, c'est un sujet de fond mais je ne sais pas s'il faut diaboliser le Black Friday. Avant Noël, il y a surtout un effet d'aubaine", assure Marc Lolivier, le délégué général de la Fevad.

Chez Fnac Darty, on assure être "à fond sur le thème du consommer mieux". "On a lancé le premier baromètre du SAV avec les articles qui tombent en panne, on répare nos produits", soutient Vincent Gufflet, directeur commerce et services, pour qui son enseigne pratique "tout sauf du "greenwashing"".

Dans l'agro-alimentaire, Danone France va plus loin. Avec son Green Day, la multinationale a reversé le chiffre d'affaires France du 21 septembre, soit 5,4 millions d'euros, à un fonds de transition agricole. "Est-ce juste de la communication? C'est un vrai enjeu", assure Laurence Peyraut, sa secrétaire générale, ravie du succès de l'opération.

"Nous sommes des entreprises commerciales convaincues que la croissance est durable si elle est responsable. Le monde associatif ne nous a pas critiqué". Cible d'un boycott au Maroc en raison de sa politique tarifaire, Danone reconduira-t-il l'opération en 2019? "Il est trop tôt pour dire quelle forme cela prendra, répond Mme Peyraut. On veut lancer un mouvement et il n'y a aucun intérêt à marcher seul en tête".