L'autre épidémie, celle des fausses informations sur le coronavirus

Le coronavirus a trouvé plus fort que lui : les « fake news ». Faux communiqués d’agences de santé, conseils farfelus (mangez de l’ail, vaporisez de la javel, rasez-vous la barbe, « Dites au revoir au coronavirus avec cette soupe »…), pseudo-articles scientifiques, théories complotistes (le coronavirus aurait été produit par l’armée américaine dans un labo chinois, « la faute à la 5G »)… Les fausses informations pullulent. Maflor vous demande d'être très vigilants sur les pseudo-informations que vous recevez via les réseaux sociaux.

Pourquoi c’est grave ? Aujourd’hui, les fake news tuent. Mardi 10 mars, l’agence officielle iranienne, l’IRNA, a reporté la mort de 27 personnes qui auraient bu de l’alcool frelaté dans l’espoir de se protéger du Covid-19. Toutes avaient cru aux rumeurs. Or, selon une étude réalisée dans 75 pays par le Reuters Institute (université d’Oxford), 55 % des personnes interrogées avouent avoir des difficultés à faire le tri entre une vraie et une fausse information.

« Nous ne combattons pas seulement une épidémie, nous combattons aussi une “infodémie”  », avait lâché le 2 février dernier Tedros Adhanom Ghebreyesus, le directeur général de l’Organisation mondiale de la santé (OMS).

Quelle est l’ampleur de l'épidémie de fake news ?

Dans un rapport révélé par le Washington Post, le Gobal Engagement Center (le département d’Etat américain qui lutte contre la propagande étrangère) affirme avoir comptabilisé plus de 2 millions de tweets colportant des fausses informations sur le coronavirus, entre le 20 janvier et le 10 février. A l’époque, où l’épidémie n’avait pas encore quitté la Chine, cela signifiait donc 7 tweets sur 100. Dont une bonne partie, selon le GEC, émis depuis la Russie, la Chine et l’Iran.

Aux grands maux, les grands remèdes. Le caractère inédit, et planétaire, de la contagion de fausses nouvelles a suscité une collaboration tout aussi inédite entre l’OMS, les administrations nationales (comme le SPF Santé), les plateformes (réseaux sociaux, moteurs de recherche, e-commerce) et certains gouvernements. Ce mardi, une première, Facebook, Google, LinkedIn, Microsoft, Reddit, Twitter et YouTube ont annoncé qu’ils travailleraient ensemble pour lutter contre l’intox. Amazon, Tinder, Tik Tok… ont, eux aussi, lancé leur propre plan d’action.

La plupart de ces acteurs ont d’ores et déjà adopté une batterie de mesures : suppression des fake news signalées par l’OMS, modération accrue, mise en avant des sources officielles et des médias reconnus, dons d’espaces publicitaires pour les agences gouvernementales de santé, interdiction des applications et des publicités qui « surfent » sur le coronavirus…

WhatsApp, le vilain petit canard

L’efficacité des moyens sans précédent mis en œuvre par ces plateformes risque néanmoins d’être sérieusement écornée. En cause : les messageries privées qui, cryptées, échappent aux radars de la modération. Dans le collimateur : WhatsApp (2 milliards d’utilisateurs), devenu l’un des principaux canaux de la désinformation.

Les messages farfelus, partagés de groupe en groupe d’un simple clic, brouillent les cartes en jouant à la fois sur les codes de l’info classique (en feignant une source crédible, genre « un médecin du CHU dit que… »). Et ceux de la proximité amicale : « Un ami qui connaît quelqu’un qui travaille à tel hôpital » ou « dont la sœur travaille dans l’entourage de Macron » « m’a dit que ». « Partage un max ! » Redoutable. Voire imparable. Si ce n’est via un effort de discipline personnelle qui consiste à ne jamais, jamais, partager une info dont on ne peut vérifier la source. Une rumeur, en somme. Et dans le doute, il reste le médecin traitant.

Des exemples de fake news.... vous les avez peut-être reçus !

- De nombreuses publications partagées sur les réseaux sociaux prétendent que le coronavirus, avant d'atteindre les poumons, reste dans la gorge pendant quatre jours. Le remède pour l’éliminer serait alors de faire des gargarismes d’eau tiède mélangée avec du sel ou du vinaigre. C’est faux: ni la température de l’eau, ni le sel, ni le vinaigre n’ont un quelconque impact sur le coronavirus, selon des experts interrogés par l’AFP et les recommandations de l’OMS et des autorités sanitaires de plusieurs pays.

Ce texte a été diffusé dans plusieurs langues (espagnol, anglais, français, arabe, portugais…) et relayé des dizaines de milliers de fois à travers le monde. “Le virus corona, avant qu’il n’atteigne les poumons reste dans la gorge pendant quatre jours et à ce moment, la personne commence à tousser et avoir des douleurs dans la gorgeS’il boit beaucoup d’eau et se gargarise avec de l’eau tiède et du sel ou du vinaigre, il élimine le virus”, assure-t-il. 

Tout ceci est faux. L’idée d’une solution saline pour contrer la maladie a circulé dès janvier en Chine, où s’est déclarée le coronavirus, et son efficacité avait alors été démentie par des scientifiques à l’AFP. Le vinaigre n’est pas plus efficace. “Boire du vinaigre, même dans de l’eau, n’a aucune efficacité contre le coronavirus. Il faut même éviter. Et il faut arrêter de croire à ce genre de conseils”, met en garde le Dr Henry Chenal, directeur du Centre Intégré de Recherche Bioclinique (CIBC) d’Abidjan (Côte d’Ivoire).

La température de l’eau n’a aucune influence, non plus: ni l’eau chaude, ni l’eau tiède n’impactent le développement du virus, comme l’avait également vérifié l’AFP le 10  mars. “Pas besoin de changer la température de l’eau que vous buvez. Boire de l’eau, c’est très important et pas uniquement contre le coronavirus”, a confirmé à l’AFP le professeur le professeur Brandon Brown, épidémiologiste à l’Université de Californie.

L’AFP a également consulté les recommandations officielles de l’OMS, ainsi que celles des autorités sanitaires des Etats-Unis, du Canada et de la France, pas d'évocation des gargarismes comme moyen de lutte contre le coronavirus. Le gargarisme est un geste à faire pour se prémunir des “maux de gorge, pas contre le coronavirus en particulier”, souligne le professeur Brandon Brown. Enfin, rien n’indique que le coronavirus “reste dans la gorge pendant quatre jours” avant de se déposer dans les poumons, selon les organismes publics de santé contactés par l’AFP. (En savoir plus ici)

- Le CHU de Toulouse et celui de Montpellier, rejoints par l’agence régionale de Santé, qualifient de « fake », le message viral qui circule sur les réseaux sociaux et par sms et rapporte les propos d’une certaine « Claire Magne », infirmière au Samu, tantôt dans la Ville rose, tantôt dans la préfecture l’Hérault. Le CHU de Toulouse assure notamment qu’il n’a « pas d’infirmière de ce nom au Samu ».

 

 

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Deux réflexes essentiels pour s’immuniser contre les fake news

1. Vérifier. Au moindre doute : garder l’esprit critique. Qui a écrit l’info, quelle est la source, quel site l’a diffusée, quand a-t-elle été rédigée, qui l’a relayée… Autant de questions basiques auxquelles, souvent, une simple requête sur Google permet de répondre. La plupart des sites de médias reconnus auront souvent d’ores et déjà désamorcé les fake news. Le site factuel.afp.com (de l’Agence France Presse) les recense quasi toutes. Tandis que les sites officiels de l’OMS (who.int/fr) ou du SPF Santé publique (health.belgium.be) restent des valeurs sûres.

2. Ne pas partager. Sauf si c’est pour démentir l’info. Le premier responsable des fake news reste toujours la personne qui « like » ou qui partage une fausse info. Dans le contexte actuel, elle accentue d’autant le sentiment d’anxiété.