La diplomatie du couscous pour unifier le Maghreb

L'unification du Maghreb pourrait-elle se faire autour du couscous ? Ce plat qui remonte à la nuit des temps à base de semoule, de légumes, d’épices, de viandes ou de poissons est un élément culturel commun à tous les pays de cette région. Le 29 mars, les ambassadeurs de Tunisie, d’Algérie, du Maroc et de Mauritanie ont déposé un dossier pour inscrire ce met au patrimoine mondial immatériel de l’Unesco. La réponse est attendue d’ici un an et demi d’après Ghazi Gherairi, ambassadeur de Tunisie à l’Unesco,qui a accordé un entretien à France Culture.

On peut retrouver l'intégralité de l'entretien sur le site de France Culture. Nous avons extrait deux questions et leur réponse.

Avez-vous trouvé un accord sur l’histoire et la recette du couscous ?

L’Unesco n’est pas un lieu où l’on établit une version de l’Histoire gravée dans le marbre. Mais en tout état de cause, l’ensemble des équipes qui ont travaillé sur les quatre dossiers différents ont établi l’extrême profondeur historique de ce mets dans les différents pays, qui est antérieur aux Etats eux-mêmes. On peut très facilement le trouver dans les strates berbères de l’ensemble du Maghreb : c’est un plat du désert, des steppes, des reliefs… qui est arrivé ensuite sur les villes côtières. C’est pour cela que l'on trouve des déclinaisons où le couscous devient saucé - avec la tomate -, l’influence méditerranéenne est évidente. On trouve aussi des plats où l’on rajoute des éléments pêchés, poissons ou fruits de mer, qu’on ne voit pas dans le désert. Cela montre aussi la dynamique et la circulation de ce plat à travers la géographie et l’histoire.

Aujourd’hui, le couscous a voyagé : c'est l’un des plats préférés des Français, un plat mondial. L’Unesco est censé le protéger ?

Oui mais cette protection ne se fait pas au sens du droit d’auteur. Le but est de reconnaître son origine et son expression telle que nous la présentons. La Convention de 2003 [qui a créé la notion de patrimoine immatériel) permet à d’autres Etats de rejoindre une inscription s’ils en apportent la preuve technique et scientifique ; ça n’est pas figé. D’ailleurs, le festival international de couscous n’a pas lieu au Maghreb mais en Sicile, qui a connu une présence tunisienne [au IXe siècle], qui venait de Kairouan. Le couscous est parti là-bas et il est revenu, influencé par les traditions culinaires siciliennes. C’est notre histoire de la Méditerranée : un échange d’influences. [ndlr : il existe aussi un festival international en Algérie, dont la deuxième édition a eu lieu en février]

Le couscous de ma mère au patrimoine mondial de l'Unesco