Jacques Chirac, l'ami du monde arabe

Dans le monde arabe, on appréciait l'ancien président pour son véto à la guerre en Irak ainsi qu'une visite houleuse en Israël. Très proche du royaume chérifien, il avait mené des visites officielles en Algérie et en Tunisie.

(Le Point - Afrique) - La grande et la petite histoire se rejoignent dans le destin de Jacques Chirac au Maghreb. Il accoste à Alger alors qu'il est mineur, est enrôlé comme tous les jeunes hommes de sa génération dans la guerre sans nom, il deviendra l'ami de Hassan II, commettra une bourde monumentale dans la Tunisie de Ben Ali. Anecdotes et faits saillants, dans la foulée, ample et dégingandé, du « Chi » au Maghreb.

Mon ami le roi

Outre l'Asie, dont il tombe amoureux, Jacques Chirac visitera à maintes reprises, officiellement et à titre privé, le Maroc. Dès les années 1970, politique en pleine ascension, il noue des relations d'amitié avec Hassan II. Une proximité dont Chirac ne faisait pas mystère. Il estimait que le roi du Maroc lui avait prodigué « une sorte d'initiation aux complexités et aux valeurs du monde arabe et musulman ». Il soutiendra Mohammed VI à la mort de son père, l'aidant, le guidant à affirmer son autorité de leader naissant sur la scène internationale. Les époux Chirac venaient régulièrement séjourner au Maroc. C'était le pays du monde arabe dont il était le plus proche, intellectuellement et intimement. Avec le Liban.

On peut écrire des milliers de pages sur les rapports compliqués entre la France et l'Algérie. Chirac en épousera tous les épisodes. Et vivra une séquence peu banale pour un dirigeant français. Le 2 mars 2003, lors d'une visite officielle, une foule en liesse l'accueille. On scande « Chirac président » dans les rues d'Alger. Un million de personnes acclament l'homme qui a dit non à la guerre en Irak, l'homme qui a résisté à l'interventionnisme américain. Le président Bouteflika assiste, pas mécontent de son effet, à ce triomphe fait au visiteur officiel. Cinquante ans plus tôt, il fait la guerre. En 1978, il se confie au journaliste Guy Lagorce, évoquant « une vie qui était à la fois passionnante et enthousiasmante ». Il dit avoir « gardé un grand souvenir de ma période en Algérie, mais détaché de tous les éléments qui pouvaient alimenter une réflexion politique ». Et le jeune homme qu'il était alors explique : « On nous avait dit que nous étions là pour la bonne cause, et nous ne remettions pas cela en question. » Son regard sur cette période évoluera. Il racontera dans ses Mémoires qu'en 1947, il perdra son pucelage dans un bordel algérois. Il avait seize ans, il s'était engagé sur un navire marchand. Un soir d'escale, il suit les matelots dans un bobinard. Une autre époque.

La bourde de Tunis

Le 4 décembre 2003, le président Chirac est en visite officielle à Tunis. Il y prononcera une phrase qui a provoqué des sueurs froides dans son entourage et choqué tous ceux qui luttaient contre le régime dictatorial. Alors que la militante Radhia Nasraoui est en grève de la faim depuis cinquante et un jours, Chirac déclare : « Le premier des droits de l'homme, c'est manger, être soigné, recevoir une éducation et avoir un habitat. De ce point de vue, il faut bien reconnaître que la Tunisie est très en avance sur beaucoup de pays. » Ben Ali ne pouvait rêver plus bel hommage. Il en a rosi de plaisir. Pourtant, en privé, Chirac n'avait aucune considération pour le despote tunisien, mort la semaine dernière. Intellectuellement, il n'était pas au niveau d'un Hassan II ou d'un Bouteflika. En route vers l'aéroport de Tunis, à la fin de sa visite officielle en 2003, Chirac dira dans la voiture que Ben Ali le fait penser à Suharto, le dictateur indonésien. Autoritarisme et corruption. « Il finira comme lui », lâchera le président français.

Source : Le Point-Afrique et son correspondant à Tunis, Benoît Delmas